En 20 ans

Le Stade de France a transformé le regard sur la banlieue

  • PubliĂ© le 26 janvier 2018 Ă  18:26
  • ActualisĂ© le 26 janvier 2018 Ă  18:51
Le Stade de France, la plus grande enceinte sportive de France se dresse au bord de l'A1, aux portes nord de Paris

Les bureaux climatisés ont remplacé les friches industrielles et un jardin recouvre l'autoroute: l'arrivée du Stade de France, il y a 20 ans, a transformé La Plaine Saint-Denis et changé le regard sur cette banlieue sinistrée. Un exemple pour les JO-2024 ?


La plus grande enceinte sportive de France se dresse fiĂšrement au bord de l'A1, aux portes nord de Paris. InspirĂ©e d'une soucoupe volante, elle domine, du haut de ses 35 mĂštres, un quartier de bureaux aux avenues rectilignes, oĂč le siĂšge vitrĂ© de la SNCF cĂŽtoie la façade high-tech de Vente PrivĂ©e.
Difficile d'imaginer qu'Ă  la place de cet Ă©crin de 80.000 places, inaugurĂ© le 28 janvier 1998 par le prĂ©sident Jacques Chirac, s'Ă©levaient les "gazomĂštres", d'immenses cuves oĂč Ă©tait stockĂ© le gaz produit sur place pour chauffer la capitale.
Dans les années 50, des milliers d'ouvriers travaillent à La Plaine qui est alors "l'une des zones avec le plus d'emplois en Europe", selon Jean-Jacques Clément, habitant du quartier. Mais la désindustrialisation a raison de ce bastion électoral du PCF, vivier de militants et d'élus communistes. Une à une, les usines ferment et, à leur suite, commerces et bistrots baissent le rideau.
"Entre 1980 et 1993, les habitants, les élus déprimaient", se souvient celui qui était alors chauffeur de bus. "La Plaine, ce n?était pas une ligne fatigante. Une fois qu'on avait amené les gens au métro le matin, on tournait un peu à vide".
En 1993, la France, qui vient d'obtenir l'organisation de la prochaine Coupe du monde de football, arrĂȘte son choix sur l'ancienne usine de Gaz de France. IdĂ©alement situĂ© au croisement de deux autoroutes, Ă  proximitĂ© de deux lignes de RER et de la capitale, le site avait Ă©tĂ© repĂ©rĂ© dĂšs 1988 par le prĂ©fet Jacques Perrilliat.

- "Pas des sauvages" -

Mais face Ă  l'opposition farouche du maire de Saint-Denis, lui-mĂȘme ancien ouvrier de La Plaine, l'Etat se rabat sur un terrain agricole en Seine-et-Marne. Jusqu'Ă  ce que le successeur de Marcelin Berthelot, Patrick Braouezec, fasse discrĂštement savoir qu'il y est favorable. Finalement, "cette stratĂ©gie de non-candidature a permis de faire monter les enchĂšres", explique Jacques Marsaud, alors directeur gĂ©nĂ©ral des services de la ville.
Couverture de l'autoroute A1, construction de deux nouvelles gares RER et d'une passerelle au-dessus du canal pour relier la cité des Francs-Moisin, création de rues, de places: Saint-Denis obtient qu'il soit dépensé pour l'aménagement local autant que pour la construction du stade, 3 milliards de francs (plus de 600 millions d'euros).
Ainsi, "on a sauvé La Plaine", devenue le deuxiÚme pÎle tertiaire d'Ile-de-France aprÚs La Défense, se félicite M. Marsaud. Un regret cependant: que les nouvelles activités ne soient pas assez adaptées au bassin d'emploi.
A peine né, le Stade de France entre dans la légende: c'est là, en juin 1998, que Zidane et Deschamps soulÚvent la Coupe du monde. Là que Johnny ou Madonna donnent des concerts mémorables. Là aussi que, le 13 novembre 2015, trois explosions retentissent à l'extérieur de l'enceinte, prélude à une longue nuit d'horreur qui fera 130 morts lors des attentats jihadistes.

- Jamais franchi le périph' -

Progressivement un changement d'image s'opĂšre. Parmi ceux qui travaillaient sur le chantier, "certains n'avaient jamais franchi le pĂ©riph', si ce n'est en taxi pour aller Ă  Roissy", raconte Patrick Braouezec. "Ils dĂ©couvraient qu'on n'Ă©tait pas sauvages. Qu'on pouvait travailler ici, y vivre mĂȘme".
Quant aux habitants, ils "étaient fiers d'accueillir un équipement à portée internationale. Ils se sentaient respectés, alors que jusqu'à présent Paris avait plutÎt considéré ses banlieues comme ses commodités".
Sans le Stade, qui accueillera la cérémonie d'ouverture et les compétitions d'athlétisme des jeux Olympiques de Paris-2024, "on n'aurait pas eu les Jeux", affirme Jacques Marsaud, certain que cet événement planétaire va donner une impulsion décisive à des projets qui sinon auraient mis des années à se concrétiser. C'est le cas de la gare de métro Pleyel, mais aussi d'un nouveau quartier appelé à voir le jour sur le site d'Engie, entre la Plaine et le centre-ville de Saint-Denis.
Le projet d'amĂ©nagement de ce terrain de 12 hectares oĂč sera construite la piscine olympique piĂ©tinait. Mais "les Jeux ont Ă©tĂ© l'occasion de mettre tout le monde autour de la table", souligne Anthony Piqueras. Le directeur technique de Paris-2024 entend bien faire des JO "le trait d'union qui manquait Ă  ce territoire".
 

2018 AFP

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