Coronavirus

Pandémie: la Turquie sort le grand jeu pour attirer les touristes

  • PubliĂ© le 23 juin 2020 Ă  10:29
  • ActualisĂ© le 23 juin 2020 Ă  10:38
Désinfection d'une chambre d'hÎtel à Antalya, dans le sud de la Turquie, le 19 juin 2020

En temps normal, il faudrait se lever aux aurores pour espĂ©rer trouver un transat libre sur cette plage d'Antalya, la principale station balnĂ©aire de Turquie. Aujourd'hui, mĂȘme aprĂšs une grasse matinĂ©e, les meilleurs emplacements sont disponibles.

La pandĂ©mie de nouveau coronavirus a frappĂ© de plein fouet l'industrie du tourisme, un secteur vital pour l'Ă©conomie de ce pays qui a accueilli l'an dernier plus de 50 millions de visiteurs Ă©trangers, un record. Mais alors que les restrictions sont levĂ©es Ă  travers le monde et que les liaisons aĂ©riennes sont peu Ă  peu rĂ©tablies, la Turquie multiplie les initiatives pour convaincre les touristes de revenir et ainsi sauver ce qui peut l'ĂȘtre de la saison estivale.

Dans un hÎtel situé au bord de la Méditerranée, des marquages au sol invitent les clients à respecter la distanciation physique, des distributeurs de gel désinfectant sont disposés à l'entrée des ascenseurs et restaurants, et tout le personnel porte un masque, a constaté l'AFP lors d'un voyage de presse organisé par le ministÚre du Tourisme.

"Nous avons pris des mesures strictes pour protéger nos employés et les touristes", déclare à l'AFP le ministre du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy. "La Turquie est le pays le mieux préparé" à accueillir les visiteurs, assure-t-il. Pour tenter de rassurer les touristes et leurs pays d'origine, la Turquie a créé un label "tourisme sûr" certifiant, sur la base de 132 critÚres, qu'un hÎtel ou un restaurant peut accueillir des clients dans de bonnes conditions sanitaires.

- HÎtels réaménagés -

Environ 500 établissements ont reçu ce précieux sésame et les autorités espÚrent quadrupler ce chiffre dans le mois qui vient. Pour bénéficier de ce label, les hÎtels doivent également aménager une aile pour isoler les touristes testés positifs au Covid-19. "Nous avons dû réaménager nos établissements. En dépit de ces dépenses supplémentaires, nous n'augmenterons pas les prix", assure le président de la fédération des hÎteliers turcs, Sururi Corabatir.

L'enjeu est de taille, car des hÎteliers aux restaurateurs, en passant par les agriculteurs qui vendent le produit de leurs serres aux établissements de la région, la pandémie a chamboulé la vie de tous ceux qui vivent du tourisme à Antalya.

Le quartier surnommé le "Las Vegas sans casino", pour ses hÎtels aussi imposants que bling-bling, a des allures de ville fantÎme : tous les commerces et restaurants sont fermés. Sauf quelques pharmacies. "En 2019, nous avons reçu 35 millions de passagers, dont 15 millions provenant de l'étranger. Depuis le début de l'année, le nombre total est inférieur à un million", indique Deniz Varol, directeur général de l'aéroport d'Antalya. Dans cet aéroport, des caméras thermiques prennent la température des passagers, une salle de quarantaine a été aménagée et un centre capable de réaliser quotidiennement 20.000 tests a été ouvert.

- Négociations -

En l'absence des touristes étrangers, quelques Turcs profitent de vacances au calme. Deniz Kaya, qui vient chaque année à Antalya, n'avait "jamais vu" la ville "aussi vide". "Les gens font attention, ils passent leurs vacances dans le respect des distances", dit-elle en bronzant au bord d'une piscine.

Les mesures prises suffiront-elles Ă  convaincre les touristes Ă©trangers de revenir en Turquie ? Beaucoup dĂ©pendra des nĂ©gociations avec les principaux pays d'origine, comme l'Allemagne, qui a placĂ© la Turquie sur sa liste des zones "Ă  risque" pour le coronavirus, et la Russie, l'un des pays les plus infectĂ©s au monde. Ankara transmet quotidiennement Ă  Berlin l'Ă©volution du nombre de malades du Covid-19 dans ses stations balnĂ©aires et a invitĂ© Moscou Ă  envoyer une dĂ©lĂ©gation pour observer les mesures prises. "Les vols ont dĂ©jĂ  repris entre les pays de l'Union europĂ©enne. Or, (...) si on regarde les chiffres, la Turquie s'en est mieux sortie que la plupart d'entre eux", a plaidĂ© samedi le chef de la diplomatie MevlĂŒt Cavusoglu.

Selon le bilan officiel, la Turquie a enregistré prÚs de 190.000 cas et 5.000 décÚs. Le nombre des cas recensés a augmenté ces derniers jours aprÚs la levée des restrictions. Malgré les difficultés, M. Ersoy, le ministre du Tourisme, reste optimiste. En 2016, année marquée en Turquie par une tentative de putsch et plusieurs attentats, "il y a eu une grave crise suivie d'un trÚs fort rebond", rappelle-t-il. "Les réservations pour 2021 pleuvent déjà: les touristes n'ont pas oublié la Turquie, au contraire".

AFP

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