Avec son plan sur les migrants

Merkel attise les tensions en Europe

  • PubliĂ© le 3 juillet 2018 Ă  21:49
  • ActualisĂ© le 4 juillet 2018 Ă  06:57
Le ministre allemand des Finances Olaf Scholz, la cheffe du SPD Andrea Nahles et la chanceliÚre Angela Merkel arrivent à la chancellerie pour participer à une réunion de la coalition ministérielle avec la CSU bavaroise le 3 juillet 2018.

Angela Merkel a ravivĂ© mardi les tensions sur les migrants en Europe, aprĂšs avoir dĂ©cidĂ© d'un net tour de vis migratoire aux frontiĂšres allemandes pour empĂȘcher que son gouvernement ne tombe.

Face à la pression de l'aile la plus à droite de sa coalition gouvernementale qui menaçait de claquer la porte, la chanceliÚre allemande a de facto accepté lundi soir de clore définitivement sa politique migratoire généreuse de 2015-2016, lorsque son pays avait accueilli 1,2 million de demandeurs d'asile.

Le compromis trouvé aprÚs des semaines de conflit avec son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer prévoit au bout du compte de renvoyer les demandeurs d'asile déjà enregistrés ailleurs dans l'UE vers le pays d'entrée, ou à défaut de les refouler vers l'Autriche voisine, dans le cadre d'un accord bilatéral.

Mais l'Autriche, gouvernĂ©e par une coalition rĂ©unissant l'extrĂȘme droite et les conservateurs, a lancĂ© une mise en garde Ă  Berlin. Le pays "n'est certainement pas prĂȘt Ă  conclure des accords Ă  son dĂ©triment", a dit mardi son chancelier Sebastian Kurz.

Vienne a aussi menacé de "prendre des mesures pour protéger ses frontiÚres" méridionales avec l'Italie et la Slovénie en réaction au mesures allemandes. Et le ministre de l'Intérieur, Herbert Kickl, a mis implicitement en cause Angela Merkel: "l'Autriche ne peut pas encore davantage porter le poids de l'héritage d'une culture de l'accueil qui a échoué et qui est liée à certains noms en Europe".

"Effet domino"

L'accord conclu lundi soir à l'arraché en Allemagne entre le parti de centre-droit (CDU) de Mme Merkel et le parti bavarois trÚs conservateur CSU prévoit de placer les migrants arrivant en Allemagne, mais déjà enregistrés dans un autre pays de l'UE, dans des "centres de transit" à la frontiÚre avec l'Autriche. Cela concerne en moyenne un quart du nombre total de demandeurs d'asile.

Pour tenter d'arrondir les angles avec Vienne, le ministre de l'Intérieur allemand, Horst Seehofer, à l'origine de la fronde contre Mme Merkel, va rendre visite jeudi à M. Kurz.

Car l'Italie, principal pays d'arrivée des migrants vers l'Europe et qui se plaint du manque de solidarité européenne, serait la premiÚre concernée si l'Allemagne et l'Autriche se mettaient à refouler les migrants. Et ce alors que le dernier sommet des dirigeants de l'UE sur les migrants à Bruxelles avait promis davantage de soutien à Rome et promu les solutions européennes.

"Camps d'internements"

Le chef de la diplomatie italienne Enzo Moavero Milanesi a critiquĂ© les menaces autrichiennes de contrĂŽles renforcĂ©s Ă  la frontiĂšre avec l'Italie. Il a exhortĂ© mardi Ă  Riga Ă  ne pas prendre des mesures pouvant "conduire Ă  une situation de fermeture" entre pays europĂ©ens. Et son collĂšgue de l'IntĂ©rieur Matteao Salvini a prĂ©venu que son pays ne resterait pas les bras croisĂ©s. "Si l'Autriche veut faire des contrĂŽles, elle en a tout le droit. Nous ferons la mĂȘme chose", a-t-il prĂ©venu.

Le chef du gouvernement tchÚque Andrej Babis, trÚs critique de la politique d'ouverture de l'Allemagne aux migrants dans le passé, s'est félicité de la fermeté nouvelle affichée par Angela Merkel. Les migrants "qui débarquent en Italie ou en GrÚce n'ont pas le droit de choisir de vivre en Allemagne. Espérons que l'Italie et la GrÚce le comprendront et fermeront leurs frontiÚres", a-t-il dit sur Twitter.

Chahutée sur le plan européen, en Allemagne la chanceliÚre n'est pas encore sortie d'affaire pour sa crise gouvernementale. Si elle est parvenue à calmer son ministre de l?intérieur, elle doit à présent convaincre son autre partenaire gouvernemental, cette fois de centre-gauche, d'avaliser l'accord. Si le parti social-démocrate (SPD) refuse le compromis la crise gouvernementale repartira.

Les trois partenaires -- CDU d'Angela Merkel, CSU de M. Seehofer et SPD -- se sont retrouvés mardi à Berlin pour discuter du plan.

Le SPD est réservé et critique notamment l'appellation des "centres de transit", concept qu'il avait rejeté en 2015 au plus fort de la vague migratoire. "Nous ne voulons pas de familles de migrants derriÚre des clÎtures surveillées", a twitté l'un de ses dirigeants, Ralf Stegner.

- © 2018 AFP

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