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Irak: Ahmed, policier, fait de Mossoul une affaire personnelle

  • PubliĂ© le 18 octobre 2016 Ă  13:28
Des policiers irakiens se préparent à l'offensive pour reprendre Mossoul le 16 octobre 2016 à Qayyarah

Pour Ahmed, policier irakien, l'offensive pour reprendre Mossoul entamĂ©e lundi doit ĂȘtre l'occasion de rentrer dans sa ville en vainqueur, deux ans aprĂšs en ĂȘtre parti la tĂȘte basse, vaincu par le groupe Etat islamique (EI).


Quand les jihadistes ont pris cette citĂ© du nord de l'Irak le 10 juin 2014, cet homme dont le nom de famille ne peut ĂȘtre publiĂ© pour des raisons de sĂ©curitĂ© a Ă©tĂ© blessĂ© par un kamikaze de l'EI.
Pendant six mois, il a vĂ©cu dans un camp de dĂ©placĂ©s puis a rĂ©intĂ©grĂ© les rangs de la police provinciale. Le voilĂ  maintenant en position dans le nord de l'Irak. PrĂȘt au combat.
Les forces irakiennes ont lancé lundi une vaste offensive pour reprendre le dernier grand bastion de l'EI.
Pour nombre de policiers et de soldats irakiens, cette bataille fait remonter les souvenirs de la débùcle de juin 2014 et leur offre une chance de revanche et surtout de rédemption.
- 'Retrouver mon peuple' -
Reprendre Mossoul signifie "un retour chez moi, chez ma famille et mon peuple et c'est la mĂȘme situation pour mes camarades - on a tous des proches" lĂ -bas, confie ainsi Ahmed Ă  l'AFP par tĂ©lĂ©phone.
"Je veux les sauver", dit-il.
"On a le sentiment que l'Etat nous a pris pour des traĂźtres", aprĂšs la dĂ©faite de 2014 qui a vu les forces de sĂ©curitĂ© irakiennes se disloquer face aux attaques des jihadistes, abandonnant mĂȘme des armes et du matĂ©riel sur place, souligne aussi Ahmed. "On veut leur prouver que nous sommes tout le contraire de ça".
Le jour de la chute de Mossoul, Ahmed dit qu'il s'est battu plusieurs heures contre des jihadistes avec son unité, jusqu'à manquer de munitions et devoir se replier. Il a ensuite été blessé à une jambe quand un kamikaze s'est fait exploser au volant d'un camion piégé, tuant un officier au passage.
Le policier explique que les renforts promis de Bagdad ne sont jamais arrivés et qu'ils ont finalement reçu l'ordre de se retirer. "Notre moral était au plus bas, nous nous considérions déjà morts", raconte-t-il.
- 'Officiers incompétents' -
Les haut gradĂ©s irakiens et les responsables gouvernementaux, au premier rang desquels l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, qui a affaibli l'armĂ©e en nommant des "officiers incompĂ©tents", ont jouĂ© un rĂŽle majeur dans le dĂ©sastre de Mossoul, selon une enquĂȘte parlementaire irakienne.
Des faisceaux d'indices montraient qu'une attaque des jihadistes étaient imminente, notamment les déclarations d'un chef de l'EI qui avait donné la date de l'attaque et ses grandes lignes aprÚs sa capture.
MalgrĂ© tout, rien n'a Ă©tĂ© fait. Un gĂ©nĂ©ral a mĂȘme quittĂ© Mossoul avec des dizaines de vĂ©hicules blindĂ©s la nuit qui a prĂ©cĂ©dĂ© la chute de la ville, "affectant grandement le moral des troupes" selon l'enquĂȘte parlementaire.
Quelques jours aprĂšs, Mossoul a servi de cadre Ă  la proclamation par l'EI de son "califat".
AprÚs des mois passés sans salaire et à vivre dans le souvenir de l'humiliation, Ahmed a repris du service dans la police de la province de Ninive dont Mossoul est le chef-lieu.
Il a reçu une formation, délivrée notamment par des forces de la coalition internationale antijihadistes conduite par Washington.
Son rÎle et celui de son unité est maintenant de contrÎler les territoires à mesure que les forces fédérales irakiennes les libÚrent en progressant vers Mossoul.
Ahmed met beaucoup d'espoir dans l'assaut final.
"Si Dieu le veut, on va faire prévaloir nos droits face à l'injustice, reprendre notre terre et la protéger", souffle-t-il.

Par Coralie FEBVRE - © 2016 AFP
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