AprÚs la chaleur et le manque de public, une nouvelle polémique secoue les Mondiaux d'athlétisme de Doha: la suspension du renommé entraßneur américain Alberto Salazar par les autorités antidopage jette le doute sur tous ses athlÚtes, présents en masse au Qatar.
Et soudain, on regarde sous un autre angle le dernier tour supersonique couronné par le premier titre mondial de Sifan Hassan, samedi sur 10.000 m. La Néerlandaise, comme six autres athlÚtes présents à Doha, est entraßnée par l'ex-coach de Mo Farah, suspendu mardi par l'Agence américaine antidopage (Usada) et éjecté manu militari des Mondiaux par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), qui lui a retiré son accréditation.
L'Usada a annoncé dans la nuit de lundi à mardi une suspension immédiate pour quatre ans de Salazar, maßtre à penser de l'Oregon Project, un groupe d'entraßnement de trÚs haut niveau basé dans le nord-ouest des Etats-Unis et financé par l'équipementier Nike, pour "organisation et incitation à une conduite dopante interdite". Il est accusé de trafic de testostérone, d'injections à ses athlÚtes d'acide aminé L-carnitine (un complément) au-delà des doses autorisées et de tentative d'opposition à la collecte d'informations par l'Usada.
Outre Salazar, l'endocrinologue Jeffrey Brown, qui travaillait ponctuellement pour son groupe, a également été suspendu pour quatre ans.
- Des médailles à la pelle -
La dĂ©flagration est Ă©norme dans le petit monde de l'athlĂ©tisme et particuliĂšrement de la course d'endurance: l'Oregon Project et sa banniĂšre sombre en forme de tĂȘte de mort surmontant des ailes blanches, a notamment façonnĂ© l'un des plus beaux palmarĂšs de l'histoire, celui de la star britannique Mo Farah, quadruple champion olympique et sextuple champion du monde (5.000 et 10.000 m), et membre du groupe entre 2011 et 2017.
Surtout, elle atteint Doha oĂč les athlĂštes de Salazar ont dĂ©jĂ commencĂ© Ă faire des Ă©tincelles: aprĂšs le titre de Sifan Hassan sur 10.000 m, la NĂ©erlandaise entend rĂ©cidiver sur 1.500 m, alors que les AmĂ©ricains Clayton Murphy (bronze olympique en 2016) et Donovan Brazier font partie des favoris du 800 m mardi, avant les entrĂ©es en lice de l'Ethiopien Yomif Kejelcha (10.000 m), de l'Allemande Konstanze Klosterhalfen (5.000 m), de l'Australienne Jessica Hull (1.500 m) et de l'AmĂ©ricain Craig Engels (1.500 m).
MĂȘme si aucun athlĂšte entraĂźnĂ© par Salazar n'a jamais Ă©tĂ© contrĂŽlĂ© positif, l'affaire Ă©clabousse dĂ©jĂ les prochains Mondiaux qui auront lieu en 2021 Ă Eugene (Oregon), dans le fief mĂȘme de l'Ă©quipementier Nike et de son groupe phare en athlĂ©tisme.
Alberto Salazar suspendu, c'est un coup de massue pour cet entraßneur de 61 ans à la réputation sulfureuse, ancien marathonien à succÚs (trois fois vainqueur du marathon de New York, une fois de Boston dans les années 1980), parfois qualifié de "gourou" et controversé pour sa faculté à jouer avec les limites du rÚglement. Il cumule les succÚs avec ses athlÚtes depuis la création de l'Oregon Project en 2001: outre Farah, il a notamment mené au succÚs les Américains Galen Rupp (deux médailles olympiques, argent sur 10.000 m en 2012 et bronze sur marathon en 2016) et Matthew Centrowitz (champion olympique du 1.500 m en titre).
- Salazar va faire appel -
En 2017, un rapport de l'Usada sur les méthodes de Salazar avait fuité dans la presse, conduisant Mo Farah à nier fermement toute implication dans un quelconque systÚme de dopage. "Avec le Nike Oregon Project, MM. Salazar et Brown ont prouvé que la victoire était plus importante pour eux que la santé des athlÚtes qu'ils jurent pourtant de protéger", a estimé mardi le patron de l'Usada Travis Tygart, cité dans le communiqué de l'organisation.
Usada assure avoir rassemblĂ© durant son enquĂȘte "de nombreuses preuves" dont "des preuves oculaires, des tĂ©moignages, des messages Ă©lectroniques et des bulletins mĂ©dicaux".
"Je suis choquĂ© par la dĂ©cision, s'est dĂ©fendu Salazar dans un communiquĂ© oĂč il annonce qu'il va faire appel de sa suspension. Durant les six annĂ©es d'enquĂȘte mes athlĂštes et moi avons endurĂ© un traitement injuste, non Ă©thique et dommageable de la part de l'Usada".
"Je me suis toujours assuré que le Code mondial antidopage soit strictement respecté. Le Projet Oregon n'a jamais et ne permettra jamais de pratique dopante", a-t-il assuré.
AFP
