Dix jours aprÚs un sommet à rebondissements, les 28 se retrouvent jeudi à Bruxelles pour tenter de finaliser un important accord avec la Turquie, mais dont le contenu suscite de fortes réserves, en particulier de la part de Chypre.
Ce nouveau sommet, sur deux jours, ne commencera que jeudi soir à aborder la brûlante crise migratoire, lors d'un dßner qui s'annonce tendu entre des dirigeants européens divisés. Les Européens recevront ensuite vendredi matin le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu.
Pour la chanceliÚre allemande Angela Merkel, qui a joué un rÎle majeur dans les tractations avec les Turcs, sceller un accord donnerait une "premiÚre chance" de trouver une solution collective à la question migratoire. Mais cela ne se traduira pas par un chÚque en blanc à Ankara, a-t-elle assuré.
"L'objectif est clair: un accord acceptable pour les 28 Etats membres ainsi que pour nos partenaires turcs", a répété mercredi soir le président du Conseil européen Donald Tusk, chargé par les pays européens de négocier avec Ankara, malgré des court-circuitages de Berlin qu'il a peu appréciés.
L'Union européenne (UE), qui cherche depuis des mois à obtenir de la Turquie sa collaboration pour tarir les flux de migrants, a été surprise de l'ampleur de la nouvelle "proposition turque" lors du précédent sommet du 7 mars: Ankara se dit désormais disposée à reprendre tous les nouveaux migrants gagnant les ßles grecques depuis ses cÎtes, y compris les demandeurs d'asile.
L'idée a de quoi séduire une Union débordée par plus de 1,2 million de demandes d'asile en 2015, mais le contenu du projet pose aussi de nombreux problÚmes.
"La liste des problÚmes à résoudre avant que nous puissions conclure un accord est longue", a admis Donald Tusk dans sa lettre d'invitation au sommet adressée aux dirigeants des 28, fixant comme "priorité absolue de s'assurer que nos décisions respectent le droit européen et international".
Au milieu d'un concert de critiques du projet d'accord, notamment du renvoi de tous les migrants vers la Turquie, l'ONU a mis en garde contre l'illégalité des "possibles expulsions collectives et arbitraires".
- Un veto chypriote ? -
Mercredi, la Commission europĂ©enne a assurĂ© que tout accord respecterait le droit, promettant que chaque demandeur d'asile se verrait garantir un traitement individuel de sa requĂȘte et des moyens de recours contre un renvoi.
Aux termes du projet d'accord, les Européens s'engageraient, pour chaque Syrien renvoyé, à "réinstaller" dans l'UE un autre Syrien depuis la Turquie.
En contrepartie de ses efforts, la Turquie obtiendrait une accélération du processus de libéralisation des visas pour ses ressortissants, ainsi qu'une relance de ses négociations d'adhésion, bloquées par le contentieux historique avec Chypre.
Ce dernier engagement constitue un point de blocage pour Nicosie, qui pourrait menacer un accord avec Ankara.
"L'adhésion de la Turquie à l'Union européenne n'est absolument pas à l'ordre du jour", a voulu rassurer mercredi Angela Merkel, soulignant que l'Europe devait rester ferme face à Ankara sur ses valeurs démocratiques, alors que le pouvoir islamo-conservateur turc est accusé de dérive autoritaire.
Mercredi encore, le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan a rĂ©clamĂ© la levĂ©e de l'immunitĂ© de parlementaires pro-kurdes. La veille, des universitaires avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s pour avoir signĂ© une pĂ©tition en faveur de la minoritĂ© kurde.
Alors que des dizaines de milliers de migrants sont coincés en GrÚce aprÚs la fermeture de la route migratoire des Balkans, Mme Merkel a aussi critiqué mercredi le manque de solidarité de certains pays européens.
La tension reste en effet palpable Ă la frontiĂšre grĂ©co-macĂ©donienne, oĂč sont bloquĂ©s, dans des conditions trĂšs difficiles, des milliers de migrants depuis la fermeture de la "route des Balkans".
Les migrants continuent par ailleurs Ă utiliser d'autres routes pour tenter de se rendre en Europe. Plus de 2.400 d'entre eux ont Ă©tĂ© secourus depuis mardi au large de la Libye et trois corps rĂ©cupĂ©rĂ©s, ont annoncĂ© mercredi les gardes-cĂŽtes italiens, au moment oĂč d'autres opĂ©rations de sauvetage Ă©taient en cours.
- © 2016 AFP
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