Sous le regard de la mère du militant Amine Kessaci, doublement endeuillée, l'Assemblée a voté jeudi à l'unanimité pour étendre la protection des lanceurs d'alerte contre le narcotrafic, malgré l'opposition du gouvernement, lors de la "niche" parlementaire des écologistes.
Le texte était le premier des neuf proposés par les Verts lors de la journée annuelle dédiée à leurs initiatives. Seuls deux autres ont pu être examinés, mais sans aller au vote, en raison d'une stratégie d'obstruction menée par la droite et l'extrême droite.
Le texte porté par la députée du Bas-Rhin Sandra Regol prévoit d'inscrire dans la loi un "mécanisme de protection des personnes qui dénoncent l'emprise des réseaux criminels". Une protection des victimes, témoins et repentis qui existe déjà "dans un cadre judiciaire", mais qu'il s'agirait d'étendre à des personnes sortant de ce cadre.
La proposition de loi a été adoptée en première lecture avec les voix de la gauche. Le reste de l'hémicycle s'est abstenu, disant partager l'objectif du texte, mais doutant de l'efficacité du dispositif proposé par Mme Regol, a fortiori sans le soutien du gouvernement.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a fait valoir que l'Etat "garantit déjà la protection à toute personne effectivement menacée", que ce soit dans un cadre judiciaire ou administratif, et estimé que le texte pourrait affaiblir les dispositifs déjà existants.
Il a ouvert ses propos en adressant son soutien à Ouassila Benhamdi Kessaci, présente en tribune, mère d'Amine Kessaci. Tous deux vivent sous protection policière après l'assassinat de Mehdi, le frère cadet d'Amine, victime d'un probable "crime d'intimidation", en représailles à l'engagement de ce dernier contre le narcotrafic.
Membre du parti Les Ecologistes et candidat à Marseille sur la liste du maire sortant Benoît Payan, Amine Kessaci a encore dû être exfiltré d'un meeting à Aix-en-Provence la semaine dernière, à la suite d'une alerte de sécurité.
"La première fois qu'il (Amine) a eu des menaces, c'était au mois d'août, ils (les services de police) ont protégé Amine, ils nous ont laissé, nous. On n'a pas eu de protection. Mehdi est parti comme ça, pourtant ils le savaient tous", a déploré Mme Kessaci lors d'une conférence de presse après le vote. Mehdi est mort en novembre, cinq ans après l'assassinat de son frère Brahim, dans un narchomicide.
Lors des débats, plusieurs députés ont reproché au groupe écologiste de vouloir "se donner bonne conscience" avec ce texte, comme Michaël Taverne (RN), les accusant de voter systématiquement contre tout moyen supplémentaire donné à la police pour lutter contre le narcotrafic.
- Texte retiré -
Les écologistes ont eu moins de succès avec leur deuxième texte, dont l'objectif était de protéger l'eau potable, en interdisant à l'horizon 2030 l'usage de certains pesticides ou engrais autour des captages.
Au bout de plus de quatre heures de discussions, le groupe a annoncé retirer son texte, dénonçant une "obstruction en règle" de LR et du RN.
Le groupe a également déploré la volonté d'une partie du groupe EPR de Gabriel Attal et du gouvernement de réduire la portée du texte.
Les députés ont enchaîné avec l'examen d'un troisième texte, visant à limiter la concentration des médias.
A coup de dizaines d'amendements et de multiples interruptions de séances et rappels au règlement, la droite et l'extrême droite ont réussi à aller jusqu'à l'heure fatidique de minuit, à laquelle s'arrête obligatoirement une niche, en évitant le vote.
Une stratégie qui, selon un député LR, avait été assumée devant ses troupes par le président du groupe LR Laurent Wauquiez, en représailles à une tactique identique de la gauche face à sa propre niche.
La gauche y a plutôt vu la volonté de LR et du RN, ainsi que de la ministre Rachida Dati, opposée au texte, de faire le jeu des "milliardaires" attelés à bâtir des "empires" médiatiques.
"Vous vous êtes alliée (...) avec l'extrême droite réactionnaire pour protéger les milliardaires, pour protéger (...) les intérêts financiers qui veulent s'acheter des médias au service d'un projet bien idéologique, (...) celui de Monsieur (Vincent) Bolloré", a lancé le député écologiste Benjamin Lucas-Lundy à Mme Dati, qui devrait prochainement quitter le gouvernement.
AFP
