En Birmanie, le combat d'une tribu contre un projet chinois de mine de plomb

  • PubliĂ© le 5 juin 2025 Ă  15:42
  • ActualisĂ© le 5 juin 2025 Ă  15:53
Des membres de l'ethnie Pradawng manifestent contre le projet d'extraire du plomb sur leurs terres lors d'un rassemblement Ă  Pekon, dans l'Etat Shan, le 2 mai 2025 en Birmanie

Dans les collines birmanes, un projet chinois d'extraction de plomb, encouragé par le boom des batteries électriques, menace de détruire les moyens de subsistance d'une petite tribu qui a organisé sa défense, par crainte de "disparaßtre".

"Nous n'avons pas le projet d'Ă©changer ce que nos ancĂȘtres nous ont lĂ©guĂ© pour de l'argent. Cette terre est la dignitĂ© de notre tribu", affirme Khun Khine Min Naing, qui mĂšne le mouvement de rĂ©volte.

"Nous ne faisons que demander des droits indigĂšnes qui nous sont dus", met en avant le jeune homme de 24 ans.

Depuis avril, des centaines de membres de l'ethnie Pradawng défilent réguliÚrement sur les chemins de terre battue contre le projet d'extraire du plomb sur leurs terres, qui risque de transformer le paysage à jamais, sans aucune forme de bénéfice pour eux.

La tribu, proche culturellement des Karens, revendique 3.000 membres sur un territoire qu'elle occupe depuis prĂšs de quatre siĂšcles dans l'Etat Shan (Est), prĂšs de Pekon.

Mais leurs voix rĂ©sonnent dans le vide, dans le contexte de la guerre civile qui a rĂ©duit en lambeaux la Birmanie, oĂč des groupes privĂ©s font leurs affaires sans ĂȘtre trop inquiĂ©tĂ©s.

Une entreprise birmane, Four Star Company, connectée à une milice locale, et son partenaire chinois ont l'ambition de développer une importante mine de plomb. Depuis février, d'imposantes machines occupent le site, en vue des travaux.

Les Pradawng, qui assurent ne pas avoir été consultés, habitent un village, Thi Kyeik, en contrebas de la future mine - un endroit vulnérable aux pollutions générées par l'activité miniÚre.

L'extraction de plomb, un métal toxique particuliÚrement nocif pour les jeunes enfants et les femmes en ùge de procréer, contamine les sols et l'eau, a prévenu l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

- Présence chinoise -

"Nous ne voulons pas laisser cette terre endommagĂ©e pour la prochaine gĂ©nĂ©ration", a insistĂ© Khun Khine Min Naing. "Nous ne voulons pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des criminels aux yeux de l'histoire."

En manifestant à l'aide de pancartes, les Pradawng s'exposent à une violente réponse de gardes armés.

Selon les Pradawng, Four Star Company opÚre dans la région depuis 20 ans, avec l'aval d'une milice locale, le Kayan New Land Party, qui a conclu un cessez-le-feu avec l'armée birmane.

Son partenaire chinois, longtemps caché aux habitants, est difficile à identifier.

Le conflit qui a Ă©clatĂ© aprĂšs le coup d'Etat du 1er fĂ©vrier 2021 a fragmentĂ© la Birmanie, oĂč des dizaines de groupes armĂ©s, en plus de la junte, imposent leur loi, dans des conditions plus ou moins opaques, qui profitent aux trafics en tous genres.

Dans ce contexte, des Chinois ont investi dans les riches ressources naturelles du pays: jades et autres pierre précieuses, bois de teck, minerais.

Le plomb est recherché pour construire des batteries, largement utilisées par le secteur automobile.

Sur l'annĂ©e 2023, quelque 98% des exportations birmanes de plomb sont allĂ©es en Chine, a notĂ© la Banque mondiale. Mais le volume des Ă©changes, estimĂ© Ă  20 millions de dollars, ou 50.000 tonnes, pourrait ĂȘtre sous-Ă©valuĂ© du fait de la prĂ©dominance du marchĂ© noir.

Une analyse par imagerie satellite d'un seul site à la frontiÚre chinoise par le Centre pour la résilience de l'information, basé en Grande-Bretagne, a montré que celui-ci avait presque doublé entre 2018 et 2024, donnant une idée de la dynamique.

- "Aucune loi" -

"Nous risquons de disparaĂźtre", assure Khun Aung Naing Soe, 32 ans, un leader de la tribu.

"Il n'y a aucune loi qui protĂšge le peuple", affirme-t-il.

Le prix d'une tonne de plomb raffiné se situe autour de 2.000 dollars sur le marché mondial.

Les Pradawng craignent que seule la pollution ne ruisselle de l'activité miniÚre, pas les profits.

"Ils essayent de négocier avec nous en nous promettant des bénéfices, mais on a décidé avec courage de repousser leur offre", a expliqué le leader des manifestations, Khun Khine Min Naing.

Durant les négociations, la tribu a senti que ses interlocuteurs allaient débuter leurs opérations "par tous les moyens", a-t-il poursuivi.

Des signes avant-coureurs de dommages environnementaux sont déjà visibles, selon les riverains.

Les habitants ont remarqué une augmentation des inondations et des coulées de boue qui ont emporté des maisons entiÚres, car le rythme de l'exploitation miniÚre dans la région s'est accéléré ces derniÚres années.

Mu Ju July, 19 ans, gagne péniblement sa vie en fouillant les terrils à la recherche de morceaux de plomb.

"Si nous donnons notre autorisation, nous ne serons tranquilles que pendant un ou deux ans", estime-t-elle. "Il ne restera que des pierres lorsque le moment sera venu pour nos enfants."

AFP

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