La "transparence totale": Premier ministre en tĂȘte, le gouvernement promet de transmettre toutes les analyses de la pollution engendrĂ©e par l'incendie de l'usine chimique Lubrizol de Rouen alors que l'inquiĂ©tude Ă©tait toujours de mise en Normandie, et jusque dans les Hauts-de-France.
En déplacement dans le Morbihan à l'université du MoDem, Edouard Philippe a assuré dimanche que "pour faire face à l'inquiétude légitime des populations, il n'y a qu'une solution: le sérieux et la transparence complÚte et totale".
"Nous avons souhaitĂ© faire en sorte que tout ce qui est su, que toutes les analyses qui sont rĂ©alisĂ©es soient rendues publiques", a fait valoir Ădouard Philippe, originaire de Normandie (Le Havre).
Samedi, au cours d'une conférence de presse fleuve - prÚs d'1H30 - le préfet de Normandie, Pierre-André Durand, avait présenté les résultats de différentes analyses, dont celles trÚs attendues concernant une éventuelle pollution atmosphérique. Il avait évoqué "une situation normale" de la qualité de l'air, sauf sur le site de Lubrizol (présence de benzÚne), tout en rappelant plusieurs décisions concernant l'agriculture, notamment "un gel" des récoltes, appliquant le principe de précaution.
Le préfet avait aussi assuré que les analyses seraient publiées sur le site de la préfecture. Chose faite dans la soirée, avec pas moins de quatre communiqués de la préfecture et la publication de données parfois absconses, comme "les résultats d'analyse des gaz prélevés sur canisters".
Car, plus de trois jours aprĂšs l'incendie spectaculaire de cette usine classĂ©e Seveso seuil haut implantĂ©e Ă trois km de la cathĂ©drale de Rouen, les images de l'incendie et de l'impressionnant nuage noir sont encore dans toutes les tĂȘtes, les gens s'interrogeant sur les consĂ©quences sanitaires et environnementales.
Des tĂ©moignages font Ă©tat de suies, probablement issues du nuage noir, dans l'Aisne, l'Oise et mĂȘme Ă Lille, conduisant l'Agence rĂ©gionale de santĂ© des Hauts-de-France Ă demander aux habitants de signaler aux diffĂ©rents services "la prĂ©sence de retombĂ©es sous forme de suie".
- Crainte du monde agricole -
Dimanche, le ministre de l?Ăconomie et des Finances Bruno Le Maire a jugĂ© dimanche qu'il serait "utile" de revoir les rĂšgles d'implantation des usines sensibles.
"L?urgence aujourd?hui c?est garantir la sĂ©curitĂ© sanitaire des habitants de Rouen. AprĂšs, qu'on fasse un retour d'expĂ©rience, que nous regardions quelles leçons il faut en tirer sur les implantations d'usines, sur les usines Ă risque, sur la topographie de toutes les usines Ă travers le territoire, pourquoi pas, je pense que ça pourrait ĂȘtre utile", a t-il avancĂ©.
DÚs samedi, plusieurs syndicats, dont la CGT et Solidaires, mais aussi des associations écologistes (Greenpeace, France nature environnement) avaient appelé à manifester mardi à 18h devant le palais de justice de Rouen, exigeant "une transparence complÚte" sur cet accident industriel. Dans un communiqué commun, ils regrettent que "la liste des produits qui ont brûlé n?ait pas été communiquée".
La CGT rappelle en outre que "par le passĂ©, la prĂ©fecture de Rouen puis la ministre de l'Ecologie avaient dĂ©jĂ cachĂ© des informations sur les risques encourus notamment lors de l'Ă©pisode du nuage de Mercaptan en 2013" aprĂšs un incident dans cette mĂȘme usine, "en ne diffusant pas les informations nĂ©cessaires sur la composition du nuage et sur les risques pour la population".
Et dans la soirĂ©e, plusieurs dĂ©putĂ©s de gauche ont rĂ©clamĂ© une commission d'enquĂȘte parlementaire. "Il faut toute la vĂ©ritĂ© sur #Lubrizol. Comme pour #AZF il y a 17 ans, une commission d?enquĂȘte parlementaire doit ĂȘtre ouverte dĂšs la semaine prochaine", a plaidĂ© Olivier Faure, numĂ©ro un du PS, sur Twitter.
Sur France 3 dimanche, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen s'est elle interrogée "sur la qualité des contrÎles effectués" dans cette usine chimique.
"Il y a une dérive dans notre pays qui consiste à transmettre à des structures privées le soin d'assurer le contrÎle de toute une série de structures dangereuses. C'est à l'Etat de le faire. L'Etat est le gage de la neutralité", a-t-elle estimé.
En Normandie, région agricole, l'inquiétude était toujours de mise dimanche. "Ce que l'on a jeté, ça correspond à 5.000 litres de lait, soit 1.500 à 1.800 euros: c'est à peine ce que j'arrive à me tirer comme salaire sur l'exploitation par mois", a expliqué à l'AFP Sébastien Catoir, agriculteur à Conteville, dans l'Eure. "Ce n'est pas à nous agriculteurs de supporter une pénalité financiÚre comme celle-ci", a-t-il dit, alors que les causes de l'incendie restaient toujours inconnues dimanche.
AFP


