Place à l'accusation au procÚs Fillon : le parquet national financier prend mardi aprÚs-midi ses réquisitions contre l'ancien Premier ministre, sa femme Penelope et son ancien suppléant, jugés à Paris pour les soupçons d'emplois fictifs de Mme Fillon.
Les prévenus encourent jusqu'à dix ans d'emprisonnement, de lourdes amendes et des peines d'inéligibilité. François Fillon, retraité de la politique aprÚs une campagne présidentielle phagocytée par cette affaire en 2017, risque le plus gros. Un brin provocateurs, les deux procureurs du parquet national financier (PNF), Aurélien Létocart et Bruno Nataf, ont assuré son épouse de leur "empathie".
Principal volet du procĂšs, les soupçons de dĂ©tournement de fonds publics entourant les emplois d'assistante parlementaire de Penelope Fillon, poursuivie pour des "prestations fictives ou surĂ©valuĂ©es", devraient occuper la majeure partie du rĂ©quisitoire. Toute la question est de savoir si les activitĂ©s de Mme Fillon dans la Sarthe auprĂšs de son mari dĂ©putĂ© et du supplĂ©ant de ce dernier, Marc Joulaud, mĂ©ritaient d'ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©es dans le cadre de contrats d'assistante parlementaire.
Entre 1998 et 2013, cette Galloise a perçu au total 613.000 euros nets -un million d'euros bruts- au titre de trois contrats connus seulement de quelques proches, pour un travail aux preuves matérielles quasi inexistantes.
- "RĂŽle social" -
A l'issue de débats parfois houleux entre défense et accusation, les travaux de Penelope Fillon restent difficiles à évaluer. Il en ressort une image floue dans laquelle se mélangent son statut d'épouse et son aide à François Fillon, quels que soit son mandat ou ses fonctions, avec ou sans contrat de collaboratrice parlementaire.
Les procureurs estiment que les activités décrites relÚvent "davantage du rÎle social d'un conjoint d'élu" que d'un emploi d'assistant parlementaire à proprement parler. Il existe à leurs yeux une "confusion" entre la vie sociale de Penelope Fillon, la vie professionnelle dont elle se prévaut et la vie politique de François Fillon.
Cette notion de "rÎle social" de l'épouse a été maintes fois raillée par l'ancien chantre de la droite conservatrice, qui s'en est pris à l'"archaïsme" du PNF.
Les époux Fillon ont au contraire défendu un travail certes discret et majoritairement immatériel, mais indispensable à la carriÚre de François Fillon. Selon eux, Penelope Fillon assurait un rÎle de "donneur d'ordres" pour le courrier arrivé au manoir de Beaucé, participait à des événements locaux, recueillait les doléances d'habitants... autant de tùches rentrant dans les larges attributions d'un collaborateur parlementaire.
François Fillon, qui n'a pas caché son mépris pour le PNF, a plusieurs fois brandi la "séparation des pouvoirs" s'agissant du détail des tùches et des salaires. Il s'est évertué à convaincre le tribunal correctionnel que ce travail est d'autant plus varié lorsque le collaborateur est le conjoint, une pratique désormais interdite.
- "Le monde au travail" -
Si la défense a semblé reprendre des couleurs en versant aux débats une trentaine de témoignages de Sarthois attestant de diverses activités de Mme Fillon pour son mari, les procureurs devraient quant à eux insister sur des déclarations "importantes, centrales" de l'intéressée dans la presse. En 2007, Penelope Fillon avait affirmé au Sunday Telegraph n'avoir "jamais réellement été" l'assistante de son mari "ou quelque chose de ce genre". Elle regrettait que ses enfants ne la considÚrent que comme une "maman" et disait aimer "observer le monde au travail".
Elle s'en est laborieusement expliquée, assurant notamment avoir "minimisé (son) rÎle" dans le souci d'éviter tout parallÚle avec l'épouse de Tony Blair, Cherie Blair. François Fillon a aussi défendu la réalité des emplois de ses enfants Marie et Charles, rémunérés comme assistants alors qu'il était au Sénat, sans beaucoup d'opposition du PNF sur ce point.
Les Fillon se voient Ă©galement reprocher le lucratif et tout aussi discret emploi de "conseiller littĂ©raire" de Mme Fillon Ă la Revue des deux mondes du milliardaire Marc Ladreit de LacharriĂšre, ami de François Fillon, qui a plaidĂ© coupable d'abus de biens sociaux. Et François Fillon la non-dĂ©claration d'un prĂȘt accordĂ© par M. LacharriĂšre. La dĂ©fense plaidera mercredi.
 AFP


