Ses refrains incarnent pour toujours la résistance à l'apartheid. AprÚs avoir battu pendant quarante ans les scÚnes musicales du monde entier de ses pieds nus, le Sud-Africain Johnny Clegg a décidé de mettre un point final à sa carriÚre publique.
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A 64 ans depuis le 7 juin, le "Zoulou blanc" entame vendredi au Cap sa tournée d'adieu, qui doit l'emmener d'Afrique du Sud en Grande-Bretagne, en France, à Dubaï, aux Etats-Unis et au Canada. A la veille du premier concert de cette ultime série, celui qui n'a jamais renoncé à défier le régime raciste blanc de son pays explique avoir été contraint de céder à un cancer.
"J'ai eu une carriĂšre gratifiante Ă bien des Ă©gards (...) rĂ©ussir Ă rassembler des gens grĂące Ă des chansons, surtout Ă un moment oĂč cela semblait complĂštement impossible", se fĂ©licite-t-il lors d'un entretien accordĂ© Ă l'AFP dans sa maison de Johannesburg.
"Je veux offrir à mes fans une sorte de conclusion, leur dire que le voyage que j'ai commencé quand j'avais 14 ans touche aujourd'hui à sa fin", poursuit l'artiste.
MĂȘme si son cancer, diagnostiquĂ© il y a deux ans, est dĂ©sormais en rĂ©mission, Johnny Clegg prĂ©fĂšre tirer sa rĂ©vĂ©rence. "Mes spectacles sont trĂšs physiques, avec beaucoup de danses, et exigent que je sois fort", explique-t-il, "alors je voudrais faire mes adieux tant que j'en suis encore capable".
Son "Dernier voyage", ainsi qu'il a baptisée sa tournée d'adieu, sera trÚs largement autobiographique. Il rappellera le harcÚlement de la police de l'apartheid qui lui reprochait de jouer avec des musiciens noirs, comme le soutien des millions de fans qui, en Europe et notamment en France, en ont fait un héros de la réconciliation raciale.
- Braver la loi -
La fascination de Johnny Clegg pour les danses et les mĂ©lodies zouloues a dĂ©butĂ© dans les annĂ©es 1960 dans les rĂ©sidences pour travailleurs noirs de Johannesburg oĂč il s'invitait secrĂštement pour danser avec les troupes traditionnelles. En bravant les lois de l'apartheid qui le lui interdisaient formellement. "Nous devions faire preuve de mille et une astuces pour contourner la myriade de lois qui empĂȘchaient tout rapprochement interracial", raconte-t-il.
En 1979, Johnny Clegg et son groupe "multicolore" Juluka sortent leur premier album, "Universal Men". Un mélange inédit de pop occidentale mùtinée de rythmes zoulous, d'accordéon et de guitare qui, contre toute attente, trouve immédiatement son public. "Les gens étaient trÚs intrigués par notre musique", se souvient-il.
Sur scĂšne, les fredonnements et danses traditionnelles, les pieds nus levĂ©s trĂšs hauts qui martĂšlent le sol, deviennent rapidement la marque de fabrique du "Zoulou blanc". En 1983, il accĂšde au statut de star mondiale avec la sortie de son nouvel album, "Scatterlings of Africa", qui le catapulte en tĂȘte des hit-parades en Grande-Bretagne et en France.
"Personne ne savait exactement de quoi parlaient nos chansons, juste qu'il y était question d'Afrique", se souvient le chanteur.
- Hommage Ă Mandela -
Johnny Clegg devient vraiment un artiste "politique" quatre ans plus tard avec un titre, "Asimbonanga" ("Nous ne l'avons pas vu", en langue zouloue). Le titre rend hommage au dirigeant du CongrÚs national africain (ANC) Nelson Mandela, alors incarcéré depuis plus de vingt ans dans le pénitencier de Robben Island, au large du Cap. La seule évocation de son nom est strictement interdite et totalement insupportable pour le régime de Pretoria, qui l'interdit.
Aujourd'hui encore, "Asimbonanga" reste un des hymnes de l'Afrique du Sud "arc-en-ciel". MĂȘme cĂ©lĂ©brĂ© dans le monde entier, Johnny Clegg est arrĂȘtĂ© Ă plusieurs reprises dans son propre pays, accusĂ© de violer les lois sur la sĂ©grĂ©gation raciale. Ses concerts sont alors rĂ©guliĂšrement interrompus par la police.
"On ne pouvait pas se produire dans les lieux publics (...) alors on le faisait dans des endroits privés comme les églises ou d'autres enclaves non-raciales", se souvient-il. "Ma vie a été bouleversée par mon expérience de l'apartheid au quotidien", résume aujourd'hui Johnny Clegg.
NĂ© au Royaume-Uni d'un pĂšre britannique et d'une mĂšre chanteuse immigrĂ©e dans l'actuel Zimbabwe, il dĂ©barque Ă l'Ăąge de 7 ans dans une Afrique du Sud oĂč la minoritĂ© blanche rĂšgne en maĂźtre absolue sur la majoritĂ© noire.
Initié aux cultures locales par son beau-pÚre journaliste, Johnny Clegg assure que son refus de l'apartheid n'a rien de politique. "Je n'étais pas motivé politiquement mais culturellement. J'aime la musique et la danse. J'aime la langue". Plus de cinq millions d'albums vendus plus tard, sa carriÚre touche donc à sa fin. Il a commencé à écrire son autobiographie et promet de continuer la musique. Mais plus sur scÚne.
AFP


