Il est décédé vendredi

Laurent de Brunhoff, digne continuateur de la saga de Babar

  • PubliĂ© le 23 mars 2024 Ă  07:14
  • ActualisĂ© le 23 mars 2024 Ă  09:03
Laurent de Brunhoff, en mars 1969 Ă  Paris

L'auteur et illustrateur français Laurent de Brunhoff, mort vendredi à l'ùge de 98 ans aux Etats-Unis selon les médias américains, a poursuivi avec succÚs les aventures de Babar, personnage adoré des enfants du monde entier, créé en 1931 par ses parents.

"Dans la grande forĂȘt, un petit Ă©lĂ©phant est nĂ©. Il s'appelle Babar": en Ă©crivant, sous un dessin, cet incipit, le pĂšre de Laurent, Jean de Brunhoff, n'imaginait pas le destin incroyable de son placide pachyderme en costume vert, devenu un classique.

Les albums de Babar - une vingtaine que l'on doit à Laurent et sept à son pÚre - se sont vendus à des millions d'exemplaires, notamment aux Etats-Unis, et ont été traduits en plus des dizaines de langues.

Tout a commencĂ© comme dans un conte: l'Ă©pouse de Jean, CĂ©cile, qui Ă©tait pianiste, aimait raconter Ă  ses deux garçonnets, Laurent et Mathieu, les aventures d'un petit Ă©lĂ©phant dont la maman Ă©tait tuĂ©e par un chasseur, qui s'enfuyait Ă  la ville, rencontrait une gentille vieille dame, apprenait Ă  vivre parmi les hommes puis retournait en forĂȘt pour y Ă©pouser CĂ©leste et devenir roi.

Séduit par le récit, son mari, qui était peintre et venait de dessiner la salle à manger des enfants du paquebot "Normandie", le mit en images et en fit un livre.

Editées en 1931 aux éditions du Jardin des Modes, avant que la collection ne rejoigne Hachette Jeunesse en 1936, les aventures de Babar rencontrÚrent aussitÎt le succÚs.

"Il existait alors trĂšs peu de livres pour les enfants. L'imagination et la poĂ©sie de mon pĂšre Ă©taient (nouvelles) ainsi que sa façon de dessiner, ni stylisĂ©e, ni rĂ©aliste", a expliquĂ© 40 ans plus tard Laurent, homme mince et Ă©lĂ©gant, au front dĂ©garni et Ă  l'Ɠil vif.

Il a 12 ans lorsque Jean meurt de tuberculose (en 1937), 13 lorsque son oncle Michel, qui dirige l'édition française de Vogue, assure l'intérim et 21 lorsqu'il reprend le flambeau, en 1946, avec "Babar et ce coquin d'Arthur". Cécile devait décéder, elle, à l'ùge de 99 ans.

"Continuer Babar, c'était prolonger la vie de mon pÚre", disait-il, soulignant avoir connu une jeunesse enchantée.

- La "chanson des mammouths" -

Né le 30 août 1925 à Paris, Laurent avait suivi des études de peinture. Il avait surtout observé, dans la maison familiale de Chessy (Seine-et-Marne), le travail de son pÚre sur Babar. Il lui restera fidÚle en favorisant les explosions de couleurs et en maintenant le grand format. Avant Babar, les albums pour enfants étaient de taille réduite.

"Babar et ce coquin d'Arthur", "La fĂȘte de CĂ©lesteville", "Babar sur la planĂšte molle" ou encore "Babar Ă  Paris" (2017)... autant d'albums signĂ©s Laurent qui ont marquĂ© l'enfance des baby-boomers et celles de leurs enfants ou petits-enfants. Tous rĂ©unis autour de la "Chanson des mammouths" et de ses singuliĂšres paroles: "Patali dirapata, cromda cromda ripalo, pata pata ko ko ko".

Laurent a refusĂ© dans ses planches trop de concessions Ă  la mode, les scĂšnes mĂ©chantes, jouant en revanche sur les Ă©ternelles et attendrissantes bĂȘtises des petits (grimper aux arbres, avaler un hochet, avoir un accident de poussette, manquer de se noyer etc). Le tout en famille, bien sĂ»r!

Babar et les siens ont été déclinés en plus de 500 objets, du cartable à la parure de lit, du papier peint au parfum. Il a été le héros de plusieurs expositions, a été mis en musique par Francis Poulenc en 1945, en jeux de société, en images et en disques.

Et la saga n'est pas prĂšs de disparaĂźtre: les enfants d'aujourd'hui peuvent suivre sur les plateformes de streaming, en 3D, les aventures de Badou, le petit-fils de Babar.

Laurent de Brunhoff, qui a aussi travaillé pour les éditions scolaires chez Hachette et chez Nathan, s'était installé aux Etats-Unis et marié à l'autrice américaine Phyllis Rose. Il a fait don de planches originales de Babar à la Morgan Library de New York ainsi qu'à la BibliothÚque nationale de France.

AFP

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