Elles se donnent en spectacle lĂ -bas aussi

Les baleines, nouvelles stars de l'écotourisme en Islande

  • PubliĂ© le 29 octobre 2017 Ă  12:59
  • ActualisĂ© le 29 octobre 2017 Ă  13:57
La queue d'une baleine apparaĂźt au large de Husavik, dans le nord de l'Islande, le 28 juin 2011

Longtemps, les baleines d'Islande ont surtout fini dans les assiettes sous forme de steak. Mais les moeurs évoluent et, à mesure que les visiteurs déferlent dans la petite ßle subarctique, les baleines sont devenues des stars de l'écotourisme.

 

"Baleine de Minke Ă  deux heures, Ă  environ 200 mĂštres", s'Ă©crie, micro en main, Alberto Alejandro, guide espagnol de la compagnie Elding dont le bateau cabote paisiblement au large de la capitale Reykjavik en cette fin d'Ă©tĂ©. L'apparition est furtive: on ne distingue que le fin aileron dorsal au moment oĂč le mammifĂšre remonte Ă  la surface pour respirer mais c'est suffisant pour que la soixantaine de passagers laisse Ă©clater sa joie.

"C'est l'une des choses que nous voulions absolument faire en venant pour la premiÚre fois ici", confie Joachim Holm, un touriste suédois. "Nous avons peu d'occasions de voir des baleines en vie." Alors que les écologistes et certains scientifiques bataillent contre le harponnage des baleines, celles-ci subissent de nouveaux assauts: ceux des touristes. Les embarcations chargées de naturalistes amateurs perturbent ces mammifÚres marins.

Mais, Ă  tout prendre, mieux vaut encore dĂ©placer les cĂ©tacĂ©s que de les dĂ©pecer, estiment les dĂ©fenseurs de l'environnement. À HĂșsavĂ­k, dans le nord du pays, ou en baie de FaxaflĂłi accessible depuis ReykjavĂ­k, plus de 355.000 personnes ont pris la mer en 2016 dans l'espoir d'apercevoir les baleines pĂ©rĂ©grinant dans les eaux argentĂ©es de l'Atlantique nord. C'est 30% de plus qu'en 2015 et quatre fois plus qu'il y a dix ans.

- Tradition contre tourisme vert -

C'est au coeur de cette mĂȘme baie de FaxaflĂłi qu'a lieu la pĂȘche Ă  la baleine de Minke (ou petit rorqual), dont la population (stable) est estimĂ©e Ă  32.000 individus dans les eaux islandaises, selon les chiffres du gouvernement. Contrairement Ă  la pĂȘche au rorqual commun, suspendue faute de dĂ©bouchĂ©s commerciaux au Japon, la pĂȘche Ă  la baleine de Minke perdure en Islande, seul pays au monde avec la NorvĂšge Ă  ignorer le moratoire sur la pĂȘche Ă  la baleine commerciale datant de 1986. Si le Japon s'y soustrait aussi, c'est officiellement Ă  des fins scientifiques, bien que la viande de baleine atterrisse souvent sur le marchĂ© au bout du compte...

Les Islandais eux-mĂȘmes consomment peu de viande de baleine et si la pĂȘche se poursuit, c'est avant tout pour satisfaire la demande des touristes, qui ont Ă©tĂ© 1,8 million Ă  venir en Islande en 2016 et devraient franchir le seuil des 2 millions en 2017. L'Islande est toutefois loin d'exploiter les quotas auxquels elle a droit. La faute notamment au mauvais temps, qui entrave la chasse. IP-Utgerd Ltd, l'entreprise du pays spĂ©cialisĂ©e dans la chasse Ă  la baleine de Minke, a tuĂ© 17 mammifĂšres en 2017 (contre 46 en 2016), loin des 224 prises de baleines de Minke autorisĂ©es cette saison en vertu du quota islandais.

- Baleine Ă  la carte -

À ReykjavĂ­k, le restaurant ThrĂ­r Frakkar a mis la baleine Ă  son menu depuis son ouverture en 1989. Les Asiatiques en sont les plus friands. "Ils sont plus habituĂ©s Ă  la viande de baleine, c'est plus dans leur culture", explique le chef StefĂĄn Úlfarsson. Chasse et tourisme cumulĂ©s, les baleines seraient la source d'environ 100 millions d'euros de recettes annuelles, dans un pays au PIB de prĂšs de 20 milliards d'euros, selon les estimations de spĂ©cialistes.

L'observation touristique des baleines rapporterait chaque annĂ©e prĂšs de 3 milliards de couronnes soit 23 millions d'euros, d'aprĂšs Hvalaskoðunarsamtök Íslands, l'Association des baleines d'Islande. L'activitĂ© de la chasse Ă  la baleine reste rentable, selon les chiffres du secteur, avec en moyenne 45 prises par an depuis 2003 et un prix pour la viande de baleine qui a plus que doublĂ© en une dĂ©cennie, Ă  2.500 couronnes par kilo (20 euros, 24 dollars), soit plus que le poulet ou le porc.

Mais les consommateurs se font plus rares au fil du temps. Les enquĂȘtes du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) mettent en Ă©vidence le dĂ©clin de la consommation de viande de baleine par les touristes Ă©trangers, qui sont le premier public visĂ©: en 2016, seuls 12% d'entre eux indiquaient en avoir mangĂ© contre 40% en 2009, selon l'ONG. Le responsable de l'antenne islandaise de l'IFAW, Sigursteinn MĂĄsson, est persuadĂ© que la chasse Ă  la baleine vit ses derniĂšres heures, victime notamment du climat et du changement de mentalitĂ©s.

AFP

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