La Cour suprĂȘme des Etats-Unis a maintenu temporairement jeudi l'accĂšs par envoi postal Ă une pilule abortive, la mifĂ©pristone, utilisĂ©e dans une large majoritĂ© des interruptions volontaires de grossesse (IVG) du pays et crucial pour les femmes vivant dans des Etats Ă la lĂ©gislation restrictive.
La plus haute juridiction amĂ©ricaine a prolongĂ© sa suspension de la dĂ©cision rendue le 1er mai par une cour d'appel ultraconservatrice, qui bloquait provisoirement la possibilitĂ© pour les AmĂ©ricaines d'avoir accĂšs Ă la pilule abortive directement dans leur boĂźte aux lettres. Elle vaut jusqu'Ă ce que la Cour suprĂȘme, Ă majoritĂ© conservatrice, dĂ©cide de se saisir ou non de l'affaire sur le fond.
Les neuf juges s'étaient donné jusqu'à ce jeudi pour se prononcer sur le recours judiciaire déposé par les laboratoires Danco et GenBioPro, fabricants de la mifépristone, médicament utilisé dans les avortements médicamenteux - qui représentaient prÚs de deux IVG sur trois aux Etats-Unis en 2023.
Au moins deux juges conservateurs, Samuel Alito et Clarence Thomas, ont exprimĂ© leur dĂ©saccord avec la dĂ©cision arrĂȘtĂ©e.
"Autoriser la poursuite au niveau national de la tĂ©lĂ©prescription, de l'envoi postal et de la dĂ©livrance en pharmacie de la mifĂ©pristone apporte un soulagement extrĂȘmement attendu aprĂšs des semaines troublĂ©es. Mais nous ne nous rĂ©jouissons pas encore complĂštement", souligne Kelly Baden, vice-prĂ©sidente du Guttmacher Institute, organisation de rĂ©fĂ©rence sur le sujet.
- "Hautement sensible" -
Dans sa requĂȘte formulĂ©e en urgence auprĂšs de la Cour suprĂȘme, Danco alertait sur la "confusion immĂ©diate" et le "bouleversement brutal pour les fabricants, les distributeurs, les fournisseurs, les pharmacies et les patientes Ă travers le pays" gĂ©nĂ©rĂ©s par un blocage de la tĂ©lĂ©prescription et de l'envoi postal, et ce pour "des dĂ©cisions mĂ©dicales au calendrier hautement sensible".
Obliger les femmes Ă un rendez-vous mĂ©dical en personne restreindrait encore davantage l'accĂšs Ă l'IVG dans un pays oĂč, depuis 2022 et l'arrĂȘt historique de la Cour suprĂȘme, le droit Ă l'avortement n'est plus garanti au niveau fĂ©dĂ©ral et est dĂ©sormais entre les mains de chaque Etat.
Une vingtaine d'entre eux ont depuis interdit, Ă de rarissimes exceptions prĂšs, ou restreint Ă l'extrĂȘme le recours Ă l'IVG, qu'elle soit rĂ©alisĂ©e par voie mĂ©dicamenteuse ou chirurgicale.
Restait dans les faits un interstice: se procurer la pilule abortive par téléprescription dans un autre Etat à la législation protectrice de l'avortement et se la faire livrer par la poste.
Aux Etats-Unis, plus d'une personne sur quatre ayant avorté avec encadrement médical en 2025 l'a fait via une téléprescription, selon le Guttmacher Institute.
- "Gagner du temps" -
"La dĂ©cision d'aujourd'hui nous fait gagner du temps mais ne nous apporte pas de tranquillitĂ© d'esprit", rĂ©sume Nancy Northup, Ă la tĂȘte du Centre pour les droits reproductifs.
"L'accÚs à la mifépristone reste fortement menacé" par cette procédure judiciaire mais aussi par l'administration Trump, qui a engagé "un rééxamen, motivé par des considérations politiques, de cette pilule, dans le but à peine voilé de la rendre plus difficile à obtenir", poursuit-elle.
L'agence américaine du médicament (FDA) a entamé une réévaluation de la sécurité de la mifépristone sous pression du camp anti-avortement depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
La prĂ©sidente de la puissante association anti-avortement Pro-Life America, Marjorie Dannenfelser, s'est elle dite "profondĂ©ment déçue" par la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme.
Dans cette affaire, la procédure a été ouverte par la Louisiane, Etat qui a adopté une des législations les plus restrictives du pays en matiÚre d'avortement.
En 2024, la Cour suprĂȘme avait dĂ©jĂ rejetĂ© une tentative de restreindre l'accĂšs Ă la mifĂ©pristone, pour des raisons procĂ©durales.
La mifépristone est généralement utilisée en association avec le misoprostol pour les avortements médicamenteux aux Etats-Unis.
Plus de 7,5 millions d'Américaines l'ont utilisée, pour des IVG mais aussi des fausses couches, depuis son approbation par les autorités sanitaires en 2000.
AFP


