AprĂšs s'ĂȘtre cachĂ© trois jours dans un sous-sol pour Ă©chapper aux bombardements turcs sur le nord-ouest de la Syrie, Merhi Hassan a Ă©mergĂ©, sauvĂ© son pĂšre des dĂ©combres et fui avec toute sa famille vers la ville d'Afrine.
Dans l'urgence, lui et les siens ont récupéré quelques maigres effets dans les ruines de leur maison puis ils se sont entassés avec d'autres dans un pick-up rouillé pour fuir leur ville de Jandairis, située à quelques encablures de la frontiÚre avec la Turquie.
Destination: la ville d'Afrine, Ă une vingtaine de kilomĂštres plus au nord-est. Chef-lieu du canton du mĂȘme nom, la citĂ© est en effet plus Ă©loignĂ©e de la frontiĂšre turque et donc des frappes que mĂšne l'armĂ©e d'Ankara.
"A cause des bombardements, nous n'avons pas dormi", raconte M. Hassan à son arrivée dans la ville, des larmes au coin des yeux.
AprÚs trois jours terré dans un sous-sol, ce quadragénaire a finalement pris le risque de sortir pour convaincre son pÚre ùgé de fuir.
"Il ne voulait pas partir", relate le Syrien. Jusqu'à ce qu'une nouvelle série de bombardements touche à nouveau leur quartier. Il sauve alors son pÚre en l'extrayant d'un amas de vitres brisées par les déflagrations.
- 'Je serais mort' -
Pour ajouter à la complexité de la guerre qui ravage la Syrie depuis 2011, la Turquie et des rebelles syriens qui lui sont alliés ont lancé le 20 janvier une offensive contre les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde considérée comme "terroriste" par Ankara, mais alliée des Etats-Unis dans la lutte antijihadistes.
Les YPG contrÎlent le canton d'Afrine, frontalier de la Turquie. Ankara voit d'un mauvais oeil cette autonomie de fait de Kurdes liés au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une guérilla meurtriÚre en Turquie depuis 1984.
Depuis prÚs d'une semaine, les localités du canton d'Afrine situées à la frontiÚre sont bombardées et un grand nombre de personnes ont fui pour se réfugier dans la ville éponyme.
"Les roquettes ont frappé tous les quartiers, elles ont touché les générateurs et les boulangeries. Il n'y a plus rien", raconte Merhi Hassan.
"Notre maison est détruite. Celle de nos voisins est détruite. Si je n'avais pas fui, je serais mort", dit-il.
Selon l'ONU, plus de 300.000 personnes vivent dans le canton d'Afrine, dont 120.000 qui ont déjà été déplacées au moins une fois par la guerre dans le pays.
Pour ceux qui, comme la famille Hassan, fuient les localités frontaliÚres, trouver un toit à Afrine relÚve d'une mission quasi impossible et beaucoup doivent se contenter d'abris de fortune.
- Partis pieds nus -
Dans un bùtiment en construction, des femmes et des enfants sont assis sur des matelas posés sur le sol en terre, au milieu de parpaings, de chaussures et de réchauds de camping.
Sans arrĂȘt, des nouvelles familles arrivent avec ce qu'elles ont rĂ©ussi Ă emporter: ustensiles de cuisine, nourriture, sacs de vĂȘtements.
Zarifa Hussein et ses enfants n'ont mĂȘme pas eu le temps de prendre quoi que ce soit. "Nous avons fui notre maison pieds nus et nous avons passĂ© la nuit dans un abri" pour nous protĂ©ger des bombes.
Enceinte, elle a été touchée par un parpaing en quittant son domicile visé par un bombardement. "Nous avons voulu aller récupérer des affaires, mais nous avons trouvé notre maison démolie".
Dans le plus grand hÎpital de la ville d'Afrine, Arze Sido veille nerveusement sur son fils, immobile et le bras perfusé.
Arze, son fils blessé, ses deux filles et sa belle-mÚre ont fui la ville frontaliÚre de Midan Akbas en début de semaine pour rejoindre des proches à Afrine.
"Mon fils voulait aller chercher du pain, mais je lui ai dit, 'reste ici, il y a des bombardements'", raconte Arze. "Au moment oĂč il allait finalement en chercher, l'armĂ©e turque nous a bombardĂ©s et nous avons dĂ» le sortir des dĂ©combres et l'emmener Ă l'hĂŽpital. Il y est depuis trois jours".
Pour Joumaa Hassan Hassoun, les grandes puissances devraient intervenir pour arrĂȘter l'attaque turque. "J'ai fui avec ma femme et mes enfants, sept filles et deux garçons", raconte cet homme de 56 ans originaire de Jandairis.
"Nous voulons que le monde entier entende nos voix qui crient: 'sauvez-nous de tout ça'!"
Par Harumi OZAWA - © 2018 AFP


