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Etat d'urgence: l'Assemblée va voter sa prolongation

  • PubliĂ© le 19 mai 2016 Ă  13:05
Des militaires déployés sous la Tour Eiffel dans le cadre du plan vigipirate le 7 janvier 2015 à Paris

Pour la troisiÚme et derniÚre fois en principe, l'Assemblée va voter jeudi matin la prolongation de l'état d'urgence, jusque fin juillet, avant d'adopter dans la foulée le projet de réforme pénale devant prendre le relais avec ses mesures antiterroristes.


AprÚs le Sénat le 10 mai, les députés devraient à leur tour massivement voter la prolongation, pour deux mois, de ce régime d'exception controversé, jusqu'à fin juillet, pour assurer la sécurité de l'Euro-2016 et du Tour de France cycliste.
"La menace terroriste demeure à un niveau élevé et la France représente comme l'UE une cible", a justifié à l'ouverture des débats le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.
En mĂȘme temps, sur RTL, Manuel Valls a rĂ©affirmĂ© qu'il n'Ă©tait pas question de "renoncer" Ă  l?organisation de l'Euro et a assurĂ© que "toutes les conditions ont Ă©tĂ© rĂ©unies" pour la sĂ©curitĂ© des fan-zones.
L'état d'urgence, instauré par l'exécutif aprÚs les attentats du 13 novembre, avait déjà été prorogé de trois mois par le Parlement en novembre, puis encore en février.
Mais mĂȘme si cette prolongation devrait ĂȘtre largement votĂ©e, les deux dĂ©putĂ©s chargĂ©s de son contrĂŽle, Jean-FrĂ©dĂ©ric Poisson (LR) et Dominique Raimbourg (PS) ont mis en doute son intĂ©rĂȘt, notant dans leur dernier rapport publiĂ© mardi, qu'elle n'Ă©tait plus motivĂ©e que "par le maintien de l'ordre public". Les assignations Ă  rĂ©sidence et les perquisitions administratives, si "elles ont Ă©tĂ© trĂšs utiles aprĂšs les attentats", ne sont en effet plus beaucoup utilisĂ©es aujourd'hui.
Si ces deux élus saluent la volonté du gouvernement "d'en revenir aux perquisitions judiciaires", ils le mettent en garde contre cette utilisation de l'état d'urgence à des fins d'ordre public car "l'état d'urgence altÚre sensiblement le régime de la liberté de manifestation".
Il permet en effet aux préfets d'"interdire le séjour dans tout ou partie du département à toute personne cherchant à entraver, de quelque maniÚre que ce soit, l'action des pouvoirs publics".
La prĂ©fecture de police de Paris avait ainsi pris de tels arrĂȘtĂ©s d'interdiction de manifestation mardi Ă  l'encontre d'une quarantaine de personnes "Ă  l'origine ou associĂ©es Ă  des faits de violence" lors de prĂ©cĂ©dents rassemblements contre le projet de loi travail. Mais elle s'Ă©tait fait dĂ©savouer par la justice administrative qui a suspendu neuf des arrĂȘtĂ©s Ă©mis. Manuel Valls a nĂ©anmoins confirmĂ© jeudi que de nouvelles listes de personnes interdites de se rendre Ă  des manifestations seraient dĂ©posĂ©es par les autoritĂ©s.
Si elle approuve la prolongation de l'état d'urgence, la droite continue cependant de reprocher au gouvernement de laisser "la chienlit s'installer", avec notamment en ligne de mire les rassemblements Nuit debout.
- Perpétuité 'incompressible' -
Cette fois-ci, l'état d'urgence sera prolongé de deux mois, pas de trois, parce que sera promulgué dans l'intervalle le projet de loi dit de réforme pénale, dont certaines mesures s'inspirent de l'état d'urgence.
Les députés vont en effet approuver définitivement jeudi le compromis trouvé avec les sénateurs sur ce texte, avant un ultime vote du Sénat le 25 mai.
"Ce n'est pas une transposition de l'état d'urgence, mais c'est un outil qui permet de se passer de l'état d'urgence", plaide le rapporteur PS à l'Assemblée Pascal Popelin, sur ce vaste projet de "lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement".
Parmi les dispositions majeures et controversées du projet de loi, la possibilité, lors d'un contrÎle d'identité, de retenir en cas de soupçons terroristes une personne pendant quatre heures pour vérifier sa situation. Ou encore la possibilité d'assigner à résidence pendant un mois des individus de retour de "théùtre d'opérations de groupements terroristes", comme la Syrie, mais contre lesquels il n'y a pas d'éléments suffisants pour justifier une mise en examen.
Dans la discussion parlementaire ont été ajoutées plusieurs mesures. Outre la création d'une perpétuité "incompressible" pour les crimes terroristes (avec période de sûreté maximale relevée de 22 à 30 ans et des conditions d'aménagements de peine au-delà durcies), y figure l?élargissement des possibilités de fouilles intégrales des détenus en cas de soupçons d'intrusion d'objets illégaux comme des téléphones, ce qu'a dénoncé la contrÎleure générale des prisons, Adeline Hazan.
Mais la majoritĂ© de gauche de l'AssemblĂ©e n'a pas suivi celle de droite du SĂ©nat qui voulait supprimer la contrainte pĂ©nale, sanction alternative Ă  la prison créée par la loi Taubira, ou instaurer une rĂ©tention de sĂ»retĂ© permettant de maintenir une personne enfermĂ©e mĂȘme une fois la peine purgĂ©e.

Par Marie-Noëlle BLESSIG - © 2016 AFP
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