Jardins entretenus, maisons aux façades rénovées et aux toits abritant des panneaux solaires, commerces variés: à premiÚre vue, Benndorf et ses 2.100 habitants a tout d'un village allemand paisible et plutÎt chaleureux.
C'est pourtant lĂ que vivait l'auteur de l'attentat de Halle visant une synagogue qui a fait deux morts et deux blessĂ©s, enfermĂ© le plus souvent dans l'appartement de sa mĂšre, car peu de monde le connaissait. DerriĂšre les façades proprettes, cette bourgade n'en est pas moins, comme beaucoup d'autres dans l'ex-RDA socialement Ă la traĂźne de l'ouest du pays, confrontĂ©e Ă un chĂŽmage important sur lequel prospĂšre l'extrĂȘme droite locale.
StĂ©phane Balliet, cet homme au crĂąne rasĂ© adepte des thĂ©ories conspirationnistes d'extrĂȘme droite, qui en tenue militaire et lourdement armĂ© a tentĂ© mercredi de pĂ©nĂ©trer dans un synagogue pour y commettre, selon la justice, un "massacre" le jour de Yom Kippour, vivait dans un appartement HLM jaunĂątre.
Il dĂ©tonne au milieu des maisons individuelles. L'entrĂ©e de son immeuble rĂ©novĂ© de deux Ă©tages, qui fait face Ă un autre bloc similaire reliĂ© par un jardinet, est bloquĂ©e depuis mercredi par un cordon de sĂ©curitĂ©. Plusieurs camionnettes de police sont garĂ©es autour. "Je le voyais quand il faisait son jogging quelques fois dans la semaine. Il ne saluait personne", se souvient Paul MĂŒller, habitant Ă quelques encablures. Au club de bowling ou au bar, lieux de socialisation privilĂ©giĂ©s de Benndorf, personne ne l'a jamais croisĂ©.
- A l'écart -
"Il Ă©tait renfermĂ© sur lui-mĂȘme et n'est jamais allĂ© voir les jeunes de son Ăąge. MĂȘme quand il courait, il baissait la tĂȘte, comme s'il ne voulait parler Ă personne", explique Ă l'AFP le maire du village, Mario Zanirato, 73 ans.
L'élu connaissait cependant trÚs peu Stephan Balliet, pas plus que sa mÚre, enseignante dans le village voisin, chez qui il vivait depuis "une dizaine d'années". "Tous les deux restaient à l'écart des autres", ajoute-t-il.
Enfant unique ayant abandonné ses études, Stephan Balliet, désormais en détention provisoire, passait la plus grande partie de son temps derriÚre un ordinateur. "Il était toujours en ligne", a expliqué jeudi son pÚre au journal Bild.
En conflit avec son fils qu'il voyait occasionnellement, son pĂšre le dĂ©crit comme quelqu'un de solitaire: "il n'Ă©tait ni en paix avec lui-mĂȘme ni avec le monde, il blĂąmait les autres". Jeudi soir, plusieurs agents de la police criminelle inspectaient encore la maison du pĂšre situĂ© dans le village voisin de Helbra.
- Pas de perspective -
Horrifié par son geste et "préférant penser aux victimes avant le village, qui lui s'en remettra", le maire de Benndorf voit dans la situation sociale délicate de sa région une explication possible pour la fusillade de Halle. "Les inégalités ont explosé ici: dans le village, on compte 11% de chÎmeurs (le double de la moyenne nationale, ndlr), auxquels s'ajoutent 13% de gens survivants grùce aux minima sociaux. Le reste, ce sont principalement des retraités. Les jeunes n'ont aucune perspective!", s'énerve M. Zanirato.
La fermeture de la mine de charbon en 1990 a mis "38.000 personnes au chÎmage" dans le coin et "beaucoup ne s'en sont pas remis", peste l'édile, élu depuis 20 ans, qui reproche aux différents partis "de les avoir abandonnés". "Et si vous avez des personnes perdues, sans repÚres, le chemin vers ces 'saletés d'idées brunes' est court et peut pour certains constituer une échappatoire", veut croire le maire sans étiquette.
Cette rĂ©gion a longtemps Ă©tĂ© dominĂ©e par le parti conservateur d'Angela Merkel (CDU), avec pour principal opposant la gauche radicale, hĂ©ritiĂšre du parti communiste de RDA. C'est dĂ©sormais l'extrĂȘme droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui a endossĂ© ce rĂŽle. Elle est mĂȘme arrivĂ©e en tĂȘte lors des derniĂšres Ă©lections europĂ©ennes de 2019 avec 24% des voix. "Nous devons restĂ©s vigilants et ne pas baisser les bras", estime M. Zanirato, fier de ses origines italiennes.
AFP


