Contestation en Irak

L'armée admet un "usage excessif" de la force

  • PubliĂ© le 7 octobre 2019 Ă  14:31
  • ActualisĂ© le 7 octobre 2019 Ă  15:51
Des Irakiens manifestent dans le centre de Bagdad le 4 octobre 2019

L'armĂ©e irakienne a admis lundi pour la premiĂšre fois un "usage excessif" de la force lors du mouvement de contestation marquĂ© par des violences sanglantes, le jour mĂȘme oĂč une force paramilitaire s'est dite prĂȘte Ă  intervenir pour soutenir le gouvernement.

Depuis le début le 1er octobre de ce mouvement de contestation à Bagdad et dans des villes du Sud pour réclamer la démission du gouvernement accusé de corruption, plus de 100 personnes ont été tuées, en grande majorité des manifestants, et plus de 6.000 blessées, selon un dernier bilan officiel.

Pays voisin et alliĂ© de l'Irak, l'Iran a dĂ©noncĂ© un "complot" et prĂ©venu qu'il avait "Ă©chouĂ©, en Ă©voquant les manifestations spontanĂ©es nĂ©es d'appels sur les rĂ©seaux sociaux. AprĂšs une nuit de chaos Ă  Sadr City, dans l'est de Bagdad, oĂč 13 personnes ont pĂ©ri dans les heurts entre manifestants et forces de l'ordre selon des sources mĂ©dicales, le commandement militaire a reconnu "un usage excessif de la force dĂ©bordant des rĂšgles de l'engagement".

"Nous avons commencé à demander des comptes aux officiers qui ont commis ces erreurs", a-t-il indiqué dans un communiqué.
A Sadr City, des vidéos ont montré des manifestants se mettre à couvert sous des rafales ininterrompues de tirs, parfois à l'arme lourde. Forces de l'ordre et médias ont difficilement accÚs à ce bastion du leader chiite Moqtada Sadr qui avait appelé vendredi à la démission du gouvernement d'Adel Abdel Mahdi.

- "EmpĂȘcher un coup d'Etat" -

Depuis mardi, les autoritĂ©s assurent s'en tenir aux "standards internationaux" et accusent des "tireurs non identifiĂ©s" qui selon elles visent manifestants et forces de l'ordre. Les dĂ©fenseurs des droits humains accusent eux les forces de l'ordre de tirer sur les manifestants. Dans ce contexte de crise, le chef du Hachd al-Chaabi, puissante coalition paramilitaire dominĂ©e par des milices chiites proches de l'Iran, s'est dit "prĂȘt" Ă  intervenir pour empĂȘcher "un coup d'Etat ou une rĂ©bellion", si le gouvernement le lui ordonnait.

Dénonçant des "comploteurs" qui "seront punis", Faleh al-Fayyadh a prévenu que le Hachd, désormais en grande partie intégré aux troupes réguliÚres, voulait "la chute de la corruption et non la chute du régime", répondant à l'un des slogans des manifestants. Dimanche et pour la premiÚre depuis le début du mouvement qui réclame aussi emplois et services publics, les manifestants n'ont pas défilé dans le centre de Bagdad vers l'emblématique place Tahrir.

Les rassemblements sont restés cantonnés à Sadr City et ses abords, en périphérie de la capitale de neuf millions d'habitants toujours privée d'internet, comme l'ensemble du sud du pays.

- Lavrov Ă  Bagdad -

Ailleurs Ă  Bagdad, la vie a repris lentement son cours, mais la tension reste trĂšs palpable. Les autoritĂ©s ont multipliĂ© les annonces de mesures sociales pour tenter d'apaiser la colĂšre de manifestants qui disent n'avoir "plus rien Ă  perdre" dans un riche pays pĂ©trolier oĂč plus d'un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvretĂ©.

En Iran, le guide suprĂȘme Ali Khamenei a vu dans les manifestations en Irak "un complot" montĂ© par des "ennemis" pour "semer la discorde" entre les deux pays. Mais, a-t-il prĂ©venu, "ils ont Ă©chouĂ© et leur complot n'aura pas d'effet". TĂ©hĂ©ran, qui entretient depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 une relation Ă©troite avec Bagdad, a renforcĂ© son influence en Irak en y soutenant plusieurs partis et groupes chiites.

Le mouvement de contestation intervient alors que des milliers de marcheurs iraniens ont entamé le grand pÚlerinage chiite annuel vers le tombeau de l'imam Hussein à Kerbala, au sud de Bagdad, qui doit culminer le 17 octobre avec les célébrations d'Arbaïn. L'Iran a rouvert un poste frontiÚre avec l'Irak et des pÚlerins ont commencé à l'emprunter.

Sur le front diplomatique, le Premier ministre irakien a annoncé avoir discuté au téléphone avec le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo des développements en Irak, alors que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov est à Bagdad pour une visite prévue avant le début de la contestation.

AFP

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