La fin d'une interminable attente: le procès des parents d'Inass Touloub, fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l'autoroute A10, s'est ouvert lundi devant la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois, 39 ans après les faits.
Les deux accusés, qui comparaissent libres, sont arrivés séparément et sans échanger un regard, peu après 8H30. La mère, âgée de 72 ans, est arrivée cachée dans son écharpe. Le père, 74 ans, a monté les marches du palais de justice avec difficulté, une canne en main et le visage derrière un masque noir.
Jugés respectivement pour "torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort" sans intention de la donner et pour "complicité", ils encourent tous deux la réclusion criminelle à perpétuité.
Avant l'audience, qui s'est ouverte à 9H30 avec le tirage au sort des jurés, des membres du collectif Mouv'Enfants ont réclamé "Justice pour Inass", en déployant une banderole et en disposant des portraits de la jeune Inass Touloub, surnommée "la petite martyre de l'A10" en raison des nombreuses traces de sévices découvertes sur son corps.
Le procès marque l'aboutissement d'un des plus anciens "cold cases" français, objet de plusieurs livres et séries documentaires.
L'affaire démarre le 11 août 1987 avec la découverte de la dépouille mutilée de la fillette dans un fossé de l'A10 par deux agents de l'autoroute à Suèvres, village du Loir-et-Cher entre Orléans et Tours.
Personne n'avait signalé sa disparition.
- "Enfin!" -
"Enfin ! C'est le grand jour d'un procès que nous avons attendu si longtemps", s'est réjoui auprès de l'AFP Raphaël Pilleboue, ancien maire de Suèvres et gardien de la mémoire de la fillette. "Il est temps de rendre justice à cette petite qui a tant souffert".
Le mystère sur l'identité de la victime et les auteurs du crime, resté non élucidé pendant plus de 30 ans, a longtemps alimenté la chronique judiciaire.
Le corps portait des traces de violences, dont des brûlures dues à un fer à repasser et des cicatrices liées à des morsures humaines, attribuées à une femme, selon les constatations des médecins légistes consultées par l'AFP.
À court de pistes, la gendarmerie avait lancé le plus grand appel à témoin jamais initié en France pour tenter d'identifier la fillette. Son signalement avait été diffusé dans plus de 30 pays et sa photographie placardée dans 65.000 écoles et 30.000 mairies.
- "Dignité" -
Deux ordonnances de non-lieu avaient été rendues en 1991 et 1997 après des recherches infructueuses.
Mais en 2018, plus de 30 ans après les faits, les enquêteurs parviennent à remonter jusqu'aux parents, grâce à un prélèvement ADN effectué sur le frère de la victime dans une affaire de violence.
La comparaison avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) révèle une correspondance avec des traces ADN retrouvées notamment sur la couverture dans laquelle était enveloppée Inass.
La victime est identifiée et ses parents interpellés en juin 2018.
Il faudra pourtant attendre huit années de plus avant la tenue du procès. Plusieurs recours des parents et du parquet de Blois contre l'ordonnance de mise en accusation du juge d'instruction ont retardé la procédure.
Halima El Bakhti, la mère, devra répondre d'actes "volontaires, nombreux et échelonnés dans le temps" ayant conduit à la mort de sa fille, selon un rapport des enquêteurs consulté par l'AFP.
Jugé pour "complicité", son mari, Ahmed Touloub, est, lui, soupçonné d'avoir eu "connaissance des violences" exercées par sa femme.
Pendant leur garde à vue, les parents, qui ont eu au total sept enfants, dont Inass, n'ont pas reconnu être les auteurs des violences ayant entraîné la mort de leur fille, s'accusant mutuellement de violences conjugales.
La petite Inass, qui serait aujourd'hui âgée de 43 ans, repose au cimetière de Suèvres, où sa tombe est encore régulièrement fleurie.
AFP



