Plus de 40 jours de quarantaine

En Chine, l'amertume des habitants confinés par le coronavirus

  • PubliĂ© le 8 mars 2020 Ă  14:53
  • ActualisĂ© le 8 mars 2020 Ă  15:14
Des employés distribuent des stocks de nourriture le 5 mars 2020 dans la ville de Wuhan

AprĂšs plus de 40 jours de confinement au Hubei, Ă©picentre de l'Ă©pidĂ©mie de Covid-19 en Chine, de nombreux habitants de la province rĂ©clament une levĂ©e de la quarantaine au moment oĂč plusieurs villes n'enregistrent aucune nouvelle contamination.

Tang Wushan, ouvrier, fait partie de ceux-là. Tétanisé par le nouveau coronavirus, il n'a pas mis les pieds hors de sa maison de Xiangyang depuis la mise en place d'un vaste cordon sanitaire fin janvier.

La ville est situĂ©e Ă  quelque 260 kilomĂštres de Wuhan, la capitale rĂ©gionale du Hubei, vaste rĂ©gion oĂč plus de 50 millions de personnes sont placĂ©es en quarantaine. "Ça fait trop longtemps" sans sortir, soupire le trentenaire joint par tĂ©lĂ©phone et qui se dit aujourd'hui "proche d'une dĂ©pression".

Les gens ne peuvent sortir de la commune oĂč ils se trouvent. Et en sens inverse, nul ne peut entrer dans la province, sauf avec une autorisation spĂ©ciale. Le Hubei reprĂ©sente toujours la quasi-totalitĂ© des nouveaux cas journaliers d'infections et de dĂ©cĂšs en Chine (27 dimanche, tous Ă  Wuhan). Mais leur nombre baisse depuis plusieurs semaines, tandis que la maladie gagne du terrain ailleurs dans le monde.

Xiangyang, en revanche, n'a pas enregistrĂ© de nouveaux cas depuis 12 jours consĂ©cutifs. La ville de Xianning, entourĂ©e de plaines et de forĂȘts au sud de la province, en totalise 15. "A certains endroits, il n'y a pas eu d'infections depuis le dĂ©but de l'Ă©pidĂ©mie. Je pense que ces zones pourraient rouvrir progressivement", fait valoir M. Tang. Et il n'est pas le seul.

- "Comme une tumeur" -

Depuis le week-end dernier, le mot-diÚse "Quand le Hubei sera rouvert" a été lu plus de 100 millions de fois sur le réseau social Weibo, l'équivalent en Chine de Twitter. "Ne peut-on pas inspecter la province et autoriser les gens à sortir par lots?", peste un internaute.

Depuis le dĂ©but de l'Ă©pidĂ©mie, la maladie a fait plus de 3.000 morts dans le pays et contaminĂ© plus de 80.000 personnes, la grande majoritĂ© Ă  Wuhan oĂč le virus est apparu en dĂ©cembre sur un marchĂ© aux animaux sauvages. 95 pays et territoires ont Ă  leur tour Ă©tĂ© contaminĂ©s. Et l'Italie, pays d'Europe le plus durement touchĂ©, a verrouillĂ© dimanche une vaste zone de plus de 15 millions d'habitants comprenant Milan, la capitale Ă©conomique.

Dans le Hubei, un utilisateur de Weibo réclame aux autorités un peu de clémence. "A Wuhan, la situation est grave mais pourquoi traiter toute la province comme une tumeur?", se lamente-t-il. Jiang, une jeune femme de 23 ans qui n'a pas souhaité donner son nom complet à l'AFP, assure continuer à payer chaque mois le loyer d'un logement à Shenzhen, prÚs de Hong Kong, dans lequel elle ne peut pas remettre les pieds du fait de la quarantaine. "Mais je dois continuer à payer", explique-t-elle.

Mme Jiang est coincée depuis le Nouvel an lunaire (qui tombait le 25 janvier cette année) à Enshi, à 550 kilomÚtres à l'ouest de Wuhan. "Mon chat est toujours dans mon logement et je ne lui ai laissé que deux semaines de nourriture", se désole-t-elle.

- "Des choses extrĂȘmes" -

Autre situation des plus dramatiques, celle dĂ©crite par une internaute: aucun hĂŽpital prĂšs de Wuhan n'Ă©tait en mesure d'accueillir sa grand-mĂšre gravement malade. "Hormis les patients atteints du coronavirus, la vie des autres n'a-t-elle pas de valeur?", s'interroge-t-elle. Une jeune femme d'une vingtaine d'annĂ©es, qui prĂ©fĂšre taire son nom, affirme Ă  l'AFP que les produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© se font rares Ă  Xiangyang par manque de livraison. Et sa famille ne survit que grĂące aux lĂ©gumes qu'elle cultive elle-mĂȘme.

A l'inquiétude d'une pénurie alimentaire s'ajoute celle de sa situation professionnelle. Faute de pouvoir quitter la province pour retrouver son travail, le patron ne paye plus la jeune femme depuis la mise en quarantaine fin janvier. Mais ses factures s'accumulent...

Si la situation persiste, des gens pourraient en venir Ă  "faire des choses extrĂȘmes", prĂ©vient-elle. Vendredi, un haut responsable chinois a laissĂ© entendre que la province du Hubei pourrait bientĂŽt ĂȘtre rouverte. "Le jour que tout le monde attend ne devrait plus ĂȘtre si loin que ça", a-t-il affirmĂ© lors d'une confĂ©rence de presse.

AFP

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