RelaxĂ© par la justice des hommes, le cardinal Philippe Barbarin a vu sa dĂ©mission acceptĂ©e vendredi par le Pape François, condition nĂ©cessaire pour qu'une "page se tourne" dans un diocĂšse de Lyon marquĂ© par ses silences passĂ©s sur les agressions pĂ©dophiles de l'un de ses prĂȘtres.
"Cette démission n'est pas une surprise. (Mgr Barbarin) l'a annoncée, l'a réannoncée (...) mais pour autant nous sentons que nous vivons un moment trÚs important pour le diocÚse", a déclaré devant la presse Mgr Michel Dubost qui assurait au quotidien la gestion du diocÚse depuis la mise en retrait du Primat des Gaules.
Dans une dĂ©claration diffusĂ©e au mĂȘme moment sur la chaĂźne catholique KTO, le cardinal a soulignĂ© que "ces quatre annĂ©es (avaient) Ă©tĂ© des annĂ©es de grande, grande souffrance". "C'est d'abord" pour les victimes "qu'il faut prier". "C'Ă©tait des actes affreux et il est important qu'une page se tourne et que vienne quelqu'un qui parcoure une nouvelle Ă©tape avec tout le diocĂšse de Lyon", a-t-il poursuivi.
Peu aprÚs l'annonce de sa relaxe par la cour d'appel de Lyon le 30 janvier, le prélat avait annoncé qu'il remettrait une nouvelle fois sa démission au pape. Le pape François s'était laissé un délai de réflexion pour répondre à cette nouvelle demande.
Faisant valoir la prĂ©somption d'innocence, François avait refusĂ© qu'il dĂ©missionne en mars aprĂšs sa condamnation en premiĂšre instance, dans l'attente de la dĂ©cision de la cour d'appel sur cette affaire symbole des dĂ©faillances de l?Ăglise face Ă la pĂ©docriminalitĂ© dans ses rangs.
- "Une mission" ou "rendre service" -
Saluant auprÚs de l'AFP une "bonne décision", le président de l'association de victimes La Parole Libérée François Devaux a estimé toutefois que celle-ci n'arrivait "que parce que le pape François est acculé". "Si cette décision avait été prise dÚs le départ, il n'y aurait pas eu tous ces recours", a-t-il ajouté.
AprĂšs sa condamnation en premiĂšre instance Ă six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dĂ©noncĂ© les agressions sexuelles commises par un prĂȘtre du diocĂšse sur de jeunes scouts entre 1971 et 1991, l'archevĂȘque de Lyon s'Ă©tait mis en retrait du diocĂšse.
La nomination de son successeur pourrait intervenir dans un délai de "deux à quatre mois". D'ici là , Mgr Dubost continuera d'assurer l'intérim. Une messe solennelle sera tenue le 15 mai en présence de Mgr Barbarin à la primatiale de Lyon "pour lui dire au revoir et merci", a précisé le prélat.
Quid de son avenir? Le pape va lui "confier une mission", selon Mgr Dubost. L'intĂ©ressĂ©, lui, a assurĂ© sur KTO ne rien savoir: "Ou bien le pape me demande quelque chose, et Ă©videmment je dirai oui, ou bien il ne me demande rien et dans ce cas-lĂ , comme tous les Ă©vĂȘques Ă©mĂ©rites, j'irai rendre service quelque part".
Dans un entretien au Point publié le 5 février, le cardinal Barbarin avait confié que, malgré cette relaxe qui l'avait "réconforté", cette affaire l'avait "changé" mais qu'elle resterait "toujours collée" à son visage.
Comme Ă son procĂšs, le cardinal y rĂ©pĂ©tait qu'il ignorait les agissements du prĂȘtre avant de rencontrer une victime en 2014. "Ce n'est qu'Ă la fin de l'annĂ©e 2014 (...) que je prends conscience, brutalement, de la rĂ©alitĂ© des actes commis, de ce qu'ils signifiaient concrĂštement, de la souffrance des victimes (...) Je me rends compte que je n'ai pas pris les bonnes mesures", expliquait-il.
A l'origine de l'affaire, l'ancien prĂȘtre Bernard Preynat, dĂ©froquĂ© l'Ă©tĂ© dernier, sera fixĂ© sur son sort le 16 mars. Une peine d'au moins huit ans d'emprisonnement a Ă©tĂ© requise Ă son procĂšs devant le tribunal correctionnel pour les abus sexuels qu'il a reconnu avoir commis sur des scouts de 7 Ă 15 ans.
AFP



