ProcĂšs Charlie Hebdo

"Je voulais dire aux familles qu'elles sont trĂšs courageuses"

  • PubliĂ© le 11 septembre 2020 Ă  23:12
  • ActualisĂ© le 12 septembre 2020 Ă  06:48
Corinne Rey alias Coco au tribunal de Paris, le 9 septembre 2020

Au terme d'une semaine marquée par les témoignages poignants des victimes, les accusés du procÚs Charlie Hebdo ont salué vendredi le "courage" et la "dignité" des survivants de la tuerie, suscitant des réactions contrastées chez les parties civiles.

Invité à réagir aux terribles récits entendus depuis lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris, Saïd Makhlouf, comme l'ensemble de ses co-accusés, se veut sans équivoque: "je voulais dire aux familles des victimes qu'elles sont trÚs courageuses", assure-t-il.

Le trentenaire, silhouette corpulente et cheveux rassemblĂ©s en mini-queue de cheval, indique avoir Ă©tĂ© "vraiment touchĂ©" par ces multiples tĂ©moignages. "Je ne peux que compatir Ă  leurs souffrances", explique-t-il depuis le box vitrĂ© oĂč se cĂŽtoient une partie des accusĂ©s.

Quatorze personnes au total sont jugées devant la cour d'assises pour leur soutien logistique à Chérif et Saïd Kouachi ainsi qu'à Amédy Coulibaly, auteurs des attaques de Charlie Hebdo, Montrouge et de l'Hyper Cacher. Parmi elles, trois sont jugées par défaut.

Ces attaques, menées de façon coordonnée les 7, 8 et 9 janvier 2015, avaient fait 17 morts, dont 10 dans les locaux de Charlie Hebdo. Un "carnage" raconté à la barre par plusieurs rescapés de l'hebdomadaire, dont la dessinatrice Coco, dans des termes parfois insoutenables.

- "Je crache sur ces gens-lĂ " -

"C'était émouvant, c'était dur. Les photos de ce qui s'est passé, à Charlie, elles étaient dures à regarder", assure vendredi l'un des accusés, Willy Prévost. Un message relayé par Nezar Mickaël Pastor Alwatik, visiblement ému: "j'espÚre que le temps guérira ces blessures".

Comme plusieurs accusĂ©s, ce dernier condamne de nouveau les attentats de 2015, assurant ĂȘtre Ă©tranger Ă  l'idĂ©ologie jihadiste. "Je crache sur ces gens-lĂ , sur les frĂšres Kouachi que je ne connais mĂȘme pas, sur AmĂ©dy Coulibaly que je croyais connaĂźtre", lĂąche-t-il.

"Je suis musulman et je ne comprends pas pourquoi on tue au nom de Dieu, au nom du prophÚte, je ne comprends pas... On ne tue pas parce qu'on a fait un dessin", renchérit Metin Karasular, en adressant ses "condoléances" aux familles des victimes.

Émotion sincĂšre ou bien compassion feinte, dans le cadre d'une stratĂ©gie de dĂ©fense bien rodĂ©e? Sur le banc des parties civiles, Me Marie-Laure BarrĂ©, avocate de proches de victimes, ne cache pas son agacement. "Je suis trĂšs mal Ă  l'aise avec ce que je viens d'entendre", avance-t-elle.

"Je peux comprendre que les accusĂ©s veuillent se dĂ©marquer des faits extrĂȘmement graves et des images" projetĂ©es durant l'audience. Mais "quand on fournit du matĂ©riel, quand on vend des armes et des kalachnikov, c'est pas pour jouer au golf!", ajoute-t-elle.

- "Il ne faut pas avoir peur" -

Du cĂŽtĂ© de la dĂ©fense, tous protestent. "Certaines parties civiles veulent retirer la libertĂ© de parole aux accusĂ©s", estime Isabelle Coutant-Peyre, conseil d'Ali Riza Polat, seul des 11 accusĂ©s prĂ©sents Ă  l'audience Ă  ĂȘtre poursuivi pour "complicitĂ©" de crimes terroristes.

Souvent agressif depuis le début du procÚs, ce dernier s'est dit auparavant "désolé" de son "comportement". "Je m'emporte vite" mais "je n'ai rien à voir avec ça. Je me désolidarise de ce qu'ils ont fait les trois", assure-t-il, en s'adressant aux victimes.

Ces échanges sont venus conclure une nouvelle journée d'hommages aux disparus, dont le dessinateur Bernard Verlhac, alias Tignous, et l'économiste et chroniqueur Bernard Maris -- qui publiait dans Charlie sous le surnom d'"Oncle Bernard".

"Nous n'avons jamais de rĂ©pit dans notre chagrin. Parce qu'il nous manque le matin, le soir, aux anniversaires, aux fĂȘtes, Ă  la rentrĂ©e des classes", a tĂ©moignĂ© le veuve de Tignous, ChloĂ© Verlhac, disant nĂ©anmoins vouloir "rĂ©sister" Ă  la "peur".

"Il ne faut pas avoir peur" du terrorisme, a martelé également le fils de Bernard Maris. "De mon cÎté, je continuerai à me battre à ma maniÚre, c'est-à-dire en souriant, en continuant à me lever pour rire. Il faut continuer à vivre, à rigoler".

AFP

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