Actualités du monde

Pologne: les conservateurs eurosceptiques reviennent au pouvoir

  • PubliĂ© le 26 octobre 2015 Ă  09:38
Jaroslaw Kaczynski (g), leader du parti Droit et Justice qui rassemblent les conservateurs catholiques eurosceptiques, et Beata Szydlo, candidate de ce mĂȘme parti, le 25 octobre 2015 au soir des Ă©lections en Pologne

Les Polonais ont voté dimanche pour le changement en portant au pouvoir les conservateurs catholiques eurosceptiques qui ont surfé sur une vague de promesses populistes et la peur de l'arrivée massive de réfugiés du Proche-Orient, au risque de créer des tensions dans les relations avec l'UE, Berlin et Moscou.


Le parti Droit et Justice (PiS, opposition) de Jaroslaw Kaczynski a obtenu la majorité absolue aux élections législatives, avec 38% des voix, soit 238 siÚges sur 460, selon des projections de trois chaßnes de télévision mises à jour dans la nuit de dimanche à lundi, fondées sur des résultats affichés dans un échantillon de bureaux.
Ainsi, les mises en garde des adversaires de M. Kaczynski et de son parti, qui Ă©voquaient le souvenir de la pĂ©riode 2005-2007, quand il Ă©tait au pouvoir, marquĂ©e par des rapports difficiles avec Bruxelles, l'Allemagne et la Russie, au nom de la dĂ©fense des intĂ©rĂȘts nationaux, ainsi que par des tensions sociales et une "dĂ©communisation" controversĂ©e, n'ont pas produit l'effet escomptĂ©.
D'autres critiques avaient dit craindre que, proche sur bien des questions de société de l'Eglise catholique, le PiS ne rende encore plus strictes les conditions d'accÚs à l'avortement en vigueur, plus difficile la fécondation in vitro et ne renforce la place du catéchisme dans l'éducation.
Les vainqueurs, qui ont prÎné "le bon changement" et chauffé leurs troupes au cri de "Ca ira !" (remplacé dimanche soir par "On a réussi !"), ont fait nombre de promesses comme la baisse des impÎts et de l'ùge de la retraite et l'augmentation substantielle des allocations familiales.
Les pronostics des télévisions ne seront officiellement confirmés que mardi soir, la marge d'erreur étant de 2%, ce qui peut encore influer sur le résultat final, mais pas enlever la victoire au PiS.
Toujours d'aprÚs ces projections, les libéraux centristes de la Plateforme civique (PO), au pouvoir pendant huit ans, de la PremiÚre ministre sortante Ewa Kopacz ont obtenu 23,4% des voix, soit 135 siÚges.
Le mouvement antisystÚme du rockeur Pawel Kukiz arrive troisiÚme avec 44 mandats, devant le parti Nowoczesna (Moderne) du néo-libéral Ryszard Petru (24) et le parti paysan PSL, allié des libéraux sortants (18).
Quant à la gauche, représentée par deux formations concurrentes, elle est éliminée, pour la premiÚre fois depuis la chute du régime communiste en 1989, du futur parlement, pour n'avoir pas atteint les seuils d'éligibilité.
La participation a atteint 51,6% des inscrits.

- 'Pas de coups de pied' -

Dans ses premiers commentaires, Jaroslaw Kaczynski a souligné que c'était la premiÚre fois dans l'histoire de la Pologne depuis la chute du communisme qu'un seul parti allait gouverner ce pays de 38 millions d'habitants, membre de l'UE et de l'Otan et devenu un poids lourd économique en Europe orientale.
Le nouveau gouvernement doit ĂȘtre dirigĂ© par une femme, Beata Szydlo, qui a menĂ© tambour battant sa campagne Ă©lectorale.
M. Kaczynski, conscient de l'image d'homme rancunier et querelleur qu'il traĂźne - souvenir de son passage Ă  la tĂȘte d'un gouvernement de coalition en 2006-2007 - a cherchĂ© Ă  rassurer ses compatriotes.
"Il n'y aura pas de coups de pied donnĂ©s Ă  ceux qui sont dĂ©chus, mĂȘme s'ils sont tombĂ©s de leur propre faute et Ă  juste titre", a-t-il dit, "il n'y aura aucune vengeance".
"Nous tendons la main à tous ceux qui veulent changer la Pologne", a ajouté M. Kaczynski qui avait commencé son intervention par un hommage rendu à son frÚre jumeau, Lech, mort en 2010 dans un accident d'avion à Smolensk (Russie), dédiant à ce dernier sa victoire politique.
La PremiÚre ministre sortante Ewa Kopacz a reconnu sa défaite, tout en déclarant que son parti "n'avait pas perdu ces huit derniÚres années".
"La Pologne est un pays qui progresse du point de vue Ă©conomique, oĂč le chĂŽmage est Ă  un chiffre. C'est dans cet Ă©tat que nous laissons la Pologne Ă  ceux qui ont remportĂ© les Ă©lections aujourd'hui".
La défaite des libéraux s'explique, selon des politologues, par l'usure du pouvoir, par le départ pour Bruxelles de leur chef charismatique Donald Tusk, devenu président du Conseil européen, et aussi par une affaire d'enregistrements illégaux de conversations de plusieurs hauts responsables révélant leur cynisme et leur langage parfois vulgaire.
Les conservateurs ont quant Ă  eux soulignĂ© que leur gouvernement allait avoir d'excellents rapports avec le chef de l'Etat. C'est en effet M. Kaczynski qui avait propulsĂ© un jeune eurodĂ©putĂ©, Andrzej Duda, Ă©lu en mai Ă  la magistrature suprĂȘme en battant Bronislaw Komorowski proche des centristes.




Par JérÎme RASETTI - © 2015 AFP
guest
1 Commentaires
10 ans

à qui profite le crash qui a décapité le staff du gouvernement de pologne en russie , et dont le frÚre jumeau est en vie .