Indonésie

Le "mariage sans contact" est tendance chez les jeunes

  • PubliĂ© le 12 mars 2020 Ă  11:52
  • ActualisĂ© le 12 mars 2020 Ă  12:00
des femmes musulmanes devant la grande mosquée Baiturrahman à Banda Aceh, en mai 2019 en Indonésie

AprÚs plusieurs ruptures, Dwita Astari Pujiartati a renoncé aux relations amoureuses sans lendemain et décidé de passer directement de la case rencontre à distance au mariage.

Une tendance en hausse chez les cĂ©libataires d'IndonĂ©sie attirĂ©s par un islam plus conservateur. L'enseignante de 27 ans a Ă©changĂ© des CV avec plusieurs prĂ©tendants, aidĂ©e par un imam servant d'entremetteur, jusqu'au jour oĂč elle a Ă©tĂ© contactĂ©e par un ami perdu de vue. Pas de rendez-vous romantique ou de baisers. Pendant prĂšs d'un an, le couple a gardĂ© ses distances, ne se parlant que par tĂ©lĂ©phone.

"AprÚs avoir ressenti le déclic, (celui qui est mon mari à présent) s'est adressé à mes parents pour pouvoir me demander en mariage", a expliqué la jeune femme. Cette pratique, connue en Indonésie sous le nom arabe de "taaruf", ou "présentation", peut sembler surannée et mieux adaptée aux pays conservateurs du Golfe qu'à une société plus libérale comme l'Indonésie.

Mais pour Dwita Astari Pujiartati, c'Ă©tait un moyen pour abandonner les relations de courte durĂ©e et se comporter en musulmane pieuse, en Ă©vitant caresses et sexe avant le mariage. "Pourquoi choisir quelque chose qui me fait perdre mon temps et dĂ©plaĂźt Ă  Dieu?", demande-t-elle. Si le "taaruf" est encore marginal en IndonĂ©sie, la jeune femme est loin d'ĂȘtre la seule Ă  avoir choisi cette voie.

Le mouvement "Indonesia Tanpa Pacaran" (L'IndonĂ©sie sans flirt) se dĂ©veloppe dans ce pays d'Asie du Sud-Est oĂč les jeunes nĂ©s dans les annĂ©es 1990 forment plus d'un quart de la population de 260 millions d'habitants.

- Rupture par téléphone -

Encourageant les jeunes à ne pas tarder à se marier, il recommande que toute rencontre avant une union se fasse avec un chaperon, et considÚre les relations amoureuses pré-maritales comme une perversion occidentale.
Dwita Astari Pujiartati a pris du temps pour mieux connaĂźtre son mari Ă  distance, mais beaucoup de jeunes dans cette mouvance se marient au bout de quelques mois.

Le mouvement a Ă©tĂ© lancĂ© vers 2015 par La Ode Munafar. Ce leader de 29 ans a organisĂ© rĂ©cemment des sessions de "ruptures collectives" pour des couples qui se frĂ©quentaient sans ĂȘtre mariĂ©s dans la ville de Kendari, sur l'Ăźle de CĂ©lĂšbes. Sur scĂšne, un jeune homme a rompu par tĂ©lĂ©phone avec sa petite amie, sous les applaudissements et les encouragements de plusieurs dizaines de personnes. "J'ai Ă©tudiĂ© les relations hors mariage d'un point de vue scientifique et psychologique. Et c'est nĂ©faste Ă  tous points de vue", a-t-il expliquĂ© aprĂšs l'Ă©vĂšnement.

- Bonheur conjugal sur Instagram -

Des histoires de mariages heureux aprÚs une relation à distance pullulent sur les réseaux sociaux.
Celui de Muhammad Alvin Faiz, le fils d'un religieux pro-polygamie, avec sa jeune femme de 19 ans, Larissa Chou, une catholique convertie à l'islam, est cité en exemple.

Le jeune homme tient en haleine 1,4 million d'abonnés sur Instagram avec des clichés de son bonheur conjugal.
Dans ce pays qui compte la plus importante population musulmane au monde, l'islam conservateur est en progression depuis la chute du dictateur Suharto en 1998 qui était plus répressif envers la religion.

"Cette Úre de démocratie a ouvert un espace pour l'expression religieuse", note Sidiq Harim, sociologue de l'université Gadjah Mada. La piété devient publique et "le taaruf est l'une de ses formes". De nombreuses stars indonésiennes ont annoncé leur conversion à un mode de vie plus pieux.

- Piété publique -

Les promoteurs du taaruf avancent que cette pratique donne plus de liberté aux femmes pour choisir leur partenaire et que cela leur permet de se passer de la bénédiction familiale, à l'inverse des mariages arrangés. Mais pour les détracteurs, ces mariages sont risqués, surtout pour les femmes. "J'ai entendu beaucoup d'histoires d'abus par des conjoints", avertit Kalis Mardiasih, une activiste féministe musulmane. "Ca peut arriver aussi dans d'autres types de relations. Mais il est essentiel de pouvoir évaluer l'attitude de quelqu'un aussi tÎt que possible pour voir à quel genre de personne on a affaire".

Et si cette pratique est devenue tendance, tous les Indonésiens ne sont pas convaincus. "Je ne suis pas d'accord avec cette histoire de mariage rapide", remarque Azara Mahdaniar, une femme de 25 ans. "Il ne faut pas s'engager et se rendre compte plus tard que son partenaire est violent".

AFP

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