Etats-Unis

John Bolton, l'ex-conseiller va-t-en-guerre qui bataille avec Trump

  • PubliĂ© le 18 juin 2020 Ă  18:54
  • ActualisĂ© le 18 juin 2020 Ă  19:04
John Bolton ici photographié le 28 juin 2019 à Osaka

John Bolton était connu pour ses positions va-t-en-guerre en diplomatie. Mais l'ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump vient de lùcher une bombe sur la scÚne politique américaine qui rend définitive la rupture de ce souverainiste sourcilleux avec le président des Etats-Unis.

Depuis qu'il a été limogé en septembre par le milliardaire républicain en raison de leurs désaccords sur la politique étrangÚre, le Tout-Washington s'interrogeait sur ses intentions: allait-il vraiment régler ses comptes?

DÚs janvier, en plein procÚs en destitution de Donald Trump, de premiers passages de son livre avaient filtré, accréditant la thÚse au coeur de l'accusation d'abus de pouvoir, celle d'un marché que le président aurait voulu imposer à l'Ukraine pour l'aider à discréditer ses adversaires démocrates. Le Sénat, contrÎlé par son camp républicain, l'a finalement acquitté.

- Trump "inapte" -

Mais, alors qu'il n'avait pas tĂ©moignĂ© pendant la procĂ©dure d'impeachment, les attaques du conseiller Ă  l'Ă©paisse moustache blanche vont bien au-delĂ  dans son ouvrage, "The Room Where It Happened" (La piĂšce oĂč cela s'est passĂ©), Ă  paraĂźtre mardi.

D'aprÚs les bonnes feuilles publiées dans la presse, il y dépeint un Donald Trump pas trÚs intelligent, fasciné par les autocrates et obsédé par sa réélection en novembre, au risque de mettre en danger la sacro-sainte sécurité nationale des Etats-Unis.

Bref, "inapte" Ă  prĂ©sider la premiĂšre puissance mondiale. Alors qu'il l'avait somme toute mĂ©nagĂ© jusque-lĂ , l'ex-magnat de l'immobilier a explosĂ©. "Malade", "dingo", "andouille", "incompĂ©tent"... Les insultes fusent depuis mercredi soir sur le compte Twitter prĂ©sidentiel. "Il n'a dit que du bien de moi jusqu'au jour oĂč je l'ai virĂ©", a-t-il pestĂ© en ironisant sur cet "idiot ennuyeux et aigri qui voulait seulement dĂ©clencher une guerre".

Donald Trump n'est d'ailleurs pas le seul Ă  critiquer John Bolton, dont le livre semble confirmer la haute estime qu'il a de lui-mĂȘme. Si les dĂ©mocrates s'indignent des tentatives de "censure" du gouvernement qui veut bloquer la parution de l'ouvrage, ils dĂ©noncent aussi la position confortable d'un conseiller qui est restĂ© muet tant qu'il disposait d'un poste avantageux, et a refusĂ© de tĂ©moigner sous serment devant la Chambre des reprĂ©sentants.

- Détestation du multilatéralisme -

Entre l'impétueux président et le bouillonnant diplomate, le mariage était imparfait dÚs sa nomination en mars 2018. Les deux hommes sont unis par un fervent souverainisme et une détestation commune du multilatéralisme.

"America First", le slogan présidentiel, est fait pour plaire à John Bolton, 71 ans, convaincu de longue date qu'il faut placer l'Amérique d'abord et dénoncer les organisations internationales qui cherchent à empiéter sur ses prérogatives nationales.

Le juriste aux fines lunettes mĂ©talliques ne cache pas tout le mal qu'il pense de la justice internationale et mĂȘme de l'ONU, oĂč il s'est fait connaĂźtre lors d'un passage mouvementĂ© comme ambassadeur des Etats-Unis en 2005-2006 sous la prĂ©sidence de George W. Bush.

Une phrase restée célÚbre de 1994 résume ce dédain: le siÚge des Nations unies à New York a 38 étages, rappelait-il, "s'il en perdait dix, cela ne ferait aucune différence."

GrĂące Ă  cet unilatĂ©ralisme exacerbĂ©, et Ă  ses commentaires comme chroniqueur sur la chaĂźne Fox News prisĂ©e du prĂ©sident, il a fini par dĂ©crocher le poste stratĂ©gique dont il rĂȘvait, conseiller Ă  la sĂ©curitĂ© nationale.

Mais ce faucon s'est vite retrouvĂ© en porte-Ă -faux avec tout un pan de la politique trumpiste. Conseiller va-t-en-guerre d'un prĂ©sident qui ne veut pas faire la guerre, il a eu du mal Ă  dissimuler son agacement lorsque l'ex-homme d'affaires se targuait de nĂ©gocier avec le dirigeant nord-corĂ©en Kim Jong Un ou avec les talibans en Afghanistan, ou encore lorsqu'il se disait prĂȘt au dialogue avec l'Iran.

Aux cĂŽtĂ©s des nĂ©oconservateurs, John Bolton fut l'un des architectes de l'invasion de l'Irak en 2003. Il est partisan des guerres prĂ©ventives, alors que Donald Trump estime que l'AmĂ©rique ne peut ĂȘtre le gendarme du monde et, dans de nombreuses situations, doit se dĂ©sengager.

Avant mĂȘme de le limoger sans mĂ©nagement, Donald Trump ne cachait d'ailleurs pas les tensions croissantes. "Il a des avis appuyĂ©s sur plein de sujets mais c'est OK. En fait, je le calme, ce qui est vraiment incroyable", ironisait-il il y a un an.

AFP

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