Figure du Parti socialiste ayant Ă©voluĂ© dans le sillage de son mentor Michel Rocard, rĂ©putĂ© fin tacticien, Jean-Paul Huchon, qui a prĂ©sidĂ© la rĂ©gion Ăle-de-France pendant plus de 15 ans, est mort dans la nuit de jeudi Ă vendredi Ă l'Ăąge de 80 ans.
Son décÚs des suites d'un cancer a été annoncé à l'AFP vendredi matin par l'un de ses fils.
Jean-Paul Huchon a Ă©tĂ© Ă la tĂȘte du conseil rĂ©gional d'Ăle-de-France de 1998 Ă 2015. Il avait aussi Ă©tĂ© directeur de cabinet du Premier ministre Michel Rocard entre 1988 et 1991, oĂč il a Ă©tĂ© "l'une des chevilles ouvriĂšres de la crĂ©ation du RMI, de la CSG et des accords de Matignon en Nouvelle-CalĂ©donie", a rappelĂ© le PS vendredi.
En 2015, Valérie Pécresse (LR) avait ravi la région à la gauche et lui avait succédé.
Celle-ci lui a immédiatement rendu hommage vendredi. "Je perds un ancien adversaire politique, devenu mon ami", a-t-elle dit sur le réseau X. En 2021, elle avait en effet reçu son soutien au deuxiÚme tour des régionales, pour faire battre la liste d'union de la gauche, un appel qui était trÚs mal passé au PS et chez LFI.
"Avec le départ de Jean-Paul (Huchon), une page de notre histoire régionale se tourne. Nous l'avons écrite ensemble, parfois face à face, souvent cÎte à cÎte", écrit Valérie Pécresse, ex-candidate de droite à la présidentielle.
A la Région, il avait été l'un des initiateurs du Grand Paris Express, vaste projet de réseau de transport, ainsi que du pass Navigo unique. Depuis 2015, il était bien moins actif en politique, aprÚs un long itinéraire à gauche.
"Au PSU puis au Parti socialiste autour de Michel Rocard, il en était le plus brillant et le plus constant. Comme militant, comme serviteur de l'Etat, comme maire et président de région, il aura défendu une idée de la transformation sociale dans le respect des rÚgles de l'économie", a résumé l'ancien chef de l'Etat François Hollande dans un message publié sur X.
- Apprendre la "réalité" à la gauche -
"Il était aussi intelligent que passionné. Aussi imaginatif que réaliste. Aussi sérieux que drÎle", a-t-il salué.
L'actuel Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a rendu hommage à "un grand bonhomme", "loyal, affable et amical".
"C'est avec lui, derriĂšre Michel Rocard, que je me suis engagĂ© dans la vie militante", a-t-il postĂ© sur X. "Il appartenait Ă cette gĂ©nĂ©ration de responsables politiques pour qui la gauche Ă©tait une exigence de rĂ©sultats", a rĂ©agi sur le mĂȘme rĂ©seau le maire PS de Paris, Emmanuel GrĂ©goire, qui "doit beaucoup" Ă cette "grande figure de la gauche".
Le rocardisme ? "C'est une maniĂšre d'aborder la sociĂ©tĂ© de front, d'ĂȘtre rĂ©aliste, de s'adapter Ă la donne nouvelle qu'est la mondialisation. C'est apprendre aux gens de gauche ce qu'est la rĂ©alitĂ©", avait-il dit Ă l'AFP aprĂšs la mort de son mentor. Il Ă©tait numĂ©ro deux du PS lorsque Rocard Ă©tait Premier secrĂ©taire et lui succĂ©da Ă la mairie de Conflans-Sainte-Honorine en 1994. Il y restera jusqu'en 2001.
Ce bon vivant était reconnu comme un fin tacticien.
Il était amateur de cinéma, et de rock et avait commencé sa carriÚre à la direction du budget (1971 à 1981) aprÚs avoir été élÚve à l'Ena. Il est aussi passé par le monde de l'entreprise : Crédit Agricole de 1985 à 1986, en 1987 directeur général adjoint du groupe agro-alimentaire Exor, et directeur général du groupe Printemps de 1992 à 1994.
Jean-Paul Huchon a connu aussi des ennuis judiciaires.
Il a Ă©tĂ© condamnĂ© en novembre 2008 Ă six mois de prison avec sursis et 60.000 euros d'amende pour prise illĂ©gale d'intĂ©rĂȘts pour avoir poussĂ© le conseil rĂ©gional Ă passer contrat avec trois sociĂ©tĂ©s de communication en 2002 et 2003, dans lesquelles son Ă©pouse Ă©tait salariĂ©e. Mais la cour d'appel a annulĂ© la peine d'inĂ©ligibilitĂ© prononcĂ©e en premiĂšre instance, constatant qu'il n'y avait ni prĂ©judice pour la rĂ©gion, ni enrichissement personnel.
En 2024, il avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă huit mois d'emprisonnement avec sursis pour prise illĂ©gale d'intĂ©rĂȘts, en raison d'une subvention de 60.000 euros accordĂ©e Ă une association dirigĂ©e par un Ă©lu Ă©cologiste, "des conditions paraissant irrĂ©guliĂšres" aux enquĂȘteurs.
La candidate RN Ă la prĂ©sidentielle, Marine Le Pen, Ă©lue en Ăle-de-France de 2004 Ă 2010 avant de jeter son dĂ©volu sur les Hauts-de-France, a saluĂ© vendredi "sa courtoisie rĂ©publicaine".
AFP

