"Les antibiotiques, c'est pas automatique"... vraiment? Si ce slogan de 2002 a marqué les mémoires, les Français consomment toujours trop de ces médicaments, malgré des années de sensibilisation, au risque de rendre certaines bactéries résistantes, souligne l'OCDE dans son Panorama de la santé 2017.
"Les médecins ont la main lourde", commente Valérie Paris, spécialiste des politiques de santé à l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
Selon elle, "il y a beaucoup de prescriptions d'antibiotiques non justifiées", par exemple pour des angines virales et non bactériennes, alors que les antibiotiques sont destinés à combattre les bactéries.
L'OCDE, qui regroupe 35 pays, publie vendredi l'édition 2017 de son rapport sur la santé dans le monde.
Si la France fait partie des bons élÚves (espérance de vie, qualité du systÚme de soins...), la surprescription d'antibiotiques reste un point noir: dans l'OCDE, seule la GrÚce en consomme davantage.
"En France, l'utilisation des antibiotiques est supérieure de prÚs de 50% à la moyenne des pays de l'OCDE", écrit l'organisation.
La consommation de la France se monte à 30 "doses quotidiennes définies" (une unité de mesure statistique) pour 1.000 habitants, contre 20 en moyenne dans les pays de l'OCDE. A titre d'exemple, le pays qui en consomme le moins, les Pays-Bas, affiche un score de 10, soit trois fois moins que l'Hexagone.
"Il y a eu beaucoup de campagnes de sensibilisation mais elles ont un effet limité dans le temps. On avait observé une petite inflexion mais c'est reparti à la hausse depuis deux ou trois ans environ", relÚve Mme Paris.
Il y a un an, la précédente ministre de la santé, Marisol Touraine, avait lancé une grande offensive contre cette surconsommation.
- Inquiétude mondiale -
Si la consommation d?antibiotiques a globalement baissé de 11,4% en France entre 2000 et 2015, elle a augmenté de 5,4 % entre 2010 et 2015, notait l'Agence du médicament ANSM dans un rapport publié en janvier. Selon ce document, 93% de la consommation d'antibiotiques provient de la médecine libérale et 7% des établissements hospitaliers.
La question dépasse les frontiÚres françaises. L'OMS (Organisation mondiale de la santé) tire réguliÚrement la sonnette d'alarme sur l'augmentation de la résistance aux antibiotiques et le manque de nouveaux médicaments en développement.
"La résistance aux antimicrobiens est une urgence sanitaire mondiale qui met sérieusement en péril les progrÚs de la médecine moderne", a prévenu le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus en septembre.
L'OMS a publié en février la liste de douze familles de "superbactéries" contre lesquelles elle juge urgent de développer de nouveaux traitements, en plus de la tuberculose résistante déjà prioritaire.
En France, on estime que la résistance antibiotique cause 12.500 décÚs par an, des chiffres "probablement sous-estimés", soulignait un rapport remis mi-septembre au ministÚre de la Santé.
"C'est un débat international trÚs fort, tous les pays s'inquiÚtent", commente Francesca Colombo, chef de la division de la santé de l'OCDE.
Plus globalement et au-delĂ de la question des antibiotiques, "le systĂšme de santĂ© en France est bon", avec des "indicateurs plutĂŽt favorables, oĂč la France fait mieux que la moyenne de l'OCDE", poursuit-elle.
C'est notamment le cas de l'espérance de vie à la naissance, qui est la sixiÚme des pays de l'OCDE (82,4 ans contre 83,9 pour le premier, le Japon, et 80,6 pour la moyenne de l'OCDE).
En revanche, la France fait moins bien que la moyenne de l'OCDE en ce qui concerne le tabagisme (22% de la population de plus de 15 ans contre 18) et la consommation d'alcool (12 litres d'alcool pur par an et par habitant de plus de 15 ans contre 9).
Par Julie CHARPENTRAT - © 2017 AFP

Il faut Ă©galement que les instances europĂ©ennes posent un regard sur la quantitĂ© colossale des antibiotiques consommĂ©s dans les Ă©levages industrielles notamment dans le cuniculture et l'aviculture mĂȘme les aliments sont supplĂ©mentĂ©s en antibiotiques. LâantibiorĂ©sistance dĂ©veloppĂ©e par les malades s'explique aisĂ©ment.