"C'est d'une tendresse incroyable !": photographe, plongeur et explorateur, Alexis Rosenfeld ressent encore cette émotion face à la "vallée aux mille roses", ces coraux géants porteurs d'espoir découverts tout récemment, à plus de 30 mÚtres de fond, au large de Tahiti. (Photo : AFP)
"Ce type de coraux, à cet endroit-là , c'était connu probablement depuis des générations par certains Polynésiens", raconte-t-il à l'AFP. Mais son équipe, comme les scientifiques du CRIOBE, laboratoire français pour l'étude des écosystÚmes coralliens, n'imaginaient pas une telle immensité quand ils sont tombés sur ce trésor, en novembre.
Equipés de recycleurs, ces "petites usines" qui permettent aux plongeurs de rester jusqu'à cinq heures sous l'eau, Alexis Rosenfeld et ses partenaires venaient d'entamer une "descente délicate dans le bleu".
"Vers 20 mÚtres, on commence à percevoir un détail, le fond qui se dessine, le champ de +roses+ qui se cisÚle doucement, une dentelle fine apparaßt et tapisse le fond de la mer, à perte de vue. La vallée aux mille roses. C'est d'une tendresse incroyable", revit-il, deux mois plus tard, auprÚs de l'AFP, depuis son bureau, dans le lycée des Calanques à Marseille.
A l'image, les roses ressortent bleues, car "le rouge est absorbé par la couche d'eau". Depuis sa publication, le 20 janvier, son cliché de ce champ corallien a fait le tour du monde, jusqu'à la Une du Washington Post.
Ce récif, long de trois kilomÚtres et large de 30 à 65 mÚtres, se situe entre 30 et 65 mÚtres de fond. Et il ne présente aucun signe de stress ou de maladie, quand des coraux situés plus prÚs de la surface, en Polynésie française, souffrent du réchauffement climatique et ont connu un épisode de blanchiment en 2019. "Une découverte hors du commun", a estimé l'Unesco.
Pour LaĂ«titia Hedouin, biologiste marine au CNRS et au CRIOBE, cette dĂ©couverte est "une bonne nouvelle", qui laisse Ă penser que "les rĂ©cifs plus profonds sont peut-ĂȘtre mieux protĂ©gĂ©s du rĂ©chauffement climatique".
Car la préservation des coraux est un enjeu capital: niches écologiques, ils abritent au moins un quart de la biodiversité marine. Les récifs sont aussi de puissants outils de lutte contre l'érosion des cÎtes.
AprĂšs une vingtaine de jours de plongĂ©e sur ce site, en novembre, Alexis Rosenfeld et son Ă©quipe vont poursuivre l'exploration plus profond, oĂč ils ont dĂ©jĂ aperçu des champs de gorgones, aussi appelĂ©s +coraux Ă©corce+.
- 80% des fonds marins inexplorés -
"Les fonds marins sont la partie la plus inexplorée de notre planÚte: on en a cartographié 20%, on connaßt trÚs peu d'espÚce, il y a tout à faire", rappelle le photographe-plongeur.
C'est d'ailleurs tout le sens de la décennie (2021-2030) des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable, qui vise à "investir massivement dans l'océanographie". Dans ce dispositif, Alexis Rosenfeld joue le rÎle de "témoin" via sa campagne "1Océan".
D'ici 2030, il devra notamment produire 1.000 photographies des profondeurs et les diffuser auprĂšs du grand public, par exemple via des expositions monumentales dans des gares en France.
Equipé de sa combinaison siglée Unesco, il pense déjà aux images qu'il pourra saisir sur l'atoll d'Aldabra aux Seychelles, le plus grand refuge de tortues terrestres géantes, préservé de l'influence humaine et classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Ou sur les récifs d'Entrecasteaux, en Nouvelle Calédonie, "probablement l'une des régions les plus vierges du monde".
Avec une ambition: "bùtir des consciences" pour la protection des océans.
"Ca passe par le beau, mais je pense que les alertes de (la militante écologiste) Camille Etienne, les actions d'Hugo Clément (NDLR: journaliste et militant écologiste), les messages du WWF ou les actions de Greenpeace sont également essentielles, c'est un vrai écosystÚme qui est en marche pour la planÚte de demain", veut-il croire.
Mais il voit aussi le moins beau: "Il n'y a pas si longtemps on était à Marseille, dans les calanques, pour montrer l'aspect absolument dégueulasse" des déchets.
AFP


