"Haine de la province", "dĂ©sert de l'Ăąme", absence "d'amour charnel pour la France"... Les attaques de Laurent Wauquiez, favori pour prendre la tĂȘte des RĂ©publicains en dĂ©cembre, contre la personne d'Emmanuel Macron ont suscitĂ© indignation Ă La RĂ©publique en marche et prise de distance dans son camp.
Dans un portrait au vitriol publiĂ© dimanche dans le JDD, le prĂ©sident LR de la rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes se dit "frappĂ©" par "le dĂ©sert de l'Ăąme" chez le chef de l'Etat, qui "n'est portĂ© que par un seul projet: lui-mĂȘme". Contrairement Ă ses prĂ©dĂ©cesseurs, M. Macron n'Ă©prouve pas d'"amour charnel pour la France", accuse-t-il encore, ressentant chez lui "de la morgue" et mĂȘme "une haine de la province".
Lors du "Grand Jury" RTL-LCI-Le Figaro, M. Wauquiez, accusĂ© jusque dans son camp de multiplier les attaques ad hominem pour essayer de s'imposer comme l'opposant numĂ©ro un au prĂ©sident de la RĂ©publique, a poursuivi dans le mĂȘme registre : "les Français attendent de la fermetĂ©, des convictions (...) ils n'attendent pas un petit prĂ©sident arrogant et capricieux". InterrogĂ© sur ces propos lors du "Grand Rendez-vous" Europe1-CNews-Les Echos, l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, a pris ses distances, du moins sur la forme: "Je n'emploierais pas ces mots, je ne crois pas qu'il y ait une haine du prĂ©sident de la RĂ©publique Ă l'encontre des Français ou des territoires".
En revanche, le député de l'Oise "partage l'opinion" de Laurent Wauquiez "sur l'idée que le président ne connaßt pas les Français".
- 'On ne parle jamais que de soi' -
"C'est ce qui s'appelle attaquer au bazooka", commente un tĂ©nor de LR. "L'objectif immĂ©diat est peut-ĂȘtre atteint, vis-Ă -vis des militants, mais aprĂšs ? Comme toujours, Wauquiez en fait trop et il attaque la personne plutĂŽt que la politique", dĂ©plore-t-il. Sans surprise, le camp prĂ©sidentiel s'est mobilisĂ© pour dĂ©noncer les propos du probable futur patron de LR.
Celui qui deviendra dans les prochaines semaines le chef de file du parti LREM et donc son interlocuteur privilĂ©giĂ©, Christophe Castaner, s'est contentĂ© d'un tweet cinglant: "Quand d'autres ne sont que la desserte de l'Ăąme FN ". Le prĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale, François de Rugy (LREM), l'a quant Ă lui accusĂ© "de faire du Trump Ă la française". "Laurent Wauquiez, c'est Nicolas Sarkozy sans les idĂ©es. Nicolas Sarkozy, il faut lui reconnaĂźtre une chose, il faisait des propositions, il avait des idĂ©es. Elles sont oĂč les propositions de M. Wauquiez ?", a ajoutĂ© M. de Rugy lors de l'Ă©mission "Questions politiques" sur France Inter.
"Un ami me rappelait récemment les propos de Mauriac: +On ne parle jamais que de soi+. L'analyse de L. Wauquiez est à cet égard éclairante", a ironisé pour sa part le vice-président LREM de l'Assemblée, Hugues Renson. Porte-parole de LREM venue de LR, Aurore Bergé voit dans ces attaques "le désert de la pensée et la +tea partisation+ de la droite".
MĂȘme son de cloche chez les alliĂ©s du MoDem. Le chef de file des dĂ©putĂ©s centristes, Marc Fesneau, a dĂ©noncĂ© sur Radio J cette "ritournelle dangereuse, dĂ©sagrĂ©able et nausĂ©abonde". "Quand j'ai vu le portrait dressĂ© par Laurent Wauquiez d?Emmanuel Macron, je me suis demandĂ© si ce n?Ă©tait pas un autoportrait... Je trouve que la façon d?exprimer les choses en dit beaucoup sur sa personnalitĂ© (...) Et puis, dire qu'Emmanuel Macron a la +haine de la province+ ! De quel droit M. Wauquiez s'arroge-t-il cet amour ou ce non-amour pour la France ?", a ajoutĂ© M. Fesneau.
Pour Chloé Morin, de la Fondation Jean-JaurÚs, il s'agit clairement d'une stratégie chez le futur patron de la droite. "Laurent Wauquiez est conscient de la nécessité de brûler son étiquette d'+énarque+, marque décidément infùme à l'heure du dégagisme", a-t-elle déclaré dimanche à LObs.fr.
AFP

