Espace

La planĂšte Mars tremble et livre quelques secrets

  • PubliĂ© le 24 fĂ©vrier 2020 Ă  21:56
  • ActualisĂ© le 25 fĂ©vrier 2020 Ă  05:28
Photo du 27 avril 2018 diffusée par la Nasa du robot InSight lancé le 5 mai 2018 pour une mission sur Mars

En quinze mois de présence sur Mars, le robot InSight et son sismographe ont déjà détecté prÚs de 500 frémissements des entrailles de la planÚte rouge, une récolte abondante qui livre le portrait d'une "planÚte vivante", secouée par de nombreux séismes.

"C'est toujours émouvant d'imaginer cet instrument sur Mars qui nous envoie ces données", confie à l'AFP Philippe Lognonné, chercheur de l'Institut de Physique du Globe de Paris et pÚre de SEIS, le sismographe français embarqué par InSight.

AprÚs 6 mois et demi de voyage dans l'espace et 480 millions de kilomÚtres parcourus, la sonde de la Nasa avait atterri en grande pompe dans la plaine martienne d'Elysium, en novembre 2018, permettant pour la premiÚre fois à l'humanité de coller son oreille contre le sol de la planÚte.

Et depuis, la planÚte s'est montrée plutÎt bavarde: "Au 30 septembre 2019, InSight a détecté 174 événements sismiques, dont 24 sont relativement importants (d'une magnitude comprise entre 3 et 4)", indiquent les auteurs de six études publiées lundi dans Nature Geoscience et Nature Communication, des travaux internationaux impliquant plus de cent cinquante chercheurs.

Si l'activité sismique de Mars a déjà été théorisée, modélisée, jamais aucun tremblement de Mars n'avait été clairement identifié. Pour Charles Yana, chef de projet SEIS à l'agence spatiale française Cnes, "le nombre de ces détections est assez surprenant car les modÚles n'en estimaient pas autant". "Et depuis septembre, ça continue", note Philippe Lognonné. Le sismographe affiche maintenant au compteur pas moins de 460 évÚnements détectés dont une quarantaine sont trÚs probablement dus à des séismes, "des tremblements de terre associés à des failles qui jouent", comme les décrit le géophysicien.

Deux d'entre eux proviennent d'une rĂ©gion volcanique, situĂ©e Ă  1.600 km de lĂ  oĂč InSight a atterri, appelĂ©e "Cerberus Fossae" et constituĂ©e de canyons de plus de mille kilomĂštres de long dans lesquels de la lave s'est Ă©coulĂ©e. "Dans cette zone, ça bouge en profondeur !", s'enthousiasme Charles Yana.
La Nasa avait mis en ligne en octobre les fichiers sonores de ces deux secousses (datant du 22 mai et du 25 juillet), "légÚrement" traités et accélérés pour devenir audibles aux Terriens.

- Dans l'attente d'un plus gros séisme -

L'origine des 420 autres frémissements est moins claire: petits séismes trÚs superficiels, micro-glissements de terrain, éboulements de falaises ... Difficile de trancher. "Et "certains signaux sont compliqués à comprendre car c'est la premiÚre fois qu'on les voit", note Philippe Lognonné. Quoiqu'il en soit "ces résultats (...) révÚlent une planÚte vivante", se félicite le Cnes, maßtre d??uvre de SEIS, dans un communiqué.

Les données de la mission InSight permettent d'en savoir un peu plus sur la composition de la planÚte rouge. Les ondes sismiques, en variant selon les matériaux qu'elles traversent, offrent une photo des entrailles de la planÚte. Les scientifiques ont ainsi pu déterminer que les 10 premiers kilomÚtres de la croûte martienne, résultat de coulées de lave trÚs anciennes, "ont été altérés par plusieurs milliards d'années d'activité géologique, d'impact, ou par des processus anciens de circulation d'eau", note Philippe Lognonné.

Mais les chercheurs attendent toujours le Graal, un séisme de magnitude égal ou supérieur à 4. Les ondes se propageraient alors plus profondément et pourraient donner beaucoup plus d'informations sur la structure interne de la planÚte (manteau inférieur et noyau). "C?est la partie la plus savoureuse", note Bruce Banerdt, responsable scientifique d'InSight au laboratoire JPL de la Nasa à Pasadena (Californie).

Connaßtre la composition de la planÚte rouge aidera en effet à comprendre comment elle s'est formée et pourquoi l'eau de ses lacs et de ses riviÚres s'est évaporée il y a environ 3,5 milliards d'années. "On reste un peu sur notre faim", reconnaßt Philippe Lognonné. "Mais c'est pas fini !" Si la mission n'a été, au départ, budgétée par la Nasa que pour deux ans, Charles Yana a bon espoir qu'elle soit prolongée au vu "des beaux résultats" déjà récoltés.

AFP

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