France - Justice

Favoritisme Ă  l'INA: 18 mois de prison avec sursis requis contre Mathieu Gallet

  • PubliĂ© le 17 novembre 2017 Ă  05:50
  • ActualisĂ© le 17 novembre 2017 Ă  06:44
Le patron de Radio France, Mathieu Gallet, lors de son arrivée au Palais de justice de Créteil, le 16 novembre 2017

Des marchés publics litigieux, un dirigeant pour qui les rÚgles étaient "totalement inconnues": le procÚs pour "favoritisme" de l'ex-président de l'Institut national de l'audiovisuel (INA) Mathieu Gallet a disséqué la gestion de cet établissement public, déjà écornée par l'affaire des frais de taxis de sa successeure.


AprÚs onze heures d'audience, le parquet de Créteil a réclamé dans la nuit de jeudi à vendredi 18 mois de prison avec sursis et 40.000 euros d'amende à l'encontre de l'actuel président de Radio France, qui a dirigé l'INA entre 2010 et 2014. Le haut fonctionnaire est soupçonné d'avoir "favorisé" certaines sociétés de conseil, auxquelles l'établissement public a versé plus de 400.000 euros.

Le tribunal correctionnel a notamment tenté de comprendre le rÎle de Denis Pingaud, un professionnel de l'audiovisuel engagé par M. Gallet comme "conseiller externe", pour la communication de l'INA. L'ancien patron a insisté sur les "compétences rares" de ce conseiller "couteau suisse" : capable d'écrire ses discours, de travailler à la refonte du site internet de l'INA ou d'organiser des rachats de fonds audiovisuels grùce à son carnet d'adresses. Tout cela avec un "oeil extérieur" sur la stratégie de l'entreprise.
Rémunéré 5.000 euros par mois, M. Pingaud a ainsi perçu au total 130.000 euros hors taxes, facturés par une société qu'il dirigeait: Balises. Pourquoi alors ne pas l'avoir mis en concurrence, puisque cette somme dépassait le seuil obligeant l'INA à respecter les rÚgles des marchés publics?

"Avant mon arrivĂ©e Ă  l'INA, je n'avais jamais Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  ces questions de marchĂ© public", s'est dĂ©fendu M. Gallet. "C'Ă©tait quelque chose qui m'Ă©tait totalement inconnu", a-t-il poursuivi, en avouant s'ĂȘtre "reposĂ© sur les Ă©quipes en place", qui ne lui ont pas transmis de "signaux d'alerte" sur la nĂ©cessitĂ© de mettre son conseiller en concurrence.
M. Pingaud aurait plutÎt servi de "coach personnel" à M. Gallet, financé "avec de l'argent public", notamment pour lancer sa candidature à la direction de Radio France, a accusé la procureure Amélie CladiÚre. "Laisser accroire que Denis Pingaud a fait ma candidature pour Radio France, c'est au minimum insultant, au pire diffamatoire", a répondu M. Gallet.

- 'Soldats d'AgnĂšs Saal' -

Le ministĂšre public reprenait ainsi les accusations portĂ©es pendant l'enquĂȘte par la successeure de M. Gallet Ă  la tĂȘte de l'INA, AgnĂšs Saal. C'est par une polĂ©mique sur les frais de taxis exorbitants de Mme Saal que toute l'affaire avait dĂ©marrĂ© en 2015. Ce scandale avait dĂ©clenchĂ© un signalement du ministĂšre de la Culture sur la gestion passĂ©e de l'INA, qui a servi de base pour l'enquĂȘte pour "favoritisme" contre M. Gallet.

Face Ă  ces accusations, la dĂ©fense a dĂ©noncĂ© une "enquĂȘte Ă  charge" du parquet, qui ne donne la parole qu'aux "soldats d'AgnĂšs Saal" au sein de l'INA. Les investigations pointaient Ă©galement d'autres irrĂ©gularitĂ©s, avec la sociĂ©tĂ© de conseil Roland Berger Strategy. L'INA avait conclu avec elle un marchĂ© public de 289.000 euros hors taxes, au terme d'un appel d'offres de cinq jours en 2013. "Trop court", selon la procureure qui a Ă©galement estimĂ© que M. Gallet avait faussĂ© la concurrence en laissant entendre Ă  Roland Berger dĂšs 2010 que l'INA aurait besoin de conseils pour fusionner certaines de ses directions.

"Imaginer que j'ai pu donner une information trois ans avant à une société que je ne connaissais ni d'Adam, ni d'Ève... Jamais", a rétorqué M. Gallet. Ses avocats ont fustigé une "énorme confusion" sur l'attribution du marché public. Ils ont appelé d'anciens employés de l'INA à la barre, qui ont décrit une procédure "en deux temps" respectant selon eux les rÚgles de mise en concurrence: les sociétés avaient seulement quelques jours pour envoyer leur "fiche d'identité" à l'INA, mais disposaient de plusieurs semaines pour formuler une véritable offre commerciale.

Que ce soit pour Denis Pingaud ou pour Roland Berger, "les faits (de favoritisme) sont parfaitement constitués", a estimé JérÎme Karsenti, l'avocat d'Anticor. Partie civile, l'association avait dÚs 2015 porter plainte contre la gestion à l'INA. M. Karsenti a regretté "le traitement tout à fait insatisfaisant du dossier" par le parquet, en s'étonnant que M. Pingaud et Roland Berger ne soient pas eux aussi jugés. "S'il y a une infraction de délit de favoritisme, il y a du recel de favoritisme", s'est-il exclamé.

Le tribunal rendra son jugement le 15 janvier.
AFP

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