Elections

L'Autriche aux urnes: seconde chance pour Kurz et test pour l'extrĂȘme droite

  • PubliĂ© le 29 septembre 2019 Ă  12:12
  • ActualisĂ© le 29 septembre 2019 Ă  12:21
Le dirigeant du parti conservateur autrichien (ÖVP) Sebastian Kurz lors d'une rĂ©union publique Ă  Baden (Autriche) le 19 septembre 2019

AprĂšs une crise politique inĂ©dite, l'Autriche vote dimanche et mise sur le chancelier sortant, Sebastian Kurz, pour prendre un nouveau dĂ©part, mĂȘme si le favori des sondages risque d'avoir les pires difficultĂ©s Ă  former sa coalition.

A 33 ans, le chef des conservateurs autrichiens est sorti avec une popularitĂ© inaltĂ©rĂ©e de la tempĂȘte qui a emportĂ©, en mai, son premier gouvernement formĂ© avec le parti d'extrĂȘme droite FPÖ.

Cette coalition nouĂ©e en dĂ©cembre 2017, et qui se prĂ©sentait comme un modĂšle Ă  suivre pour l'Europe aux prises avec la montĂ©e des nationalismes, a implosĂ© au bout de 18 mois. L'alliance droite / extrĂȘme droite n'a pas rĂ©sistĂ© Ă  des rĂ©vĂ©lations compromettantes pour le chef du FPÖ et numĂ©ro deux du gouvernement.

AppelĂ©s aux urnes dans la foulĂ©e de ce scandale, "l'Ibizagate", les Autrichiens plĂ©biscitent le retour de Sebastian Kurz. Pour l'extrĂȘme droite, ces lĂ©gislatives ont valeur de test.

Les électeurs, quelque 6,4 millions au total, votent depuis le début de la matinée. Les premiÚres estimations sont attendues peu aprÚs la clÎture du scrutin à 17h00 (15h00 GMT).

"On a eu trop de chaos ces derniers mois, on espÚre quelque chose de moins chaotique", confiait à l'AFP une électrice, Clara Heisinger, aprÚs avoir voté dans le centre de Vienne.

- Options Ă  risque -

Le parti ÖVP de Sebastian Kurz est crĂ©ditĂ© depuis des mois d'une large avance, entre 33% et 35% d'intentions de vote, en hausse de 2,5 points par rapport aux Ă©lections de 2017.

Le surdoué de la politique autrichienne a pourtant "plus à perdre qu'à gagner", soulignait à la veille du scrutin le quotidien conservateur Die Presse. Car Sebastian Kurz "a trois options possibles de coalition qui toutes lui déplaisent".

Il peut renouer une alliance avec l'extrĂȘme droite, revenir Ă  la sage coalition avec les sociaux-dĂ©mocrates ? une formule usĂ©e par des dĂ©cennies de cogestion ?, ou bien opĂ©rer un virage Ă  180 degrĂ©s en s'alliant avec les Ă©cologistes et les libĂ©raux. Toutes ces variantes sont risquĂ©es et laissent prĂ©sager de longues semaines de nĂ©gociations pour l'ex-chancelier.

PremiĂšre responsable politique Ă  voter dimanche, la cheffe des sociaux-dĂ©mocrates, Pamela Rendi-Wagner, a appelĂ© Ă  la mobilisation "pour empĂȘcher la reconduction de (la coalition, ndlr) +noir-bleu+", les couleurs respectives des conservateurs et de l'extrĂȘme droite.

Le FPÖ est plombĂ© par l'Ibizagate, une affaire Ă  laquelle se sont ajoutĂ©s, dans les derniers jours de la campagne, des soupçons de dĂ©tournements de fonds au sein du parti.

La formation d'extrĂȘme droite s'est dotĂ©e d'un nouveau chef, Norbert Hofer, aprĂšs la brutale disgrĂące de son prĂ©dĂ©cesseur, Heinz-Christian Strache. Ce dernier a dĂ» dĂ©missionner de tous ses mandats aprĂšs la diffusion d'une vidĂ©o tournĂ©e en camĂ©ra cachĂ©e Ă  Ibiza rĂ©vĂ©lant des discussions compromettantes: Ă  une femme se prĂ©sentant comme la niĂšce d'un oligarque russe, il expliquait comment financer le FPÖ de façon occulte.

Les allĂ©gations de dĂ©tournements de fonds sur lesquelles la justice enquĂȘte visent aussi M. Strache, soupçonnĂ© d'avoir utilisĂ© l'argent du parti pour couvrir des dĂ©penses personnelles.

- Du bleu au vert ? -

Dans ce contexte, le parti nationaliste, fondé par d'anciens nazis dans les années 1950, sent le soufre aux yeux de nombreux élus conservateurs. Il peut pourtant toujours compter sur une solide base électorale puisque les sondages le créditent d'environ 20% d'intentions de vote, au coude à coude avec les sociaux-démocrates pour la seconde place.

AprĂšs une campagne oĂč les enjeux climatiques ont remplacĂ© la question migratoire qui avait dominĂ© les lĂ©gislatives de 2017, les Verts devraient faire leur retour au parlement, crĂ©ditĂ©s d'un score de 11 Ă  13%.

Sebastian Kurz "a fait des propositions sur les sujets environnementaux, car il n'exclut pas, aprÚs avoir incarné la fermeté sur l'immigration, d'ajouter une nouvelle corde à son arc en incarnant une écologie conservatrice", analyse le politologue Patrick Moreau.

"C'est un vote important pour le climat", estimait dimanche Peter Litzlbauer, un électeur de 26 ans, estimant que les gouvernements précédents "ont trop peu fait" dans ce domaine.

Les Verts se disent prĂȘts Ă  discuter d'une alliance avec les conservateurs et les libĂ©raux du parti Neos, mais les concessions de part et d'autre devraient ĂȘtre si nombreuses, sur l'environnement et l'immigration notamment, que ce scĂ©nario laisse beaucoup d'observateurs sceptiques.


AFP

guest
0 Commentaires