Toute l'Italie est confinée

La vie suspendue des Italiens Ă  l'heure du coronavirus

  • PubliĂ© le 10 mars 2020 Ă  16:22
  • ActualisĂ© le 10 mars 2020 Ă  17:02
Un restaurant vide sur la place Sant'Egidio Ă  Rome le 10 mars 2020

"Je n'ai pas peur, mais peut-ĂȘtre que je devrais?" s'interroge mardi un chauffeur de taxi romain au lendemain de l'appel du gouvernement demandant Ă  tous les Italiens de "rester Ă  la maison" pour endiguer l'Ă©pidĂ©mie de coronavirus.

"Je prends tout ça avec philosophie", sourit Francesco, 54 ans, qui a choisi délibérément de ne pas se masquer la bouche avec son écharpe bleue, contrairement à nombre de passants dans les rues semi-désertes de la Ville éternelle. "De toute façon il y a trÚs peu de circulation, et encore moins de clients", ajoute ce Sicilien d'origine.

Ce fatalisme n'est pas général: lundi soir, aprÚs l'allocution du Premier ministre Giuseppe Conte, des supermarchés ouverts 24/24 ont été pris d'assaut à Rome et à Naples par des Italiens paniqués face à l'interdiction des déplacements non indispensables. "Pommes de terres, biscottes, lait, sucre, farine, mais aussi savons et désinfectants, partent en premier, comme en temps de guerre", a raconté un vendeur à l'agence Ansa.

Le gouvernement a publié une note explicative rappelant que les supermarchés resteront ouverts et seront "réguliÚrement" approvisionnés, et recommandant de ne pas "s'affoler pour acheter des denrées alimentaires ou des biens de premiÚre nécessité". Les journaux italiens ne sont guÚre rassurants. "Tous à la maison", résume le quotidien de gauche La Repubblica, évoquant "un traitement de choc". "Maintenant c'est toute l'Italie qui est fermée", titre Il Corriere della Sera. "Les écoles et le sport, c'est fini jusqu'au 3 avril", ajoute-t-il.

Du nord au sud, des queues se sont formĂ©es devant les supermarchĂ©s. A Naples, on y a mĂȘme repĂ©rĂ© trois footballeurs stars du Napoli, JosĂ© Maria Callejon, Fernando Llorente et David Ospina, reconnus et pris en photo.

- "Les Romains sont fous!" -

A Rome, dans une supĂ©rette prĂšs du parc de la Villa Borghese, un vieux monsieur soupire devant un rayon de produits frais dĂ©valisĂ© et repart en poussant son caddie. A la sortie, la caissiĂšre se protĂšge derriĂšre un masque et des gants de latex. A Bologne, capitale de l'Emile-Romagne (centre) et de la mortadelle, Clara Castelli, une retraitĂ©e de 83 ans, fait part de son dĂ©sarroi: "Je me sens oppressĂ©e, dans cette ville oĂč on ne rencontre plus personne, oĂč les magasins ont baissĂ© leur rideau par manque de clients, tout ça me rend triste."

Au Vatican aussi, la vie semble arrĂȘtĂ©e : le Saint-SiĂšge a diffusĂ© une vidĂ©o du pape François cĂ©lĂ©brant tout seul sa messe quotidienne Ă  la rĂ©sidence Sainte-Marthe, Ă  quelques pas de la Basilique Saint-Pierre. "Prions le Seigneur pour nos prĂȘtres, pour qu'ils aient le courage de sortir et d'aller visiter les malades", a-t-il exhortĂ©.
Comme dans toute situation de crise, la nature humaine réserve son lot de bonnes et mauvaises surprises.

CĂŽtĂ© pile, cette note manuscrite dans le hall dĂ©fraĂźchi d'un immeuble du quartier romain de Trastevere: "A l'attention des personnes ĂągĂ©es de l'immeuble: nous sommes prĂȘts Ă  vous aider pour faire vos courses ou d'autres commissions. Tommaso et Giulia."

CÎté face, dans le quartier de Prati prÚs du Vatican, un homme d'une cinquantaine d'années sort furieux d'un bar. "Le serveur a fait une blague raciste devant trois Asiatiques qui ne comprenaient rien! C'est honteux, on vaut mieux que ça", lance-t-il.

Grazia, une pimpante octogénaire romaine, n'a cure des consignes de confinement et est sortie pour acheter sa marque préférée de yaourts: "Je ne peux pas rester tout le temps à la maison (...) Je mets des gants quand je sors. J'ai des masques mais je ne les utilise pas encore". "Il n'y a jamais de file comme ça", s'exclame-t-elle devant une queue d'une dizaine personnes respectant scrupuleusement la distance de sécurité d'au moins un mÚtre.

Michele, un jeune employĂ©, s'active pour remplir les rayons: "les pĂątes, la sauce tomate en boĂźte, le thon et le papier hygiĂ©nique sont en tĂȘte du classement... et bien sĂ»r l'Amuchina!", le produit dĂ©sinfectant prĂ©fĂ©rĂ© des Italiens.

Débordé, Emiliano, qui s'occupe des livraisons à domicile, va travailler jusqu?à 23H00: "Les Romains sont devenus fous, ils se retranchent chez eux!"
Non loin de l'épicerie, Manuela Prinzis, 43 ans, promÚne son fils de six ans: "On avait besoin de rÚgles plus strictes", estime-t-elle. "Les Italiens ne respectent pas les rÚgles. On n'est pas habitués aux rÚgles".

Cela est peut-ĂȘtre en train de changer. L'Italie n'a plus le choix: avec plus de 9.000 cas dont 463 mort, la patrie de Dante, auteur de "L'Enfer", premiĂšre des trois parties de la Divine ComĂ©die, est le pays le plus touchĂ© du monde aprĂšs la Chine.
 

AFP

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