Débutant heureux, l'Italien Sonny Colbrelli, euphorique cette saison, est sorti vainqueur d'une 118e édition de Paris-Roubaix exceptionnellement boueuse, pour sa premiÚre participation dans la "reine des classiques".
Premier néophyte vainqueur depuis le Français Jean Forestier en 1955, Colbrelli a battu au sprint deux autres coureurs qui découvraient Paris-Roubaix, le jeune (22 ans) Belge Florian Vermeersch et le Néerlandais Mathieu van der Poel, auteur de débuts trÚs remarqués.
Mais, pour avoir Ă©tĂ© prodigue de ses efforts Ă maintes reprises, "VDP" s'est inclinĂ© sur le vĂ©lodrome roubaisien oĂč il a pris la troisiĂšme place. Il a fait toutefois mieux que son grand-pĂšre, l'ancien champion français Raymond Poulidor, dĂ©cĂ©dĂ© en 2019, qui n'est jamais montĂ© sur le podium lors de ses 18 participations (un record) dans l'Enfer du Nord.
"Dans le sprint, je me suis focalisé sur van der Poel", a reconnu Colbrelli qui a hurlé sa joie sur la pelouse, la ligne franchie. "Mais le gars de Lotto (Vermeersch) a failli me surprendre. J'ai réussi à passer à 25 mÚtres de l'arrivée".
- "C'est mon année" -
"C'est mon année", a ajouté le Lombard (31 ans), qui a signé la 12e victoire d'un coureur de son pays, la premiÚre au XXIe siÚcle puisqu'Andrea Tafi, en 1999, était le précédent Italien à figurer au palmarÚs.
Depuis le printemps, Colbrelli ne cesse de surprendre, notamment par ses performances en montagne dans le Tour de France. Le coureur de l'équipe Bahrain --une formation dans le collimateur des autorités qui ont procédé à une descente lors du Tour de France-- a gardé des forces pour la fin de saison. Sacré champion d'Europe le mois dernier, il a baissé pavillon dans le Championnat du monde pour mieux rebondir sur la gadoue de Paris-Roubaix.
Ni Wout van Aert, distancé à 70 kilomÚtres de l'arrivée, ni Mathieu van der Poel, l'autre grand favori en cette journée a priori favorable aux spécialistes de cyclo-cross, n'ont pu le distancer sur les secteurs pavés. A la fois adroit et puissant, l'Italien a bénéficié des malheurs de l'un de ses compatriotes, Gianni Moscon, membre de l'échappée initiale (comme Vermeersch).
Moscon, parti seul à l'avant à 53 kilomÚtres de l'arrivée, a joué de malchance. Une crevaison, qui a nécessité un changement de vélo, a brisé son élan et le trio de poursuivants a fondu sur lui dans le bourbier de Camphin, avant de le déborder sur les mauvais pavés du carrefour de l'Arbre.
- "Rester sur le vélo" -
Le trio de tĂȘte est restĂ© groupĂ© jusqu'au vĂ©lodrome malgrĂ© une timide tentative de Vermeersch. Il a pu se disputer la victoire aprĂšs plus de six heures d'une course extĂ©nuante.
Moscon, à 44 secondes, a obtenu la 4e place, un rang de mieux qu'en 2017. Le Belge Yves Lampaert, premier coureur d'une équipe Deceuninck qui a perdu tÎt Florian Sénéchal (crevaisons), a réglé un premier groupe pour la 5e place, à plus d'une minute. "C'était le sauve-qui-peut", a résumé Christophe Laporte, premier Français au classement (6e). "Le plus important était de rester sur le vélo", a-t-il ajouté, le visage las, le corps couvert de boue, aprÚs avoir bouclé les 257,7 kilomÚtres (55 km de pavés) du parcours.
Ce Paris-Roubaix, le premier couru sous la pluie depuis 2002, était en réalité un interminable chacun pour soi avec son lot de malheurs pour la quasi-totalité des participants.
Un seul exemple? Beaucoup de téléspectateurs réunis pour ce drame sportif ont cru halluciner en voyant Laporte, privé de freins, se livrer à des contorsions acrobatiques sur le vélo, un pied sur le boyau arriÚre. Dans l'Enfer du Nord, tous les rescapés ont une histoire à raconter.
AFP




