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Premier interrogatoire en France pour Salah Abdeslam, homme-clé des attentats de Paris

  • PubliĂ© le 20 mai 2016 Ă  06:24
L'avocat de Salah Abdeslam, Frank Berton, le 27 avril 2016 Ă  Paris

Six mois aprĂšs les attentats de Paris, Salah Abdeslam peut-il dissiper des zones d'ombre? Le seul membre encore en vie des commandos jihadistes du 13 novembre doit ĂȘtre entendu vendredi par les juges d'instruction Ă  Paris, un premier interrogatoire trĂšs attendu pour la suite de l'enquĂȘte.


Le petit caĂŻd radicalisĂ© devenu le fugitif le plus recherchĂ© d'Europe jusqu'Ă  son arrestation le 18 mars Ă  Bruxelles doit ĂȘtre extrait de sa cellule de Fleury-MĂ©rogis (Essonne) oĂč il est incarcĂ©rĂ© Ă  l'isolement pour ĂȘtre conduit dans le bureau des magistrats antiterroristes, sous surveillance maximale.
La date de son audition avait été annoncée devant les caméras par l'un de ses avocats, Frank Berton, à l'issue de sa mise en examen le 27 avril à Paris, notamment pour assassinats terroristes.
L'avocat a fait savoir depuis qu'il ne s'exprimerait pas, "ni avant ni aprÚs l'interrogatoire", premier d'une série, prévu sur une journée au palais de justice.
ArrĂȘtĂ© Ă  Molenbeek, son quartier, aprĂšs plus de quatre mois de cavale, Salah Abdeslam est le seul protagoniste direct des attentats entre les mains de la justice française.
Au coeur de la cellule, au soir des tueries et bien avant, il apparaßt comme un acteur central de l'expédition meurtriÚre du 13 novembre qui a fait 130 morts et des centaines de blessés.
Abdeslam est celui qui a dĂ©posĂ© les trois kamikazes du Stade de France avant d'ĂȘtre exfiltrĂ© vers la Belgique. Avant les attentats, c'est lui qui a louĂ© des vĂ©hicules et des planques en rĂ©gion parisienne. Dans les mois qui prĂ©cĂšdent, il a multipliĂ© les voyages pour convoyer des membres du rĂ©seau Ă  travers l'Europe, notamment Najim Laachraoui, possible artificier du 13 novembre mort en kamikaze lors des attentats du 22 mars Ă  Bruxelles.
Ami d'Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attaques et tueur des terrasses, il a probablement partagé de nombreux secrets avec lui.
- Va-t-il "s'expliquer"? -
De par son rĂŽle, Abdeslam, qui a "envie de s'expliquer" d'aprĂšs Me Berton, peut donc en thĂ©orie livrer des informations cruciales sur la conception du projet jihadiste, ses commanditaires et d'Ă©ventuels complices encore dans la nature. Il peut aussi aider Ă  dĂ©mĂȘler les liens entre les attentats de Paris et de Bruxelles, fomentĂ©s par la mĂȘme cellule du groupe Etat islamique (EI).
Mais jusqu'Ă  quel point? Les dĂ©clarations de Sven Mary, l'avocat d'Abdeslam en Belgique, le dĂ©crivant comme un "petit con" Ă  "l'intelligence d?un cendrier vide", "plutĂŽt un suiveur qu'un meneur", laissent prĂ©sager qu'il cherchera peut-ĂȘtre Ă  minimiser son rĂŽle, comme il semble l'avoir fait devant les enquĂȘteurs belges, en assurant avoir fait "machine arriĂšre" alors qu'il aurait dĂ» mourir en kamikaze au Stade de France.
Abdeslam avait alors entretenu le flou en se présentant comme un pion aux ordres de son frÚre Brahim et d'Abaaoud, tous les deux morts. Désignant ce dernier comme le "responsable" des tueries, il avait affirmé ne l'avoir vu qu'une fois alors qu'ils ont été compagnons de délinquance à Molenbeek.
"Il ne faut surtout pas ĂȘtre suspendu Ă  ses lĂšvres" et attendre des "rĂ©vĂ©lations sensationnelles", prĂ©vient GĂ©rard Chemla, avocat de victimes des attentats, d'autant que "les investigations sont allĂ©es dĂ©jĂ  trĂšs loin".
Dans cette enquĂȘte tentaculaire, plus d'une vingtaine de personnes ont Ă©tĂ© mises en examen ou inculpĂ©es, principalement en Belgique. La justice française a d'ailleurs demandĂ© la remise de quatre autres suspects inculpĂ©s Ă  Bruxelles, dont trois soupçonnĂ©s d'avoir aidĂ© Abdeslam dans sa fuite.
Le parquet fĂ©dĂ©ral belge a indiquĂ© dans la nuit de jeudi Ă  vendredi que deux reconstitutions avaient Ă©tĂ© effectuĂ©es dans le cadre de l'enquĂȘte sur les attentats du 22 mars Ă  Bruxelles, en prĂ©sence du suspect clĂ© Mohamed Abrini.
Malgré ces avancées, les zones d'ombres persistent. Coordination, choix des cibles, failles du renseignement: les centaines de parties civiles attendent des réponses des magistrats qui les réuniront pour la premiÚre fois du 24 au 26 mai à Paris.

Par Laure BRUMONT - © 2016 AFP
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