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Iran: Qom, la ville religieuse qui dit non Ă  "l'infiltration" occidentale

  • PubliĂ© le 25 fĂ©vrier 2016 Ă  19:38
Un religieux iranien avec sa famille, le 24 février 2016 à Qom (130 km de Téhéran)

A Qom, ville sainte du nord de l'Iran, l'issue du double scrutin prĂ©vu vendredi ne fait presque aucun doute: dans ce bastion conservateur, les paroles du guide suprĂȘme Ali Khamenei sont d'or et, comme lui, on dit non Ă  "l'infiltration" occidentale.


Dans cette cité traditionaliste qui abrite de nombreuses écoles religieuses, les élections sont généralement l'occasion de montrer son opposition aux "oppresseurs" occidentaux.
Peuplée d'un million d'habitants et située à 150 km au sud de Téhéran, Qom est la capitale religieuse de l'islam chiite iranien et rivalise avec Najaf en Irak. On y trouve notamment le mausolée de sainte Massoumeh, la soeur de l'imam Reza, huitiÚme successeur du prophÚte pour les chiites. C'est un important lieu de pÚlerinage pour les musulmans chiites des pays de la région.
"Je soutiens seulement le guide" suprĂȘme, l'ayatollah Ali Khamenei, affirme Reza Ahmadi, 65 ans, lorsqu'on lui demande pour qui il va voter vendredi. Il porte sur ses Ă©paules un keffieh, signe de son militantisme islamique.
Les Iraniens sont appelĂ©s aux urnes pour Ă©lire 290 dĂ©putĂ©s et la ville de Qom, oĂč est candidat l'actuel prĂ©sident du Parlement, le conservateur modĂ©rĂ© Ali Larijani, doit y envoyer trois reprĂ©sentants. Les Iraniens doivent aussi Ă©lire les 88 membres de l'AssemblĂ©e des experts, chargĂ©e de nommer et Ă©ventuellement dĂ©mettre le guide suprĂȘme, aujourd'hui ĂągĂ© de 76 ans.
"Je vais certainement participer aux Ă©lections pour empĂȘcher l'infiltration des Ă©trangers dans notre pays", affirme Zahra Yazdi, une Iranienne de 23 ans qui porte le traditionnel tchador noir, comme la plupart des habitantes de Qom.
"Il y a des Ă©lĂ©ments infiltrĂ©s dans le pays qui sont sous les ordres des puissances Ă©trangĂšres, mais notre peuple est vigilant (...) et les stoppera", ajoute Zahra. Elle ne cache pas qu'elle votera pour les conservateurs, "car ils suivent le guide suprĂȘme".
Les autres courants, notamment les rĂ©formateurs, "suivent peut-ĂȘtre en apparence le guide, mais dans leur c?ur, ils ne le font pas", affirme-t-elle.
Les rĂ©formateurs sont accusĂ©s par les plus conservateurs d'ĂȘtre trop souples face Ă  l'Occident, surtout depuis le mouvement de contestation de 2009 contre l'Ă©lection de l'ex-prĂ©sident conservateur et populiste Mahmoud Ahmadinejad, qualifiĂ© de "sĂ©dition" par le pouvoir.
- Quelques voix dissidentes -
"L'ayatollah Khamenei est le premier personnage du pays et nous le soutenons tous, mais les 'principalistes' (conservateurs, ndlr) le soutiennent plus que les autres. C'est pourquoi je vote pour eux", proclame Asghar Amanabadi.
Agé de 29 ans, il est venu avec sa femme et leur bébé en pÚlerinage à Qom.
Dans son dernier discours avant l'Ă©lection, le guide suprĂȘme Ali Khamenei a dĂ©clarĂ© mercredi que le peuple voulait un Parlement fort qui ne soit pas "intimidĂ© par les Etats-Unis".
Malgré l'accord sur le programme nucléaire iranien l'été dernier et la levée d'une grande partie des sanctions économiques internationales mi-janvier, l'ayatollah Khamenei a rejeté toute nouvelle négociation avec Washington sur d'autres sujets.
Pour Asghar Amanabadi, une "infiltration" étrangÚre aprÚs l'accord nucléaire de juillet 2015 entre l'Iran et les grandes puissances n'est pas "impossible". Selon lui, les Iraniens doivent s?appuyer sur leurs propres forces plutÎt que compter sur la "technologie étrangÚre" qui permettra aux puissances extérieures de "contrÎler" le pays.
On trouve cependant à Qom quelques voix dissidentes. "J'approuve les réformateurs plus que les autres parce qu'ils respectent mieux la loi", affirme ainsi Zabiollah Sinapour, 26 ans, originaire de Yassouj (sud-ouest) mais venu à Qom pour ses études universitaires.

Par Séverine ROUBY - © 2016 AFP
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