Finis les horaires de bureau : pourquoi Wall Street veut rester ouverte en continu

  • PubliĂ© le 24 janvier 2026 Ă  13:49
  • ActualisĂ© le 26 janvier 2026 Ă  05:19
Vue extérieure de la Bourse de New York, le 12 janvier 2026

Un coup de cloche à 09H30, un autre à 16H00: ce rituel volontiers médiatisé qui ordonne les échanges à Wall Street depuis plus d'un siÚcle pourrait perdre de son lustre. La Bourse américaine veut passer au "trading" nuit et jour, qui plaßt aux petits investisseurs.

La Bourse de New York (NYSE) a annoncé en début de semaine son intention d'ouvrir une plateforme permettant "des opérations 24 heures sur 24, sept jours sur sept" et "un rÚglement instantané", sans préciser encore quand.

Ces transactions sans limite horaire s'appuieront notamment sur l'émission de jetons numériques ("token") reproduisant les actions des entreprises cotées en Bourse, a indiqué dans un communiqué Intercontinental Exchange, maison mÚre du NYSE.

Le Nasdaq, autre plateforme d'échanges à New York, en particulier pour la cotation des entreprises technologiques, pourrait sauter le pas dÚs cette année, avec un fonctionnement 24 heures sur 24, cinq jours par semaine.

Ces ambitions doivent encore ĂȘtre validĂ©es par le rĂ©gulateur boursier amĂ©ricain, la SEC, mais elles constituent une petite rĂ©volution pour le marchĂ© boursier amĂ©ricain.

- "Perte de temps" -

A l'origine, les investisseurs "devaient se rendre physiquement" à Wall Street pour acheter ou vendre des actions, rappelle auprÚs de l'AFP Sam Burns, stratégiste en chef chez Mill Street Research.

"Beaucoup de choses se faisaient sur papier, les gens se tenaient debout et se criaient dessus (...), puis ils devaient noter ce que chacun avait acheté et vendu" et comptabiliser le tout, un rythme "impossible à suivre" si les horaires étaient trop larges, selon lui.

Mais au fil des décennies, des plateformes de transactions électroniques se sont créées, permettant en particulier d'échanger en dehors des horaires conventionnels, avec un succÚs croissant.

Selon un document publiĂ© dĂ©but 2025 par la Bourse de New York, "le volume des transactions en dehors des heures d'ouverture a considĂ©rablement augmentĂ©" depuis 2019 et mĂȘme "explosĂ©" depuis 2024, avec une "moyenne quotidienne de plus de 61 milliards de dollars".

Mais pour le professeur d'Ă©conomie Steve Hanke, l'intĂ©rĂȘt reste limitĂ©.

"Historiquement, l'idée selon laquelle les avantages du trading 24 heures sur 24 l'emportent sur ses coûts est peu étayée", assure l'enseignant à l'université John Hopkins à Baltimore, au nord-est des Etats-Unis.

"Il y a peu d'événements susceptibles d'influencer le marché de la Bourse de New York qui se produisent en dehors des heures normales de bureau", ajoute-t-il, pointant une "perte de temps".

Selon lui, le seul avantage dans l'annonce du NYSE se trouve du cÎté des délais nécessaires pour finaliser une transaction. Aujourd'hui, sur l'essentiel des marchés boursiers, un ordre d'achat n'est réglé que le lendemain, le temps de vérifier que tout est en ordre.

"La rĂ©duction de la fenĂȘtre de rĂšglement pourrait devenir un avantage" pour New York par rapport aux autres marchĂ©s financiers, estime M. Hanke.

- Attirer les étrangers et les jeunes -

La place américaine reste de trÚs loin la plus importante au monde, notamment par les immenses capitalisations qu'elle héberge. Mais elle voit la concurrence s'affirmer.

L'année derniÚre, une grande partie des indices européens ont généré des rendements supérieurs à ceux de leurs homologues américains.

Avec des plages horaires étendues, Wall Street peut espérer élargir son public à des investisseurs de taille modeste, y compris en dehors du continent américain.

Selon le Trésor, prÚs de 18% des actions américaines étaient détenues par des étrangers en 2024, derniers chiffres disponibles.

Les nouveaux boursicoteurs, "en particulier les plus jeunes, semblent apprécier l'idée de pouvoir négocier des actions à tout moment, comme ils le font avec les cryptomonnaies et autres actifs numériques, que ce soit la nuit ou le week-end", reprend Sam Burns.

Leur impact sur les cours pourrait toutefois rester limitée. Pour M. Burns, les investisseurs à gros portefeuille ne sont pas forcément intéressés par ces horaires élargis. Et les banques nenth devraient pas faire évoluer leur emploi du temps.

"Ainsi, juge l'analyste, mĂȘme si les Bourses sont ouvertes (en continu, ndlr), si tout le reste ne fonctionne pas 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Il devient difficile de tout aligner correctement."

AFP

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