Covid-19

Le déconfinement fait entrer le monde dans "une phase dangereuse"

  • PubliĂ© le 20 juin 2020 Ă  00:21
  • ActualisĂ© le 20 juin 2020 Ă  06:23
Une femme pleure un proche décédé du Covid-19 à l'hÎpital de Tegucigalpa, Honduras, le 19 juin 2020

Le déconfinement est à l'ordre du jour dans de nombreux pays touchés par la pandémie de coronavirus, mais cela fait entrer le monde dans une "phase dangereuse", a mis en garde vendredi l'Organisation mondiale de la santé.

"Le virus continue de se propager rapidement, il reste mortel et la plupart des personnes restent exposées", a averti le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, précisant que ses services avaient recensé jeudi plus de 150.000 nouveaux cas, un record sur une seule journée depuis le début de l'épidémie.

PrÚs de la moitié de ces cas ont été enregistrés sur le continent américain et la pandémie progresse également en Asie du sud et au Moyen-Orient.
Le chiffre des 456.000 morts (et plus de 8,5 millions de cas) a été franchi vendredi, selon des statistiques officielles collectées par l'AFP, mais que les experts estiment largement sous-estimées.

M. Ghebreyesus a admis que "beaucoup de gens sont évidemment fatigués de rester chez eux. Les pays sont désireux de rouvrir leur société et leur économie", mais la fin des mesures de confinement ou de restriction à la mobilité fait "entrer le monde dans une phase nouvelle et dangereuse", a-t-il prévenu.

- Surveillance des eaux usées -

En Italie, les autoritĂ©s sanitaires ont observĂ© la semaine derniĂšre des "signaux d'alerte liĂ©s Ă  la transmission" du Covid-19, notamment Ă  Rome, indiquant que "la circulation du virus est encore importante" et ont pour cela lancĂ© vendredi un appel "Ă  la prudence". Deux foyers ont Ă©tĂ© identifiĂ©s ces derniers jours dans Rome, oĂč les autoritĂ©s sanitaires assurent que la situation est "sous contrĂŽle": l'un dans un immeuble illĂ©galement occupĂ© d'un quartier populaire, l'autre dans un hĂŽpital.

"Cela devrait inciter à la prudence car cela indique que dans certaines parties du pays, la circulation du virus est encore importante", pointe le rapport hebdomadaire pour la semaine du 8 au 14 juin de l'Institut supérieur de la santé (ISS).

Dans le pays, des experts partis à la recherche de traces du virus dans des échantillons d'eaux usées ont déterminé qu'il était présent dans les égouts de Milan et Turin dÚs le mois de décembre 2019, soit deux mois avant que le premier malade ne soit recensé dans le pays. L'Institut cite également une étude espagnole qui a identifié le virus dans les eaux usées de Barcelone recueillies vers la mi-janvier, "environ 40 jours avant la notification du premier cas autochtone" en Espagne.

"Nos résultats confirment l'évidence acquise désormais au niveau international sur l'importance de la surveillance du virus dans les échantillons prélevés dans les eaux usées", assure Luca Lucentini, un responsable de l'ISS. Cette technique sera mise en ?uvre en juillet avec la surveillance d'éventuelles traces du virus dans les eaux usées dans des localités touristiques italiennes.

- Relance européenne -

Face à la crise économique gravissime provoquée par la pandémie, les dirigeants de l'Union européenne se sont réunis vendredi par visio-conférence mais n'ont pris aucune décision, prévoyant de se retrouver mi-juillet à Bruxelles pour trouver un accord sur un plan de relance massif. Un accord sur ce plan de 750 milliards d'euros, destiné à sortir le Vieux Continent d'une récession historique, marquerait une étape majeure dans la construction européenne. Car cette somme sera pour la premiÚre fois empruntée au nom de l'UE sur les marchés, brisant le tabou d'une dette commune européenne.

Le sommet virtuel a permis à chaque dirigeant de dévoiler ses objectifs et ses marges de négociation sur la proposition de la Commission destinée à soutenir une économie européenne sinistrée. Il faudra en particulier vaincre les réticences des quatre "frugaux" - Pays-Bas, l'Autriche, SuÚde, Danemark - trÚs réservés sur ce plan, qui bénéficiera avant tout aux pays du Sud.

Sur le front de la pandémie, 25 nouveaux cas ont été recensés vendredi à Pékin, portant à 183 le nombre des nouveaux malades depuis la semaine derniÚre dans la capitale chinoise de 21 millions d'habitants. Les autorités chinoises ont publié des données scientifiques laissant penser que le virus responsable du rebond épidémique à Pékin serait une version ayant circulé sur le continent européen il y a plusieurs semaines ou mois. "Il est possible que le virus qui provoque aujourd'hui une épidémie à Pékin ait voyagé depuis Wuhan jusqu'à l'Europe et soit maintenant revenu en Chine", estime Ben Cowling, professeur à l'Ecole de santé publique de l'Université de Hong Kong.

- Gestion locale et souple -

En Ukraine, oĂč les restrictions Ă  la circulation ont Ă©tĂ© levĂ©es le 11 mai, les autoritĂ©s ont indiquĂ© qu'elles allaient rĂ©-imposer par endroits des mesures de confinement. "Dans certaines rĂ©gions, des restrictions strictes doivent ĂȘtre imposĂ©es", a indiquĂ© le ministre de la SantĂ© Maksym Stepanov, le pays ayant enregistrĂ©, en trois jours, un troisiĂšme record quotidien de nouveaux cas, avec 921 contaminations.

Au Maroc, le ministÚre de la Santé a fait état vendredi de 539 nouveaux cas, le bilan quotidien le plus élevé dans le royaume depuis l'annonce du premier cas début mars.

Jusqu'ici, le Maroc, 35 millions d'habitants, enregistrait quotidiennement moins d'une centaine de cas en moyenne. Aux Etats-Unis, oĂč un rebond du coronavirus a Ă©tĂ© observĂ© dans une vingtaine d'Etats, notamment dans le Sud et l'Ouest du pays, l'expert en maladies infectieuses Anthony Fauci a estimĂ©, dans un entretien avec l'AFP, que de nouvelles mesures de confinement ne seront pas nĂ©cessaires.

Selon lui, il faut privilĂ©gier une gestion trĂšs locale et souple de l'Ă©pidĂ©mie, en particulier sur la question de la rĂ©ouverture des Ă©coles. Les Etats-Unis, oĂč prĂšs de 120.000 dĂ©cĂšs ont Ă©tĂ© dĂ©plorĂ©s, sont de loin le pays le plus touchĂ© au monde par la pandĂ©mie.

AFP

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