Chef d'oeuvre du Moyen-Ăge et symbole quasi-millĂ©naire des relations longtemps belliqueuses entre l'Angleterre et le continent, la cĂ©lĂšbre Tapisserie de Bayeux va ĂȘtre prĂȘtĂ©e par la France au Royaume-Uni, un geste fort pour renforcer les relations franco-britanniques en plein Brexit.
La PremiÚre ministre britannique Theresa May a salué mercredi cette décision. "C'est trÚs significatif que la tapisserie vienne au Royaume-Uni (...) nous ferons en sorte que le maximum de gens puisse la voir", a-t-elle déclaré devant les députés britanniques promettant .
La présidence française avait fait savoir mercredi en début de matinée qu'Emmanuel Macron et Mme May annonceraient, lors du sommet franco-britannique de jeudi prÚs de Londres, un programme d'échange d'oeuvres, parmi lesquelles cette tapisserie relatant l'invasion de l'Angleterre par le duc de Normandie Guillaume le Conquérant.
Le musĂ©e de Bayeux doit subir d'importants travaux de restauration, une pĂ©riode pendant laquelle la tapisserie pourra ĂȘtre prĂȘtĂ©e Ă une institution britannique.
"Ce ne sera pas avant 2020 car c'est un objet patrimonial extrĂȘmement fragile qui fera l'objet de travaux de restauration trĂšs importants" avant tout transport, a prĂ©cisĂ© l'ElysĂ©e.
La mairie de Bayeux a de son cÎté évoqué la date de 2023.
Joyau mĂ©diĂ©val de l'histoire franco-anglaise, inscrite au registre MĂ©moire du Monde de l'Unesco, la tapisserie relate la conquĂȘte de l'Angleterre par Guillaume le ConquĂ©rant, duc de Normandie, en particulier la bataille d'Hastings, le 14 octobre 1066.
La tapisserie, à la fois oeuvre d'art et document historique, attire chaque année 400.000 visiteurs à Bayeux.
Brodée sur une toile de lin mesurant 68,38 m, elle est constituée de neuf panneaux d'une largeur de 50 cm et de longueurs inégales
- Retour aux sources ? -
Le lieu de sa fabrication reste un sujet de dĂ©bat. "La tapisserie a trĂšs probablement Ă©tĂ© conçue Ă Canterbury, dans le Kent (dans le sud-est de l'Angleterre, ndlr), oĂč existaient Ă l'Ă©poque de nombreux ateliers de broderie", dĂ©clare Ă l'AFP Pierre Bouet, historien mĂ©diĂ©viste, et coauteur d'un ouvrage sur les mystĂšres de cette broderie du Moyen Age.
"C'est un document de propagande organisĂ© de façon Ă©blouissante par les Normands pour justifier la conquĂȘte", ajoute cet expert, qui conteste la comparaison souvent avancĂ©e avec une bande dessinĂ©e : "Dans une BD, il n'y a qu'un temps par case, alors que dans la tapisserie, le mĂȘme personnage apparaĂźt plusieurs fois Ă des moments diffĂ©rents d'une mĂȘme sĂ©quence. C'est une technique filmique".
Ce prĂȘt Ă la Grande-Bretagne est donc "un retour aux sources", souligne l'historien, qui ne cache pas ses rĂ©serves sur ce dĂ©placement. "La tapisserie est en bon Ă©tat mais elle reste fragile", dit-il.
PrĂ©sentĂ©e dans un conteneur hermĂ©tique vitrĂ© "qui la protĂšge des incendies et de l'humiditĂ©", la tapisserie a dĂ©jĂ voyagĂ© au fil des siĂšcles, rappelle ce spĂ©cialiste. "NapolĂ©on l'a fait venir Ă Paris en 1804 pour mobiliser l'opinion publique Ă la conquĂȘte de l'Angleterre", et elle a Ă©galement Ă©tĂ© transportĂ©e au Louvre en juin 1944, sur ordre de Hitler qui voulait "l'emporter Ă Berlin", rappelle-t-il.
Alors que Theresa May est en pleines nĂ©gociations sur le Brexit, programmĂ© l'an prochain, ce prĂȘt est "un geste diplomatique extraordinaire de la part du prĂ©sident français", a saluĂ© sur la BBC Tom Tugendhat, dĂ©putĂ© et prĂ©sident de la commission des Affaires Ă©trangĂšres de la Chambre des communes.
L'Ă©lu suggĂšre que le British Museum de Londres pourrait prĂȘter en Ă©change la Pierre de Rosette, un autre symbole des relations tumultueuses entre Paris et Londres puisqu'elle fut dĂ©couverte en Egypte par les Français mais reprise par les Anglais aprĂšs la dĂ©faite de NapolĂ©on.
L'annonce a Ă©galement fait sourire certains commentateurs britanniques, voyant dans ce geste français une façon de se "moquer" des Britanniques en leur prĂȘtant le symbole d'une de leurs dĂ©faites les plus cuisantes.
2018 AFP


