Nucléaire

EPR de Flamanville: les soudures coûteront 1,5 milliard d'euros de plus

  • PubliĂ© le 9 octobre 2019 Ă  12:30
  • ActualisĂ© le 9 octobre 2019 Ă  12:39
EPR de Flamanville

EDF compte utiliser des robots pour réparer des soudures du réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche), une opération qui doit encore alourdir la facture du chantier de 1,5 milliard d'euros, pour atteindre 12,4 milliards d'euros.

L'Ă©lectricien, qui vise maintenant un chargement du combustible fin 2022, a prĂ©sentĂ© mercredi sa solution privilĂ©giĂ©e retenue pour effectuer les travaux complexes de rĂ©paration. EDF avait planchĂ© sur trois scĂ©narios pour rĂ©parer les soudures du rĂ©acteur de nouvelle gĂ©nĂ©ration, qui doivent ĂȘtre reprises Ă  la demande de l'AutoritĂ© de sĂ»retĂ© nuclĂ©aire (ASN).

"Le scénario de reprise des soudures de traversées privilégié par EDF est l'utilisation de robots télé-opérés, conçus pour mener des opérations de grande précision à l'intérieur des tuyauteries concernées", a expliqué le groupe, qui dispose aussi d'une solution de repli.

Les réparations s?annoncent complexes car elles concernent huit soudures difficilement accessibles, situées dans la traversée de l'enceinte de confinement, la grosse structure de béton qui doit retenir les éléments radioactifs en cas d'accident. Ce scénario privilégié se traduit par "une date de chargement du combustible à fin 2022" et conduit "à ré-estimer le coût de construction à 12,4 milliards d'euros, soit une augmentation de 1,5 milliard d'euros", a souligné EDF.

Le coût prévu de l'EPR de Flamanville était en effet annoncé jusqu'à présent à 10,9 milliards, déjà trois fois plus que l'estimation initiale.

Le "plan B" - si la solution des robots n'était pas validé par l'ASN - est "fondé sur l'extraction et la remise à niveau dans les bùtiments auxiliaires de sauvegarde" pour les soudures problématiques. Dans ce cas, cela conduirait "vraisemblablement à un délai supplémentaire de l'ordre d'une année et un coût supplémentaire de l'ordre de 400 millions d'euros", a indiqué Xavier Ursat, directeur de l'ingénierie et des projets "nouveau nucléaire" d'EDF, lors d'une conférence téléphonique. Mais il a jugé la probabilité "faible" d'avoir recours à cette solution alternative.

- "Moments difficiles" -

"EDF nous a consulté en amont pour choisir leur solution de réparation", a de son cÎté indiqué l'ASN, interrogée par l'AFP.
"Ils devront ensuite transmettre à l?ASN un dossier réglementaire, qui devra démontrer la conformité de l?équipement réparé. Il s?agira notamment de montrer que le procédé de soudage retenu permet d?atteindre les propriétés et le niveau de qualité requis", a-t-on poursuivi.

"Des essais seront ainsi réalisés pour qualifier le procédé", précise le gendarme du nucléaire. L'affaire des soudures constitue une éniÚme déconvenue pour l'électricien, qui prévoyait ces derniÚres années de démarrer l'EPR de Flamanville fin 2019, pour une mise en service commerciale en 2020, quand le calendrier initial tablait sur 2012. Mais EDF avait déjà prévenu cet été que son démarrage n'aurait finalement pas lieu avant fin 2022.

EDF rencontre aussi des difficultĂ©s sur son chantier anglais. Il a rĂ©cemment annoncĂ© un nouveau surcoĂ»t pouvant aller jusqu'Ă  3,3 milliards d'euros pour les deux rĂ©acteurs EPR qu'il construit Ă  Hinkley Point C en Angleterre. Les problĂšmes Ă  Flamanville ont conduit le gouvernement Ă  commander Ă  l'ancien PDG de PSA Jean-Martin Folz un audit, qui doit ĂȘtre remis le 31 octobre.
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a déjà promis qu'il en tirerait "toutes les conséquences à tous les étages", y compris chez EDF.

Le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy a pour sa part promis début octobre des "décisions concrÚtes" à venir sur la filiÚre nucléaire pour "collectivement tirer les leçons de cette situation". "Il ne faut pas se voiler la face, la filiÚre nucléaire française vit des moments difficiles parce que s?accumulent des problÚmes de qualité industrielle dans la réalisation des chantiers. De ce fait, les devis, les délais ne sont pas respectés", a-t-il reconnu.

L'hypothÚse d'un abandon pur et simple du chantier de Flamanville avait été abordée en conseil d'administration il y a quelques mois mais jamais vraiment envisagée par l'Etat, qui contrÎle le capital de l'entreprise.
Un nouveau conseil d'administration réuni mardi "a approuvé la poursuite du chantier de l?EPR de Flamanville", a simplement précisé EDF.

AFP

guest
0 Commentaires