Il combine boxe anglaise et jeu d'échecs

Le chessboxing, sport hybride inventé par l'artiste Enki Bilal

  • PubliĂ© le 29 septembre 2019 Ă  02:57
Joueurs de chessboxing lors d'une séance d'entraßnement, le 22 septembre 2019 à Paris

DĂ©goulinant de sueur, le souffle haletant et l'esprit embrouillĂ© aprĂšs avoir assenĂ© crochets et uppercuts, il dĂ©place ses pions sur l'Ă©chiquier en quĂȘte de luciditĂ©: nĂ© dans l'imaginaire du dessinateur Enki Bilal, le chessboxing est dĂ©sormais un sport bien rĂ©el combinant boxe anglaise et jeu d'Ă©checs.

Le hĂ©ros s'appelle Nikopol. En 1992, dans "Froid Ă©quateur", dernier opus de la Trilogie Nikopol (Ed. Casterman), il triomphe d'un combat Ă©pique alliant la force de la boxe et l'intelligence des Ă©checs. Vingt-sept ans plus tard, l'histoire fictive se dĂ©cline en une discipline sportive, qui dĂ©barque en France aprĂšs s'ĂȘtre structurĂ©e en Allemagne dans les annĂ©es 2000.

"A un moment donnĂ©, je voulais que mes personnages se confrontent de maniĂšre spectaculaire, sportive, Ă  l'image de tout ce qu'a toujours Ă©tĂ© le sport. Je vais essayer de trouver un sport qui sera la substantifique moelle presque de l'excellence de l'ĂȘtre humain, Ă  savoir son intelligence suprĂȘme et sa force", raconte Ă  l'AFP Enki Bilal.

"Ce qui m'arrive tout de suite c'est les échecs. Et la boxe s'impose aussi comme noblesse, derriÚre la violence il y a toute une philosophie du mouvement, de l'espace. Je les imagine tout de suite sur un ring", poursuit l'auteur français, devenu le parrain de ce nouveau sport qu'il trouve fascinant.
Dix ans aprÚs la BD, un artiste néerlandais, Iepe Rubingh transpose cet élément narratif d'anticipation dans la réalité. Il organise le premier combat - dont il est l'un des deux protagonistes - crée la Fédération internationale, la World Chess Boxing Organisation (WCBO) avant de multiplier les duels à travers le monde via l'Intellectual Fight Club (IFC).

- "Ça casse les stĂ©rĂ©otypes" -

Aujourd'hui, ce sont une dizaine de fédérations nationales pour quelque 3500 combattants - surtout en Allemagne, en Angleterre et en Inde. La France, qui tient son champion du monde en 2017 avec Thomas Cazeneuve, se structure alors avec une fédération, une équipe de France (réunie actuellement en stage à SÚte) et un tout premier gala de combats, qui se déroulera le 9 novembre au Cabaret Sauvage à Paris.

"C'est le sport le plus complet, on travaille le corps et l'esprit. Ça casse les stĂ©rĂ©otypes, comme celui du combattant qui est une brute et celui du joueur d'Ă©chec qui est un 'geek' pas du tout sportif, premier de la classe, et qui va finir informaticien", souligne Thomas Cazeneuve, champion du monde de chessboxing et consultant en recrutement.

Thomas Cazeneuve a été nourri au jeu d'échecs dans son enfance avant de s'adonner au kickboxing à l'adolescence pour aujourd?hui allier les deux pratiques.
"Il faut rĂ©ussir Ă  passer de la boxe anglaise aux Ă©checs en essayant de garder sa luciditĂ© pour que le niveau aux Ă©checs ne baisse pas. On a l'habitude de jouer aux Ă©checs dans une salle sans bruit, avec sa bouteille d'eau, son goĂ»ter. LĂ , on saigne, on a mal, on est essoufflĂ©, on ne sait plus trop oĂč on habite et il faut jouer", explique le chessboxeur, qui court beaucoup pour s'entraĂźner avec toujours un Ă©chiquier dans la poche.

Un combat de chessboxing se dĂ©cline en 11 rounds: 6 rounds d'Ă©checs et 5 rounds de boxe (soit 40-45 min a total si les 11 rounds vont Ă  leur terme). Les Ă©checs se jouent en 'blitz' (dans un temps donnĂ©) et les combattants sont torse nu, sans casque de protection pour la boxe mais avec un casque anti-bruit pour s'installer devant l'Ă©chiquier afin d'ĂȘtre isolĂ© de l'ambiance survoltĂ©e du public.

- Bilal rĂȘve des JO -

Le combat se gagne soit par KO, soit par Ă©chec et mat. Il n'arrive que trĂšs rarement que ce soit par dĂ©cision des juges. "C'est Ă  la castagne, il y a un cĂŽtĂ© rentre-dedans", relĂšve le prĂ©sident de la fĂ©dĂ©ration en France (basĂ©e Ă  Montpellier), Guillaume Salançon, pour qui le chessboxing est un sport semblable "Ă  de la corrida, un spectacle oĂč il va se passer quelque chose".

"Ça relĂšve d'une performance artistique, c'est complĂštement mystique, puissant, Ă©mouvant, ce qu'on n'a pas forcĂ©ment dans le sport", dit-il.
A Paris, un club s'est ouvert il y a seulement un mois. Ils sont déjà une dizaine à se presser le dimanche matin. "Il y a une approche qui est assez ludique dans le fait d'intervertir deux sports. D'apprendre aprÚs un effort hyper intense à se calmer, à se reconcentrer, à se poser, en fait c'est aussi utile à plein de niveaux", confie un nouvel adepte, Lucas Graffan.

Et pourquoi pas rĂȘver de voir le chessboxing aux jeux Olympiques. C'est ce qu'imagine aujourd'hui Enki Bilal.

AFP

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