Charles de Gaulle

"Pas de transgression" mais des mesures insuffisantes, admet l'armée

  • PubliĂ© le 19 avril 2020 Ă  00:10
  • ActualisĂ© le 19 avril 2020 Ă  08:37
Des marins à bord du porte-avions français Charles de Gaulle, le 12 avril 2020 dans le port de Toulon

Les procédures ont été respectées mais sans doute, avec le recul, n'étaient-elles pas suffisantes: le chef d'état-major des armées a admis samedi en substance que la contamination au covid-19 de plus de 1.000 marins du porte-avions Charles de Gaulle posait beaucoup de questions.

InvitĂ© au 20h00 de TF1, un Ă©vĂ©nement trĂšs inhabituel, le gĂ©nĂ©ral François Lecointre a reconnu que la lumiĂšre devait encore ĂȘtre faite sur les conditions dans lesquelles 60% de l'Ă©quipage du bĂątiment nuclĂ©aire avaient Ă©tĂ© contaminĂ©s. "Il n'y a pas Ă  ce stade d'enquĂȘte qui permette de dire que des gens ont spĂ©cifiquement transgressĂ© ces rĂšgles", a-t-il affirmĂ©. "Et d'ailleurs je ne pense pas que ces rĂšgles, en l'Ă©tat des connaissances qu'on a aujourd'hui, suffisaient en rĂ©alitĂ©, Ă  partir du moment oĂč les gens pouvaient sortir, pour ĂȘtre certain d'ĂȘtre protĂ©gĂ© d'une contamination du coronavirus".

Les chiffres dĂ©finitifs annoncĂ©s samedi font Ă©tat de 1.046 marins du porte-avions testĂ©s positifs, sur 1.760. Deux enquĂȘtes, une de commandement et une Ă©pidĂ©miologique, ont Ă©tĂ© diligentĂ©es sur la gestion de la crise d'une part, le processus de contamination du bĂątiment d'autre part.

- "Un virus furtif, sournois" -

Le bateau n'a été en contact avec aucun élément extérieur aprÚs une escale à Brest (ouest) du 13 au 16 mars. Un week-end durant lequel se sont tenues les élections municipales en France, et lors duquel les restaurants étaient ouverts. Les premiers cas ayant été identifiés au cours de la premiÚre semaine d'avril, ils dépassaient la quatorzaine de limite de contamination habituellement admise. La question reste donc ouverte.

Mais l'armĂ©e a rĂ©pĂ©tĂ© Ă  plusieurs reprises ces derniers jours qu'elle n'avait fait que s'aligner sur les rĂšgles en vigueur en France Ă  l'Ă©poque. "On a une enquĂȘte de commandement qui permettra de prĂ©ciser -- non pas pour juger, sanctionner, stigmatiser les gens, mais pour bien comprendre-- ce qui s'est passĂ© et en tirer des conclusions pour la suite", a indiquĂ© le gĂ©nĂ©ral Lecointre samedi.

Interrogé sur Europe 1 quelques minutes auparavant, le chef d'état-major de la marine nationale, l'Amiral Christophe Prazuck, a admis lui aussi de facto que les procédures n'avaient pas suffi. "Nous avons mis en place des mesures et elles ont été manifestement contournées, prises en défaut par un virus furtif, sournois et nous devons comprendre ce qui s'est passé", a-t-il expliqué.

"Elles n'ont Ă©videment pas contenu le virus et n'ont mĂȘme pas permis d'alerter sur sa prĂ©sence", a-t-il admis. "Est-ce qu'elles Ă©taient mal conçues ? Est-ce qu'elles Ă©taient mal appliquĂ©es ? Est-ce qu'elles Ă©taient mal contrĂŽlĂ©es ? Ou est-ce que le virus a contournĂ© tout ça ?"

PrÚs de 50% des cas identifiés sur le bùtiment sont asymptomatiques. Entre 20 et 30 marins sont actuellement hospitalisés selon les jours, et deux marins étaient en réanimation samedi soir, selon l'amiral Prazuck.

Plusieurs témoignages de marins ou de proches ont évoqué dans des médias français, sous couvert de l'anonymat, un encadrement dépassé par les évÚnements. Le porte-parole de la marine nationale, le capitaine de vaisseau Eric Lavault, a dénoncé pour sa part certaines informations "fausses". Notamment le fait que le commandant du porte-avions aurait demandé sans succÚs à interrompre sa mission lors de l'escale. "Il n'y a jamais eu de marin sous respirateur" à bord, a-t-il assuré par ailleurs.

"Je comprends ceux qui sont inquiets, qui peuvent ĂȘtre un peu en colĂšre aussi, mais je ne peux pas laisser passer les bruits selon lesquels on ferait n'importe quoi avec la santĂ© de nos marins", a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP. La ministre des ArmĂ©es Florence Parly a pour sa part demandĂ© Ă  recevoir "un point d'Ă©tape" des enquĂȘtes d'ici deux semaines.

Le Charles de Gaulle est le second porte-avions contaminé par le virus, aprÚs l'américain USS Theodore Roosevelt. Les deux armées ont d'ailleurs échangé sur le dossier, ont indiqué les autorités militaires françaises.

AFP

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