Gastronomie

En Croatie, les amateurs de truffes veulent protéger "l'or blanc"

  • PubliĂ© le 24 novembre 2021 Ă  12:05
  • ActualisĂ© le 16 dĂ©cembre 2021 Ă  09:43
Des truffes blanches fraĂźches, le 27 octobre 2021 Ă  Plovanija, en Croatie

A l'automne, dans le nord-ouest de la Croatie, les chiens truffiers se faufilent, frĂ©tillants, dans la forĂȘt sous les encouragements de leurs maĂźtres, en quĂȘte de truffes blanches.

Mais les chasseurs craignent la rarĂ©faction de cet "or blanc" sous l'effet du changement climatique. L’Istrie, pittoresque pĂ©ninsule du petit pays des Balkans, est rĂ©putĂ©e pour l'excellence de ces truffes chĂšres aux gastronomes, qui peuvent chercher dans les 2.500 euros le kilogramme.

Mais le fragile microclimat des régions forestiÚres propices à leur production est en péril. "C'est plus difficile de trouver une truffe que de la vendre", explique à l'AFP Darko Muzica, président de l'Association des chasseurs de truffes d'Istrie, qui milite pour une protection européenne du précieux ingrédient.

Selon lui, son habitat est menacé par la hausse des températures, la diminution des pluies, la mauvaise gestion de l'eau qui affecte le niveau des nappes phréatiques et une administration forestiÚre inadéquate qui ne tient pas compte des arbres truffiers pendant les coupes.

"Dans le monde entier, la productivité des habitats naturels des truffes recule, souvent en relation avec le changement climatique mais aussi avec les maniÚres d'utiliser les sols", relevait dÚs 2014 une étude de scientifiques sur les truffes d'Istrie.

L'histoire d'amour entre les Croates et le "Tuber magnatum Pico" ne date pas d'hier, mĂȘme si de l'autre cĂŽtĂ© de l'Adriatique, l'Italie est le numĂ©ro un incontestĂ© de la truffe blanche.

- "Cherche!" -

Les chasseurs accompagnĂ©s de chiens spĂ©cialement formĂ©s passent au peigne fin la forĂȘt dense autour de la petite ville de Motovun Ă  la recherche des truffes.

"Cherche, cherche!", crie à ses chiennes Masha et Audrey Zeljko Zgrablic, mycologue qui récolte la truffe à des fins scientifiques.
Les chiennes grattent la terre. Zeljko Zgrablic enlÚve avec soin une premiÚre couche de terre pour découvrir une truffe blanche d'une vingtaine de grammes, soit 130 euros.

De telles scÚnes sont fréquentes en Croatie durant la saison de la truffe blanche, entre septembre et fin décembre. Parmi les chasseurs, des touristes et des habitants qui veulent arrondir leurs fins de mois.
Chacun peut récolter jusqu'à 100 grammes de truffes pour sa consommation personnelle. Au-delà, il faut se procurer une licence payante auprÚs des autorités.

L'Istrie est l'une des rares rĂ©gions en dehors de l'Alba, en Italie, oĂč l'on trouve des truffes blanches sauvages de grande qualitĂ©, grĂące Ă  un climat humide et des sols alcalins qui transmettent des arĂŽmes intenses. En France, des chercheurs ont rĂ©ussi Ă  la cultiver.

- "Avalanche" -

"Elles sont lourdes, elles ont une belle forme (...) ce qui en fait un produit de haut vol", clame Zeljko Zgrablic. La premiÚre référence à la truffe d'Istrie date de la fin des années 1920, quand la péninsule appartenait à l'Italie.

Mais depuis vingt ans, le secteur a explosé et rapporte chaque année des millions d'euros. L'Istrie se présente désormais comme "le pays de la truffe" et en produit plusieurs tonnes chaque année.
La ruĂ©e vers l'or blanc a commencĂ© en 1999, aprĂšs la dĂ©couverte d'une truffe de 1,31 kilos, entrĂ©e au Guinness des records, oĂč elle est restĂ©e quelques annĂ©es.

"Cet événement a déclenché une avalanche de truffes", explique dans un livre Giancarlo Zigante, restaurateur qui produit des centaines de produits à base de truffes -- huile d'olive, chocolat et chips-- exportés dans des dizaines de pays.

L'Association locale veulent que les truffes bĂ©nĂ©ficient du label europĂ©en "d'Indication gĂ©ographique protĂ©gĂ©e". Une certification qui permettrait selon elle de dĂ©fendre les forĂȘts contre les "abattages irrationnels", de protĂ©ger la truffe blanche d'Istrie contre les contrefaçons tout en lui confĂ©rant davantage de notoriĂ©tĂ©.

Mais pour certains amateurs, la truffe est moins une affaire d'argent ou de prestige que de rapprochement avec la nature.
Les plaisirs simples d'une balade en forĂȘt en compagnie de ses chiens suffisent. "C'est un style de vie, ça vous prend", assure Darko Muzica. "Le chien est content chaque fois que je suis content. Et je suis content chaque fois que le chien trouve une truffe".

AFP

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