"Vous? C'est mĂȘme pas la peine!"

À la barre, Jawad Bendaoud charge les avocats des victimes

  • PubliĂ© le 26 janvier 2018 Ă  21:36
  • ActualisĂ© le 27 janvier 2018 Ă  02:08
Un croquis d'audience montre Jawad Bendaoud, lors de son procĂšs au palais de Justice de Paris, le 26 janvier 2018

Coups de colÚre entrecoupés de sketches façon stand-up: les parties civiles ont interrogé Jawad Bendaoud vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris, sans vraiment obtenir de réponses du "logeur de Daech", dans une ambiance encore plus tendue que la veille.


Moins d'une heure aprÚs la reprise du procÚs, la présidente de la 16e chambre a dû suspendre l'audience aprÚs des échanges trÚs vifs entre le prévenu, jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes", et un avocat de la partie civile, Me Georges Holleaux.
"Attention à ce que vous dites. (...) Moi je vais venir vous voir à votre cabinet", a menacé Jawad Bendaoud trÚs énervé. "M. Bendaoud, taisez-vous!", est intervenue la présidente Isabelle Prévost-Desprez.
Ces échanges ont donné le ton de la suite de l'audience, au troisiÚme jour du procÚs du logeur présumé de deux jihadistes du 13-Novembre. Le procÚs a pris parfois des allures de one-man-show, totalement décalé face à la gravité du sujet.
A la reprise de l'audience, Jawad Bendaoud a prĂ©sentĂ© ses excuses. "Ça fait quatorze mois que je ne suis pas sorti de ma cellule", a-t-il tentĂ© de justifier. "A ma place, il y a des gens, ils se seraient coupĂ© les testicules".
ÉnervĂ© par Me Holleaux et ses confrĂšres, Jawad Bendaoud a demandĂ© plusieurs fois le droit au silence en se bouchant ostensiblement les oreilles... Et avant de se lancer dans de longues logorrhĂ©es. Ses avocats, Xavier Nogueras et Marie-PompĂ©i Cullin, ont tentĂ© de le calmer plusieurs fois, mais rarement avec succĂšs.
Un avocat se lĂšve. "Monsieur Reinhart? C'est mĂȘme pas la peine", lui lance le prĂ©venu, rechignant Ă  rĂ©pondre Ă  ses questions, comme Ă  celles d'autres avocats qui le "provoquent sur BFM". Le dĂ©tenu explique qu'il regarde sans cesse les chaĂźnes d'information depuis sa prison. "Je ne peux pas parler avec des gens qui me lynchent Ă  la tĂ©lĂ©".
"Exercez votre droit au silence. En vrai, M. Bendaoud", le prie la présidente. En vain.

- "De la glace dans les veines" -

"Vous ĂȘtes atteint psychologiquement", "Comment vous avez le culot de porter cette robe?", lĂąche encore le prĂ©venu aux avocats.
Sur le fond, il a répété qu'il ne savait pas qu'il logeait des jihadistes: "Il y a des signes que j'ai mal interprétés", a redit le prévenu. Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats? Jawad Bendaoud "le trouve louche mais pas terroriste".
"Je n'ai aucune information sur les attentats" aprÚs le 13 novembre, affirme-t-il. "Il faut vraiment avoir de la glace dans les veines pour accueillir un mec qui a tué 130 personnes", se défend le prévenu.
Jawad Bendaoud reconnaßt avoir loué son squat à des mafieux d'Europe de l'Est, sans se demander ce qu'ils faisaient vraiment. "Pour les terroristes, vous ne vous posez pas plus de questions", lui reproche un avocat.
Jeudi, son complice présumé Mohamed Soumah avait présenté ses condoléances et ses excuses aux victimes, mais Jawad Bendaoud ne lui a pas emboité le pas. "Moi, ça me choque de voir des gens blessés venir et (...) dire que je suis le responsable. Madame, vous savez ce que c'est de vivre avec un mort sur la conscience (celle de son meilleur ami dans une rixe, ndlr) ? Vous pensez que je veux en rajouter 130 ?", questionne le prévenu.
Soudainement, Jawad Bendaoud s'inquiĂšte pour son avenir. "Je suis fini, que je mente ou pas. Qui va m'embaucher dehors? J'avais un projet de point de vente de cocaĂŻne. Qui va s'associer avec moi?", s'inquiĂšte-t-il.

2018 AFP

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