Justice

Le chirurgien Le Scouarnec aux assises, premier volet d'une affaire de pédophilie hors norme

  • PubliĂ© le 13 mars 2020 Ă  09:30
  • ActualisĂ© le 13 mars 2020 Ă  09:50
lLe palais de justice de Saintes (Charente-Maritime) le 12 mars 2020

Le chirurgien Joël Le Scouarnec comparaßt jusqu'à mardi devant les assises de la Charente-Maritime, accusé d'agressions sexuelles sur quatre mineures, une premiÚre plongée dans une affaire de pédophilie vertigineuse déclenchée par le récit d'une fillette de 6 ans.

La cour d'assises Ă  Saintes a trois jours, sans doute Ă  huis clos, pour rentrer dans la tĂȘte de ce mĂ©decin respectĂ©, pĂšre de trois fils, qui a dissimulĂ© pendant 30 ans sa double vie.cSoupçonnĂ© de violences sexuelles sur des centaines d'enfants, il comparaĂźt Ă  69 ans dans un premier dossier de viols et/ou atteintes sexuelles concernant la fille de ses voisins de Jonzac, ĂągĂ©e de 6 ans en 2017, deux niĂšces aujourd'hui trentenaires pour des faits chez lui Ă  Loches entre 1989 et 1999 et une patiente de l'hĂŽpital de cette ville d'Indre-et-Loire qui n'avait que 4 ans en 1993.

Décrit dans des expertises comme un "manipulateur fasciné par la pédophilie", il reconnaßt des agressions, mais conteste les faits criminels de viols (pénétrations digitales) punissables de 20 ans de réclusion. "Il n'est pas dans une logique de déni", assure à l'AFP son avocat Thibaut Kurzawa. "Il souhaite s'exprimer devant ses juges: il veut tenter de comprendre comment il a pu faire autant de mal". En avril 2017, la petite voisine avait raconté comment le chirurgien digestif de cette cité thermale lui avait montré son "zizi" puis imposé une pénétration digitale à travers la clÎture du jardin mitoyen. Sans le savoir, son récit allait révéler une affaire de pédophilie sans précédent connu en France.

- "Réussite sociale" -

Devant les enquĂȘteurs, il avait confiĂ© son "attirance" pour les enfants et sa "boulimie" d'images pĂ©dophiles (300.000 retrouvĂ©es) qui lui avait valu en 2005 une lĂ©gĂšre condamnation pour des consultations illĂ©gales sur internet (4 mois avec sursis sans obligation de soins). Puis il avait avouĂ© des "attouchements" sur deux de ses niĂšces, parties civiles au procĂšs, et sur des enfants de son entourage et dans des hĂŽpitaux, faits en partie prescrits.

Que pensait-il à l'époque de ses actes? "Rien de particulier (...) c'est une attitude que j'ai fini par estimer comme +normale+", expliquait au juge en 2017 le chirurgien, fils d'un ébéniste et d'une mÚre au foyer. Qui savait quoi?

Selon l'enquĂȘte, son passĂ© judiciaire Ă©tait connu dĂšs 2006 de son hĂŽpital Ă  QuimperlĂ© et sa famille Ă©tait au courant de ses penchants. A commencer par sa femme, qui "savait" dĂšs 1996, selon lui - elle conteste. Puis sa belle-s?ur et sa soeur l'ont soupçonnĂ© aussi d'agissements sur leurs filles. Mais l'affaire en Ă©tait restĂ©e lĂ , sans consĂ©quence pour le "tonton" qui inspirait dans le clan "un grand respect notamment en raison de sa rĂ©ussite sociale", Ă©crivait la juge d'instruction dans son ordonnance de mise en accusation.

"Pendant plus de trente ans, une omerta familiale a permis que d'autres victimes existent", déplore Francesca Satta, avocate des parents de la petite voisine de Jonzac. Sa plainte avait mené à des perquisitions qui ont révélé des milliers de documents dans le matériel informatique du chirurgien, des écrits décrivant des fantasmes, des photos dénudées des deux niÚces plaignantes, mais aussi un journal intime commencé en 1990 détaillant de possibles abus et deux listings titrés "Vulvettes" et "Quéquettes" recensant de 1984 à 2006 les noms de prÚs de 250 mineurs, autant de victimes potentielles. Les quatre plaignantes y étaient mentionnées.

ConfrontĂ©e Ă  un dĂ©fi d'ampleur, la justice a ouvert une seconde enquĂȘte qui a permis d'identifier Ă  ce jour 349 victimes potentielles (dont 246 ont portĂ© plainte) Ă  la lumiĂšre des archives secrĂštes du chirurgien et de son parcours professionnel de 30 ans dans le centre et l'Ouest (Loches, Vannes, Lorient, QuimperlĂ©), oĂč il a officiĂ© sans ĂȘtre inquiĂ©tĂ©.

Les parents de la fillette de Jonzac réclament des débats publics car un huis clos le protÚgerait "une fois de plus". "On doit lever ce voile-là et faire comprendre au public le fonctionnement d'un prédateur sexuel", appuie leur avocate. Les trois autres victimes entendent, elles, demander ce huis clos, pour leur intimité. En raison des faits jugés, la cour devra s'y plier.

AFP

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