Le prĂ©sident hondurien Juan Orlando Hernandez, dit "JOH", a prĂȘtĂ© serment samedi, alors que l'opposition entend continuer Ă manifester contre sa réélection entachĂ©e, selon elle, de fraudes.
M. Hernandez, 49 ans, membre du Parti national (PN, droite) et réélu le 26 novembre, a été investi au cours d'une session du CongrÚs qui s'est déroulée dans le grand Stade national de Tegucigalpa, la capitale, placé sous haute sécurité en raison des manifestations de l'opposition.
"Je promets de respecter et de faire respecter la Constitution et les lois", a dĂ©clarĂ© le chef de l'Etat Ă des milliers de ses partisans, avant d'entamer son deuxiĂšme mandat Ă la tĂȘte d'un pays appauvri et frappĂ© par une criminalitĂ© violente. Des manifestants de l'opposition, qui cherchaient Ă se rendre au stade, en ont Ă©tĂ© empĂȘchĂ©s par la police qui a fait usage de gaz lacrymogĂšne. A d'autres endroits de la capitale, des routes Ă©taient bloquĂ©es par des barrages qui ont Ă©tĂ© levĂ©s par les autoritĂ©s.
"Il faut de nouvelles Ă©lections prĂ©sidentielle et lĂ©gislatives", a dĂ©clarĂ© Ă la presse l'ex-candidat de l'Alliance de l'Opposition contre la Dictature, le prĂ©sentateur de tĂ©lĂ©vision Salvador Nasralla. "Les mmanifestations ne se terminent pas aujourd'hui, elles vont ĂȘtre permanentes".
De son cÎté, le président a lancé un appel à l'unité du Honduras. "Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons travailler pour tous les Honduriens, sous un seul drapeau", a-t-il déclaré. "Nous nous dirigeons vers une insurrection dans ce pays", a déclaré Manuel Zelaya, l'ancien président renversé en 2009, coordinateur de l'opposition. "Nous sommes disposés à lutter pour faire respecter la volonté populaire", a-t-il ajouté.
Dans un grand concert de klaxons et de "vuvuzelas", les manifestants, Ă bord de centaines de voitures, scandaient "JOH Dehors".
L'Alliance d'opposition à la dictature, une coalition de gauche, accuse JOH, proche allié de Washington, d'instaurer une "dictature militaire" et clame la victoire à la présidentielle de son candidat Salvador Nasralla, un populaire animateur de télévision sans expérience politique ùgé de 64 ans.
Le Tribunal suprĂȘme Ă©lectoral (TSE), accusĂ© par l'opposition de recevoir ses ordres du pouvoir, a validĂ© le 22 dĂ©cembre la victoire de M. Hernandez avec 42,95% des voix, contre 41,42% pour M. Nasralla, prĂšs d'un mois aprĂšs le scrutin du 26 dĂ©cembre et au milieu d'une campagne de manifestations et de troubles parfois violents.
Quelques heures aprÚs le scrutin, lors de la publication de résultats partiels portant sur 57% des bulletins, M. Nasralla était apparu avec une nette avance sur son adversaire. Mais M. Hernandez avait repris l'avantage aprÚs une série d'interruptions dans le systÚme de comptage du TSE.
Ce revirement de situation avait déclenché une vague de manifestations des adversaires du président à travers le pays, un des plus pauvres du continent. Plus de 60% des 8,7 millions de Honduriens vivent dans la pauvreté.
- Ville quadrillée -
Durant plusieurs semaines, les opposants ont bloquĂ© les rues, incendiĂ© des barricades de dĂ©tritus et de pneus et affrontĂ© les forces de l'ordre. Selon des organisations de dĂ©fense des droits de l'homme, plus de 30 personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et plus de 800 arrĂȘtĂ©es au cours de la rĂ©pression des manifestations par la police et par l'armĂ©e.
La crise au Honduras est vue avec inquiétude par les pays du "triangle nord" d'Amérique centrale (Salvador, Honduras, Guatemala), frappé par la violence des gangs et le trafic de drogue, selon des analystes. Le politologue guatémaltÚque Renso Rosal estime que le détonateur de la crise "a été l'action inconstitutionnelle en vue de la réélection d'Hernandez". M. Hernandez s'était représenté en vertu d'une décision controversée du Tribunal constitutionnel, alors que la Constitution ne prévoit pas cette possibilité.
"Le Honduras traverse une crise politique qui n'est pas perçue, par l'Organisation des Etats amĂ©ricains (OEA) et Washington, de la mĂȘme maniĂšre que la crise vĂ©nĂ©zuĂ©lienne. Le gouvernement hondurien prĂ©sente des signes de dictature", assure le politologue et professeur salvadorien Juan Ramon Medrano. Selon lui, "il y a une opposition forte et assez organisĂ©e qui continue Ă occuper la rue", et cela pourrait "conduire le Honduras Ă une sorte de guerre civile".
 AFP


