AprÚs plus de vingt-cinq ans de négociations, l'Union européenne touche du doigt l'accord commercial avec le Mercosur, qui pourrait recevoir l'aval des Etats européens vendredi, malgré la colÚre des agriculteurs et l'opposition de la France.
Depuis 1999, la Commission européenne mÚne des tractations ardues pour créer l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay.
Entre fausses promesses de dénouement imminent et longues mésententes, les négociations ont achoppé des années durant sur la question agricole.
Cette fois, Bruxelles croit l'accord à portée de main.
Pour ses détracteurs, il va bousculer l'agriculture européenne à coups de produits moins chers et pas forcément respectueux des normes environnementales de l'UE, faute de contrÎles suffisants.
Pour ses thuriféraires comme l'Allemagne et l'Espagne, cet accord va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine, affaiblie par la concurrence chinoise et les droits de douane aux Etats-Unis.
En dépit de la contestation redoublée des agriculteurs européens, Ursula von der Leyen espÚre parapher ce traité lundi au Paraguay.
Avant de s'envoler vers l'Amérique latine, la présidente de la Commission européenne a besoin de la bénédiction des Etats européens, à la majorité qualifiée, lors d'un vote attendu ce vendredi.
L'Italie, qui avait demandĂ© un dĂ©lai supplĂ©mentaire en dĂ©cembre, semble cette fois prĂȘte Ă donner son aval, potentiellement dĂ©cisif.
La France est toujours contre, comme l'a annoncé Emmanuel Macron jeudi soir, invoquant un "rejet unanime" de la classe politique hexagonale.
La Pologne, la Hongrie, l'Irlande, mais aussi l'Autriche devraient également s'y opposer, sans parvenir à bloquer l'accord pour autant.
Ce traité entre l'UE et quatre pays du Mercosur créerait une zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs, réclamée par les milieux d'affaires.
En supprimant une large part des droits de douane, il favoriserait les exportations européennes de voitures, de machines, de vins ou de fromages.
Dans le sens inverse, il faciliterait l'entrée en Europe de boeuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filiÚres concernées.
- "Echec diplomatique" pour la France -
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l'accord.
L'Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, martÚle ainsi Bruxelles.
L'accord avec le Mercosur est "essentiel sur le plan économique, politique, stratégique et diplomatique", a insisté Olof Gill, un porte-parole de la Commission. Et "les priorités agricoles ont été au coeur" des discussions, a-t-il assuré jeudi. "Nous avons négocié comme des fous".
Dans l'espoir d'amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaßné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour protéger les produits sensibles ou un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l'UE.
Mais rien n'y a fait.
La colĂšre agricole est repartie de plus belle, en particulier en France, oĂč des tracteurs Ă©taient Ă Paris jeudi pour dĂ©noncer tout Ă la fois le Mercosur, le prix des engrais ou la gestion gouvernementale de l'Ă©pizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.
EmpĂȘtrĂ© dans l'instabilitĂ© politique, Emmanuel Macron a paru hĂ©siter sur ce traitĂ© avec le Mercosur, "pas acceptable en l'Ă©tat".
Mais la pression politique était trop forte, avec la menace de la droite de faire tomber le gouvernement de Sébastien Lecornu en cas de soutien à l'accord.
Et mĂȘme malgrĂ© le non d'Emmanuel Macron au Mercosur, l'extrĂȘme droite française a annoncĂ© deux motions de censure Ă l'AssemblĂ©e nationale et au Parlement europĂ©en, aux faibles chances d'aboutir.
L'Union europĂ©enne s'apprĂȘte Ă approuver un traitĂ© commercial contre l'avis de la premiĂšre puissance agricole du continent, une situation quasiment inĂ©dite.
Certes, Paris souligne avoir pesé pour obtenir des gestes "incontestables" en faveur des agriculteurs.
Mais c'est "un échec diplomatique et tactique", cingle un ancien ministre français, anonymement.
La France s'est isolée en disant que cet accord était "épouvantable", quand l'Italie peut se targuer d'une "tactique assez habile qui permet à (Giorgia) Meloni de dire +c'est moi qui décide+", estime-t-il.
Paris explique nĂ©anmoins que la partie n'est pas terminĂ©e, puisque l'accord, s'il est bien signĂ©, doit encore ĂȘtre soumis au Parlement europĂ©en pour ratification, dans quelques semaines.
Le scrutin pourrait ĂȘtre serrĂ© dans l'hĂ©micycle oĂč les considĂ©rations nationales pĂšseront. Environ 150 eurodĂ©putĂ©s (sur 720) voudraient saisir la justice pour tenter de s'opposer Ă l'application de l'accord.
AFP



