Quelque 48 millions de Français sont appelés aux urnes dimanche pour le premier tour des régionales et départementales, dernier scrutin avant la présidentielle dans dix mois. L'abstention risque de battre des records, alors que le Rassemblement national espÚre remporter la premiÚre région de son histoire.
Le prĂ©sident de la RĂ©publique Emmanuel Macron votera Ă 12h00 au Touquet dans le Pas-de-Calais, le mĂȘme dĂ©partement oĂč son adversaire Marine Le Pen glissera un bulletin dans l'urne, Ă 11h30 Ă HĂ©nin-Beaumont. Le Premier ministre Jean Castex remplira son devoir d'Ă©lecteur Ă 09h45 Ă Prades, dans les PyrĂ©nĂ©es-orientales.
Les enjeux sont multiples: le RN va-t-il décrocher sa premiÚre région ? Quel avenir pour les candidats potentiels à l'Elysée ? La majorité limitera-t-elle la casse ? Quelles alliances pour le second tour, le 27 juin ?
L'abstention risque pourtant d'ĂȘtre le grand vainqueur de ce premier tour, au moment oĂč l'Ă©pidĂ©mie du Covid, qui a repoussĂ© le scrutin de trois mois, reflue et la vie retrouve un semblant de normalitĂ©. Elle pourrait ĂȘtre nourrie aussi par des dysfonctionnements dans la distribution de la propagande Ă©lectorale, Ă©pinglĂ©s samedi par les collectivitĂ©s et les partis.
Les compétences dévolues aux régions (transports, lycées, formation professionnelle...) et départements (collÚges, RSA, aides sociales...) touchent pourtant au plus prÚs à la vie quotidienne des Français.
- Rampe vers l'Elysée -
Mais, au bout d'une campagne anesthĂ©siĂ©e par la crise sanitaire, l'intĂ©rĂȘt n'a jamais dĂ©collĂ© pour un scrutin dont les enjeux sont Ă la fois exacerbĂ©s et dĂ©passĂ©s par la proximitĂ© de l'Ă©lection prĂ©sidentielle. La sĂ©curitĂ© s'est ainsi immiscĂ©e parmi les sujets majeurs, alors qu'elle n'est pas une compĂ©tence des rĂ©gions. Deux candidats potentiels de la droite Ă l'ElysĂ©e, Xavier Bertrand et ValĂ©rie PĂ©cresse, ont annoncĂ© qu'ils arrĂȘteraient la politique s'ils n'Ă©taient pas réélus dans les Hauts-de-France et en Ile-de-France, contribuant Ă nationaliser l'Ă©chĂ©ance.
Le Rassemblement national compte, lui aussi, utiliser ces rĂ©gionales comme rampe de lancement pour Marine Le Pen, candidate dĂ©jĂ dĂ©clarĂ©e pour 2022. FavorisĂ© par un scrutin Ă la proportionnelle, le RN est donnĂ© en tĂȘte au premier tour dans six rĂ©gions sur treize, en Provence-Alpes-CĂŽte-d'Azur (Paca), Centre-Val-de-Loire, Bourgogne-Franche-ComtĂ©, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et en Bretagne. Dans les sondages, il talonne les prĂ©sidents sortants dans les Hauts-de-France, Grand Est et en Normandie.
En 2015, l'Ă©lan du parti d'extrĂȘme droite Ă©tait dĂ©jĂ fort Ă l'issue du premier tour. Mais il s'Ă©tait brisĂ© contre la digue du front rĂ©publicain, dressĂ©e notamment par le sacrifice du Parti socialiste en Paca et dans les Hauts-de-France.
- Tractations -
Cette fois, le barrage semble plus fragile et les partis traditionnels plus rĂ©ticents Ă s'effacer complĂštement pour les six prochaines annĂ©es. L'entre-deux tours promet des tractations intenses, jusqu'au dĂ©pĂŽt des listes mardi 18h00. Le psychodrame en Paca, oĂč le rapprochement entre le prĂ©sident LR sortant Renaud Muselier avec LREM a prĂ©cipitĂ© la droite dans une crise ouverte, a donnĂ© un avant-goĂ»t des empoignades Ă venir.
Les tensions (gifle au président, candidats enfarinés, polémiques) qui ont marqué la campagne ont culminé samedi par l'altercation entre une candidate communiste et un candidat RN dans les Alpes-Maritimes. Il y a six ans, la droite et le centre étaient parvenus à conserver sept régions et le PS cinq. Depuis, ces deux grandes forces de gouvernement ont dévissé au niveau national, mais comptent sur leur ancrage local pour limiter les dégùts.
Les ex-LR Valérie Pécresse et Xavier Bertrand restent bien placés, tout comme Jean Rottner dans le Grand Est et Laurent Wauquiez, autre postulant possible à l'Elysée, en Auvergne-RhÎne-Alpes.
La position du PS est plus prĂ©caire, alors que les Verts comptent profiter de la dynamique qui les a portĂ©s Ă la tĂȘte de plusieurs grandes villes aux municipales. Les Ă©cologistes misent notamment sur un succĂšs en Pays de la Loire avec Matthieu Orphelin.
La majorité présidentielle aborde le scrutin avec des ambitions modestes, avec le ministre Marc Fesneau, un MoDem comme principal atout dans le Centre-Val-de-Loire. La majorité cultive surtout l'espoir de se placer en position de faiseurs de rois.
En cas de grosse claque, la question d'un remaniement gouvernemental risque de se poser, alors qu'Emmanuel Macron doit exposer début juillet la feuille de route pour la derniÚre année de son quinquennat qu'il souhaite "utile".
Pour les élections départementales, le scénario est identique: les sortants devront faire face à la poussée du RN, qui là non plus ne détient aucun département.
Cinq collectivités d'outre-mer - Mayotte, la Réunion, la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique - sont également appelées aux urnes pour renouveler les élus de leur département, régions ou collectivité territoriale.
AFP




