Un sport vieux de 800 ans

En Afghanistan, les guerriers Ă  cheval ont enfin leur championnat

  • PubliĂ© le 13 mars 2020 Ă  20:50
  • ActualisĂ© le 14 mars 2020 Ă  06:47
Des cavaliers s'affrontent dans un tournoi de bouzkachi, un sport emblématique en Afghanistan, à Kaboul le 12 mars 2020

Des coups de cravache, des montures qui se cabrent, une carcasse de chÚvre en guise de ballon et... des caméras de télévision: l'Afghanistan organise son premier championnat de bouzkachi, un sport guerrier vieux de 800 ans, emblématique du pays.

A Kaboul, les spectateurs viennent par milliers pour assister durant une semaine à ces joutes brutales, qui opposent des équipes de 14 des 34 provinces afghanes.

La foule crie et siffle alors que les joueurs, revĂȘtus d'uniformes aux couleurs vives, traversent au galop le terrain boueux, chacun tentant de s'assurer que son Ă©quipe reste en possession du cadavre Ă©tĂȘtĂ© et Ă©viscĂ©rĂ© de 50 kilos.

Un moment de répit bien mérité dans un pays en pleine crise politique. Le match a été maintenu malgré les menaces d'attentats, fréquents dans la capitale, et les peurs liées au nouveau coronavirus.

Le bouzkachi, qui signifie "traßner une chÚvre" en persan, consiste à s'emparer d'une carcasse, la caler entre la jambe et la selle, galoper ensuite jusqu'au bout du terrain, faire le tour d'un mùt, puis revenir vers un "cercle de justice" tracé au sol et y déposer le trophée.

Originaire d'Asie centrale, ce jeu trÚs violent est réputé remonter à l'époque de Gengis Khan (XIIIe siÚcle). Spectaculaire, il reste un symbole d'une culture afghane haute en couleur qui perdure malgré des décennies de conflit.

"Je suis ici pour soutenir mon équipe", affirme Shafiq Rahman, un fonctionnaire originaire de la province du Badakhshan (nord-est), dont l'équipe affrontait celle de Bamiyan (centre) jeudi.

"Mes parents m'ont dit de ne pas venir à cause des risques sécuritaires, mais je suis passionné par ce sport", continue le jeune Afghan de 25 ans. "On ne vit qu'une fois, alors il faut en profiter".

Les cris des vendeurs ambulants armĂ©s de leurs paniers d'?ufs durs, samosas, pĂątisseries et grenades, se mĂȘlent Ă  ceux de la foule qui s'amuse d'un cavalier malheureux tombĂ© de sa monture.

- Craintes sécuritaires -

Un sport "trĂšs difficile", selon Haji Jawad Noori, un "tchopendoz" (joueur) de l'Ă©quipe de Kaboul. "Il faut ĂȘtre trĂšs rapide et souple. La carcasse est aussi trĂšs lourde", explique l'Afghan de 28 ans Ă  l'AFP, dont la famille joue au bouzkachi depuis des gĂ©nĂ©rations.

Pour M. Noori, le championnat, qui a débuté mercredi, est une étape cruciale dans l'histoire d'un sport qui "n'a jamais été joué à cette échelle." Les organisateurs disent qu'ils souhaitent faire de ce tournoi d'une semaine un rendez-vous annuel, dans une ville différente à chaque fois.

"Nous voulons promouvoir le bouzkachi. C'est notre sport national et nous voulons en faire une discipline reconnue mondialement", s'enthousiasme Ghani Modaqiq, vice-directeur de la chaßne publique RTA, qui a reçu un contrat de 5 ans pour diffuser les matches en direct.

Comme souvent en Afghanistan, le succÚs du championnat va toutefois dépendre de la situation sécuritaire : les talibans ont attaqué des événements sportifs dans le passé. Ils avaient interdit le bouzkachi durant leurs 5 années passées au pouvoir, entre 1996 et 2001.

Alors que les insurgĂ©s reviennent en force aujourd'hui, et que les troupes Ă©trangĂšres s'apprĂȘtent Ă  quitter l'Afghanistan, nombreux sont les Afghans qui s'inquiĂštent pour l'avenir de leur pays.

La famille de Jawad Taraki a fui du Nangarhar (Est) vers Kaboul en 2018 aprÚs la mort d'un oncle tué par des combattants du groupe Etat Islamique, présent pendant des années dans cette province. "Ils ont commis tant d'atrocités... causé tant de souffrances", raconte le jeune homme de 25 ans.

Mais, le temps d'un aprĂšs-midi frais de fin d'hiver, face aux chevaux qui galopent, aux montagnes enneigĂ©es Ă  l'horizon, la musique traditionnelle afghane se mĂȘlant aux bruits de la foule, ces souvenirs douloureux s'estompent.

"C'est la premiÚre fois que je vois un match de bouzkachi en direct", remarque-t-il, détendu. Et de lancer : "pendant quelques minutes j'ai pu oublier tout le reste".

 AFP

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