Dans un atelier faiblement éclairé de l'est de la Chine, un artisan mesure et façonne un bloc de bois pour en faire un pied, sous le regard de dizaines de statues de Bouddha grandeur nature à moitié achevées.
Zhang fait partie des rares maĂźtres sculpteurs sur bois encore prĂ©sents dans le village de Chongshan, prĂšs de la ville de Suzhou, oĂč des gĂ©nĂ©rations d'habitants ont gagnĂ© leur vie avec des icĂŽnes bouddhiques et taoĂŻstes destinĂ©es Ă ĂȘtre exposĂ©es dans les temples Ă travers la Chine.
La sculpture de ces statues complexes, souvent ornées de peintures vives et de feuilles d'or, est un art qu'il a appris de son pÚre lorsqu'il était adolescent.
"Mon grand-pÚre et le grand-pÚre de mon grand-pÚre étaient également artisans", confie Zhang, dans son atelier poussiéreux, à l'AFP.
Mais "une fois que notre génération aura pris sa retraite, il ne restera plus personne pour perpétuer la tradition", concÚde-t-il.
La rémunération peu attractive est selon lui un repoussoir, mais il accuse aussi le manque de volonté des jeunes face à un temps de formation non négligeable.
"Il faut au moins cinq ou six ans avant de pouvoir s'installer Ă son compte", explique-t-il.
- Marché "saturé" -
Zhang raconte que Chongshan a connu un boom des commandes Ă partir de la fin du siĂšcle dernier, avec le regain d'intĂ©rĂȘt pour la religion en Chine, entraĂźnĂ© par l'assouplissement des restrictions gouvernementales sur les cultes.
Mais aujourd'hui, les commandes de nouvelles piÚces ont baissé, le marché étant déjà "saturé" et la plupart des temples du pays déjà fournis en statues.
Gu, une artisane de 71 ans travaillant dans un autre atelier à Chongshan, se souvient avoir fabriqué des objets artisanaux profanes pendant la Révolution culturelle, lorsque la religion était considérée comme une relique archaïque à éliminer de la société par les partisans de Mao Zedong.
"A l'époque, tous les temples étaient fermés", indique-t-elle à l'AFP.
Gu, qui se spĂ©cialise dans la sculpture de tĂȘtes de Bouddha, montre fiĂšrement les expressions subtiles sur les visages d'une rangĂ©e de figures dorĂ©es dans son entrepĂŽt.
"Chaque visage a une expression, souriante ou triste", affirme-t-elle.
Zhang, en comparaison, a une vision beaucoup plus pragmatique de son art.
"Les gens nous regardent comme si nous Ă©tions des artistes", dĂ©clare-t-il. "Mais pour nous, nous ne faisons que crĂ©er un produit."Â
AFP
